9


Commandez-le
Numéro
19

Persta, le label de bijoux modulables et ludiques fondé par deux frères jumeaux

Bijoux

Fondé en 2017 par les frères jumeaux Guilhem et Olivier Faivre d'Arcier, le label de bijou Persta s'est fait remarquer depuis par ses bijoux modulables, ludiques et sensuels en phase avec leur époque. Retour sur l'itinéraire d'une enseigne parisienne qui oscille entre joaillerie, sur-mesure et bijou plus accessible, et qui vient d'inaugurer sa première boutique permanente au cœur du Marais.

  • Persta, collection printemps-été 2021. Photo : Alexandre Haefeli.

Dans le monde de la création, être jumeaux peut avoir ses avantages. Olivier et Guilhem Faivre d’Arcier en ont fait un véritable atout. Depuis 2017, les deux trentenaires français proposent à travers leur label Persta des bijoux modulables, sensuels et ludiques où l'on trouve, pêle-mêle, des triples créoles crantées, colliers à doubles anneaux, et autres bracelets en chaîne perlée, toutes unies par un même parti pris : le jeu sur la duplicité, en écho à la gémellité des fondateurs du label. Au fil des collections et des pièces, le double est ainsi très souvent présent dans les formes, et plusieurs d’entre elles s'enrichissent même de différents usages : une double-bague en argent ou en platine peut se changer en earcuff, un collier peut devenir un bracelet, les deux anneaux d’une boucle d’oreille peuvent se porter tantôt l’un dans l’autre, tantôt l’un sous l’autre…Quant à l’une de leurs dernières créations les plus mémorables, un téton doré en forme de cœur orné d’un anneau où pend une perle, elle peut être fixée où l'on souhaite sur un vêtement à l’aide d’un aimant. Une manière d’apporter un brin d’humour qui contraste avec le sérieux habituellement rencontré dans les maisons de joaillerie.

 

C’est pourtant dans ce secteur-là que le duo a commencé. Apprenti puis joaillier de profession, Olivier a fait ses armes pendant onze années chez Boucheron, prestigieuse enseigne installée place Vendôme à Paris. Dans ce repaire de la haute joaillerie, le jeune homme s’occupait de faire le lien entre la création des pièces et leur réalisation, partant à la rencontre des sertisseurs, diamantaires et autres sous-traitants qui travaillaient avec la maison. Guilhem, lui, suivait en parallèle ses études de communication visuelle. Lors de sa dernière année à l’école, son destin professionnel croise finalement celui de son frère lorsque, dans le cadre d'un projet de création de marque, il doit imaginer l’identité d’une maison de haute joaillerie fictive dont Olivier créera les prototypes. Réalisé exclusivement pour le diplôme, ce travail leur souffle l’envie de le concrétiser en lançant, pour de vrai cette fois-ci, leur label de joaillerie... en tandem. Car les deux hommes se connaissent par cœur : “L’avantage, c’est que l’on sait ce que pense l’autre et ce qu’il aime. Et s’il y a parfois de grosses engueulades, il n’y a que très peu de rancœur entre nous”, commente Guilhem. Aussi naturel que se fait la réunion des jumeaux, le nom de leur marque puise dans leur devise familiale : Persta pour “Deo Juvante Persta”, qui en latin signifie “persiste avec l’aide de Dieu”.

Guilhem et Olivier Faivre d'Arcier.

Persta, collection printemps-été 2021. Photo : Alexandre Haefeli.

Et persister, les deux frères l’ont fait. Notamment en n'ayant pas peur de changer de cible et de positionnement en cours de route. Lorsqu’il co-fonde Persta, Olivier préfère en effet s’établir dans un marché qu’il connaît, celui de la joaillerie, rythme par des temps de création et de fabrication très longs qui engendrent des prix d’achat très élevés. Mais devant la clientèle cossue et élitiste que ce secteur lui amène, le duo s’interroge. “Nous nous sommes dits que nous ne verrions jamais nos pièces portées par des amis, ou dans les soirées que nous fréquentons…”. Fortement inspirées par l’Antiquité grecque et ses ornements géométriques répétitifs, cannelures et autres guillochis, les premières créations en or jaune, blanc ou rose serties de diamants se mettent alors peu à peu à cohabiter avec des pièces beaucoup plus accessibles. En 2019, le duo crée sa ligne de bijoux en argent, PII, là où PI reste dédiée à la joaillerie et à l’or. Pour autant, les associés tiennent à y conserver le même degré d’exigence : chaque pièce est produite à la commande, ouverte à la personnalisation et toutes ses étapes de fabrication se déroulent à Paris. Lorsque le client l’achète, il reçoit même par mail une photographie de sa confection, attestant de l'attention portée à chaque objet produit. Fort de ses nombreux contacts d’artisans présents sur la capitale, avec qui il a construit chez Boucheron des relations fidèles, Olivier parvient à obtenir pour Persta un rythme de production rapide tout en restant exclusif et rentable, qui permet aux deux frères de développer parallèlement leur ligne de sur-mesure. “La marque évolue vraiment en même temps que nous et nos envies. On veut vraiment se permettre cette liberté”, ajoute Guilhem.

Persta, collection printemps-été 2021. Photo : Alexandre Haefeli.

Persta, collection printemps-été 2021. Photo : Alexandre Haefeli.

Annelise Michelson, Charlotte Chesnais, Alan Crocetti ou encore Hugo Kreit le prouvent : si le bijou a connu un renouveau ces dernières années, c’est notamment grâce à l’image. Au fil de leurs collections, ces créateurs ont tous repensé l’objet et les manières de le porter, tout en développant un univers visuel ancré dans son époque. Les jumeaux Faivre d’Arcier s’inscrivent dans cette lignée. A travers ses pièces et ses campagnes, leur label met lui aussi à l’honneur le corps dans son intégralité et sa diversité, sans avoir peur de souligner la force érotique du bijou. Sous l’objectif intimiste de photographes tels que Nicolas de Bouville et Alexandre Hafaeli, tous deux auteurs des campagnes Persta, le bijou et la peau nue deviennent indissociables, réussissant à la fois à attirer le regard et susciter le désir. Pendant le premier confinement, l’impossibilité d’organiser des shootings en présentiel ne restreint pas les deux frères : plutôt que des mannequins en chair et en os, ce sont des peintures classiques qui leur serviront de modèles. Ainsi, les bijoux Persta s’invitent aux mains, aux cous et aux oreilles de jeunes hommes et femmes dépeints sur des portraits des 18e et 19e siècles dans une campagne espiègle. “Le concept initial, c’était le roi Henri III qui va à la Péripate [soirée techno queer organisée en banlieue parisienne], sourit Guilhem. À l’époque de notre rencontre, le créateur et son frère attendent encore de savoir si leur dossier sera retenu pour la location d’un espace au cœur du Marais, leur premier point de vente propre et permanent. Désormais, ces 70 mètres carrés de boutique-atelier leur appartiennent depuis septembre dernier. Un grand pas pour Persta qui assurera indéniablement sa pérennité.

 

 

Persta, 8, rue Saint-Anastaste, Paris 3e.