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Numéro
11 Rencontre avec Alexander Skarsgard, l'acteur suédois qui convie les vikings à Hollywood

Rencontre avec Alexander Skarsgard, l'acteur suédois qui convie les vikings à Hollywood

Cinéma

Inoubliable dans son rôle de mari violent, un monstre aux allures de gendre idéal, dans la série HBO Big Little Lies, le fils aîné de Stellan Skarsgard, qui fut Tarzan en 2016, crève l'écran en viking bodybuildé dans le blockbuster de l'auteur de The Lighthouse, Robert Eggers.

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Ceux qui l’ont suivie ont été marqués à vie. Les insultes, les bras agrippés férocement, les visages giflés d’une main ferme qui vient brusquement serrer la gorge, les bousculades brutales, les coups dans le ventre, les rampements pénibles, puis les ecchymoses partout sur le corps, la honte, la colère, le déni et les retrouvailles, féroces, en levrette, sous une douche brûlante… En deux saisons seulement, Big Little Lies, diffusée sur HBO dès 2017, à l’aube de l'éclosion du mouvement #MeToo, a traumatisé hommes comme femmes, adolescents comme retraités, riches comme pauvres. Elle a, avec son tableau horrifique d’un couple d'apparence lisse à qui tout réussit – il possède une immense villa sur la côte, a donné naissance à deux belles têtes blondes et a un compte en banque bien rempli – exposé au grand jour les violences domestiques, franches ou insidieuses, et trahi l’omerta, à l’écran, sur les relations sexuelles-maritales-amoureuses abusives et incontrôlables. 

 

Cette liaison perturbante, perverse et surtout très réaliste, scelle aussi la première union, sur un plateau, de Nicole Kidman et Alexander Skarsgard, deux acteurs aux physiques impeccables dont le vernis se craquelle une fois la caméra du regretté Jean-Marc Vallée (décédé tragiquement en décembre 2021) braquée sur eux. Englués, une saison durant, dans une histoire glauque, ils en sortent pourtant illuminés. Si l’on ne doutait pas vraiment des capacités de l’actrice australienne à portraiturer une femme émancipée mais prisonnière, on n’avait pas encore vu celui qui fut un inoubliable Tarzan en 2016, sous les traits d'un vrai monstre, homme à la beauté glaçante, presque hitchcockienne, se révélant mi-gentleman maléfique mi-démon idéal.

 

Big Little Lies n’a pas seulement élevé le Suédois issu d’une lignée d’acteurs (son père, Stellan, a tourné avec les plus grands cinéastes dont Ingmar Bergman, Lars von Trier et Denis Villeneuve, et son frère Bill a terrorisé la planète en interprétant un clown tueur d’enfants dans Ça) au rang d’abonné aux grands rôles et aux récompenses. Il est devenu le comédien made in Hollywood qui souhaite se détacher de cette étiquette, utilisant sa plastique pour mieux l’esquinter et prônant, à chaque interview, que seul le travail et l’obstination sont les clés pour réussir. Tandis qu’il a remporté, en 2017, l'Emmy Award du meilleur second rôle masculin dans une mini-série, celui qui a déclaré, dans les colonnes du magazine américain Interview, relire l'intégralité du scénario d’un projet chaque jour qui précède le début du tournage, se lance, il y a dix ans, dans dans un projet un peu fou : la production d’un film de vikings qui éviterait, selon l’intéressé, les clichés du genre et briserait l’image que l’on se fait de “l’homme du Nord”. “On rêvait de réaliser une grande aventure épique qui collerait absolument à la réalité historique. Et c’est presque impossible. Parce que beaucoup de faits, d’aspects culturels et de savoirs sur la mentalité viking restent flous. Alors on voulait faire un film qui apprenne là-dessus, que le public ait l'impression d'être transporté à cette époque”, explique l’acteur. 

The Northman, en salle mercredi 11 mai et réalisé par Robert Eggers – un auteur islandais encensé pour The Lighthouse, un thriller à petit budget avec Robert Pattinson et Willem Dafoe –, propulse, il est vrai, au cœur même du folklore scandinave. Avec des moyens XXL, dont un budget de 90 millions de dollars et un casting cinq étoiles composé de Björk, Nicole Kidman, Anya Taylor-Joy ou encore Ethan Hawke, ce blockbuster tiré à quatre épingles, sorte de version gastronomique du grand divertissement, est donc l’aboutissement de l’acharnement de l’acteur et de ses associés danois à trouver le bon réalisateur. Cinq ans passés à rencontrer exécutants hollywoodiens comme cinéastes indépendants, des entraînements physiques intenses des mois avant le tournage – la masse musculaire d’Alexander Skarsgard semble avoir doublé voire triplé ! –  et, une fois sur le plateau, des répétitions incessantes et l'écriture de toute une chorégraphie notamment lors des scènes de combat. Résultat : le Suédois se glisse dans la peau d’Amleth, un prince qui souhaite venger la mort de son père, comme s’il l’avait déjà fait cent fois.

 

Est-ce parce qu’il est lui-même originaire du Nord, pur produit scandinave biberonné à ses mythes et légendes ? Cette réussite est plutôt, selon lui, le fruit d’une documentation acharnée sur l’histoire qui a inspiré Shakespeare pour son Hamlet – et a irrigué toute la culture populaire – et, surtout, due à la méthode du réalisateur. “Ce n'est pas un décor, c'est un vrai village viking. Et le fait de pouvoir se déplacer tout au long d’une séquence sans s'arrêter, c'est une sensation incroyable que je n’avais jamais ressentie auparavant sur un tournage”, admet l’acteur au sourire ultra bright qui s’est, pour le rôle, immergé dans un monde ténébreux tissé de vengeance, de hargne et de jalousie. Déjà explorés dans Big Little Lies, autre univers sombre et malsain, les recoins tordus du cerveau, la face B de la psyché et les dessous de la rage sont autant de thématiques qui doivent, c’est certain, tourmenter l’acteur au point de rendre son interprétation si captivante. Et lorsqu'on évoque la masculinité primitive des vikings, la réponse d'Alexander Skarsgard étonne : “Il y a une dichotomie intéressante dans la mentalité viking. Ils ont tous des qualités que l'on pourrait attribuer aux femmes ou aux hommes à un niveau individuel. Il y a un esprit nommé Fylgja, qui est féminin et que les vikings croient exister en chacun d'eux. Olga, le personnage d'Anya Taylor-Joy, prononce cette phrase dans le film : "Les hommes peuvent se briser les os entre eux mais moi je peux briser leurs esprits". Les liens, dans la mythologie nordique, entre les femmes et la spiritualité me fascinent.” Les vikings auraient, selon lui, été les premiers féministes.

 

The Northman (2022) de Robert Eggers, en salle.