“Taïnan est l’une des plus grosses villes de Taïwan. Avant d’y aller, je n’en avais jamais entendu parler. Là-bas, au sud-ouest de l’île, il n’y a pas beaucoup de touristes et les bouis-bouis inondent les rues. Nous sommes en 2016 et je suis en pleine tournée en Asie, j’avais une quinzaine de dates programmées sur le continent.

 

Je viens de finir mon show à Taïnan. Super concert. La salle était blindée. Je quitte la scène et rejoins les loges pour me reposer avec mon manageur Guillaume, les promoteurs et quelques fans taïwanais. J’avais une petite équipe à l’époque. On bavarde longtemps… Le lendemain nous devions rejoindre l’aéroport de Taipei, la capitale. Départ : 5h. Donc vers une heure du matin, on se dit qu’il est temps de rentrer à l’hôtel. Nous étions tous au 10e étage. 

 

Je suis tranquillement dans ma chambre, sur mon ordinateur, quand la pièce se met à bouger comme si quelqu’un tapait sur le mur. Il était 3h57 exactement. Je me dis: “Putain, les voisins y vont fort ce soir.” Puis tout commence à trembler : la télévision s’écrase par terre, les couverts tombent, les assiettes s’explosent sur le sol. Tout se casse la gueule. 

Et je comprends.

 

Dans ma chambre, il y avait une immense baie vitrée qui s’étalait du sol au plafond. C’est par cette baie vitrée que j’ai vu le paysage se balancer de droite à gauche. C’est à ce moment-là que je me suis dit : “C’est fini. C’est foutu. L’immeuble va s’écrouler.

 

Je suis figé. Les deux mains collées contre la vitre. C’est comme ça que tout se termine ? Je n’avais jamais été aussi… présent. Rien n’avait jamais eu autant d’importance que ce moment précis. Je n’ai pas repensé à ma vie, ni à mon passé. J’ai simplement apprécié les dernières secondes de mon existence en attendant que tout s’écroule. J’étais tétanisé. J’avais peur de la mort. Il faut le dire. Surtout de la façon dont ça allait se produire. Je savais que ma mort serait très douloureuse. Je crois que j’avais surtout peur que tout s’écroule et que je reste vivant, à l’agonie sous les décombres.

 

Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Peut-être une minute. Peut-être cinq. Mais la valse a fini par ralentir sa cadence. J’ai profité de l’accalmie pour quitter ma chambre, surgir dans le couloir et m’engouffrer dans l’ascenseur avec d’autres personnes. Nous nous sommes retrouvés en bas, dans le hall. Tout le monde était terrorisé. Avec l’équipe, on a sauté dans la voiture et on a pris la route, le plus vite possible.

 

Plus tard, j’ai appris que notre hôtel était protégé contre les tremblements de terre car les secousses sont assez fréquentes à Taiwan. Dans la voiture, personne ne parlait. Autour de nous, la plupart des habitations s’étaient effondrées. Il y a eu plus de 120 morts cette nuit-là.

 

Guillaume, mon manageur, a été très marqué par cet événement. Il en a tiré un poème. C’est ce poème que j’ai mis en musique, deux ans plus tard, au milieu de la nature, dans une autre chambre.”

 

 

Découvrez l’interview intégrale de FKJ