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Dans l'atelier de...

Bharti Kher

 

Rencontre à New Delhi avec une figure majeure de la scène artistique indienne

Figure majeure de la scène artistique indienne, Bharti Kher marque les esprits à coups d’œuvres spectaculaires inspirées des traditions locales et de sa passion pour les corps. Rencontre avec l’artiste dans son atelier de New Delhi, peuplé de figures fantastiques mi-animales, mi-humaines.

 

Bharti Kher est l’une des artistes indiennes les plus réputées, issue de cette génération qui a émergé il y a une dizaine d’années, entre culture locale et globalisation. Née à Londres, elle part s’établir en Inde après avoir étudié à l’Institut universitaire de Newcastle. Aujourd’hui installée dans un immense atelier de Gurgaon, à la périphérie de New Delhi, elle dirige toute une équipe. Ce sont ses peintures à base de bindis, ces petits ronds de couleur que les Indiennes se collent sur le front, qui l’ont rendue populaire. Mais Bharti Kher pratique également la sculpture. Dans son bestiaire, éléphants et hyènes côtoient des créatures hybrides, femmes-singes, ou flanquées de cornes de cerf, sorties du tréfonds des mythologies indiennes. Comme elle le déclarait lors de sa récente rétrospective au Rockbund Art Museum de Shanghai : “Si je devais recommencer ma carrière artistique, je pense que je serais un peintre minimaliste. L’art que j’aime trouve toujours sa source dans la tradition réductrice – mais moi, je suis tellement super-­maximaliste…” Nous l’avons rencontrée alors qu’elle préparait la Biennale de Kochi-Muziris et son exposition personnelle à la galerie Hauser & Wirth de Zurich.

Rudolf and Bambi (2002) [détail] de Bharti Kher. Fibre de verre et bindis, dimensions réelles d’un cerf.

Numéro : Comment vos études et votre milieu familial ont-ils façonné votre identité et votre goût ?
Bharti Kher : Notre personnalité est à peu près définie à l’âge de 8 ou 9 ans. Au-delà, nous jouons seulement des variations à partir de cette partition d’origine. Alors, qui suis-je ? J’ai toujours voulu parler avec les animaux et déplacer des objets par la seule force de mon esprit…

 

Quels artistes vous ont inspirée ?
Goya, Titien, Vélasquez, Van Eyck, Chardin, Morandi, Vinci, Michel-Ange, Blake, Flavin, LeWitt, Martin, Bourgeois, tous les poètes du monde, les musiciens, les écrivains et les alchimistes.

 

Vous êtes connue pour vos sculptures, représentations hybrides d’animaux et de corps humains…
Le monstre préfigure l’avenir, ouvre la porte de votre esprit et accroît les possibilités du corps. Être plus qu’humain n’est pas une idée neuve. Les mythes, le folklore, la religion et la science-­fiction ont tous créé des histoires fabuleuses où un corps acquérait les pouvoirs d’un autre. Les chamans croyaient que porter la peau d’un autre permettait de s’approprier ses pouvoirs. Dans mon travail, j’ai joué avec ces croyances.

 

Vous préparez, pour la Biennale de Kochi-Muziris, une sculpture plus minimaliste que vos précédentes œuvres. Quelle en est la raison ?
Je reviens à l’idée que la forme, en elle-même, détermine le sens. L’an dernier, j’ai réalisé une série d’objets que j’ai appelés des points de contact uniques, composés d’un triangle sur lequel une pièce mobile était posée en équilibre. Défiant les lois de la gravité, tous les objets peuvent trouver leur parfait équilibre. Si vous regardez la plupart des formes, vous verrez clairement un intérieur et un extérieur. C’est lié à notre compréhension du monde, en particulier à l’espace que nous occupons physiquement. Les cercles nous donnent la sensation d’être enfermés, les carrés sont rudimentaires et structurés, les cylindres suggèrent une connexion de haut en bas. Mais les triangles n’ont ni intérieur ni extérieur. Ils représentent une étrange contradiction, comme une somme qu’on ne peut réduire à ses parties.

 

Vos sujets actuels sont-ils différents de ceux que vous traitiez à vos débuts ?
Non, ce sont les mêmes. Le corps est central dans mon travail. Le corps hybridé, glorifié, questionné ou même complètement absent. Pour voir l’art et pour en faire, il ne faut pas être humain. Comme le serpent, il faut muer, quitter le corps que l’on connaît, humer avec sa langue, entendre avec sa chair, goûter avec ses yeux, essayer de toucher ce qu’on ne peut entendre et voir avec son nez.

 

Comment envisagez-vous l’avenir ?
Partout le changement est en marche. Je suis à la fois inquiète et excitée par les nouvelles formes d’ordre et de pouvoir. Peut-être suis-je gagnée par l’ennui, la fatigue ou le vieillissement, car ça me donne aussi envie de me cacher dans mon atelier, loin du bruit du monde.

Propos recueillis par Nicolas Trembley, photo Dhruv Malhotra

Bharti Kher est représentée en Europe par les galeries Perrotin, www.perrotin.com, et Hauser & Wirth,www.hauserwirth.com, et en Inde, à New Delhi, par Nature Morte,www.naturemorte.com

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