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Numéro
28

Ana de Armas, l’étoile montante d’Hollywood

Cinéma

Révelée grâce à son rôle d’intelligence artificielle dans “Blade Runner 2049” (2017), à l’affiche d’“À couteaux tirés”, de Rian Johnson et de “Cuban Network” d’Olivier Assayas, la jeune actrice cubaine sera la prochaine James Bond girl dans le film “Mourir peut attendre”, en salle en avril 2020. Portrait d’une jeune actrice en passe de devenir la nouvelle coqueluche du cinéma hollywoodien.

Ana de Armas dans “Knock Knock” d'Eli Roth (2015)

Que nul ne se méprenne, l’infirmière du vieux monsieur riche d’À couteaux tirés n’est pas qu’une ingénue virginale. C’est en tout cas ce que défend Ana de Armas, qui endosse le rôle (principal) de Marta. Prise dans le torrent d’intérêts vénaux d’une famille bourgeoise sans scrupule ni tendresse, cette jeune infirmière est le personnage clé du film de Rian Johnson. Plus qu’un joli minois, la jeune femme s’illustre par son caractère moral et sa pugnacité. En acceptant le rôle de cette “pretty latina caretaker” (jolie aide-soignante latina) ainsi décrite par le script, Ana de Armas craignait d'avoir affaire à un rôle sans épaisseur, oscillant entre sexisme et stéréotypes déguisés. Cependant, si l’apparence fragile de cette (pas si) innocente jeune femme à l’accent prononcé peut mener à des conclusions hâtives, Marta est en réalité un personnage un peu plus complexe qu’il n’y parait. Pour la première fois, Ana de Armas se démarque par son jeu subtil et convaincant, qui lui a valu une nomination aux Golden Globes 2020.

 

 

Pour l’actrice cubaine de 31 ans, incarner le personnage principal d’un long-métrage n’est pas qu’une simple histoire d’égo, mais un combat pour réhabiliter les comédiens hispaniques dans des rôles valorisants. Voilà qui devrait ravir un cinéma américain miné par son entre-soi (cf. les nominations des Oscars 2020). Après un début de carrière en Espagne, elle débarque à Hollywood en 2015 pour son rôle de Bel dans le film Knock Knock d’Eli Roth—Cabin Fever (2002), Hostel (2006) —. Aux côtés de Keanu Reeves, la plantureuse jeune femme, dans un délire de vulgarité et de lourdeur, vient punir un homme marié incapable de résister à ses avances. Un personnage finalement insignifiant, à l’image du récit, et dont on ne comprend pas bien le relief tant il est bourré de contradictions. Mais Hollywood, n’admettant pas toujours l’hypocrisie d’un cinéma faussement féministe, sait reconnaître une aubaine quand il en voit une. Belle, talentueuse, hispanique et un discours revendicateur à la clef, Ana de Armas a tout pour réussir dans un cinéma américain si effrayé à l’idée qu’on lui reproche son racisme. 

 

Ana de Armas dans "Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve (2017)

La version de Blade Runner 2049 du cinéaste québécois Denis Villeneuve sortie en 2017 baignait d’une douce lumière le visage de l’actrice, qui y incarnait une intelligence artificielle polymorphe, entre hologramme fantasmagorique et compagne dévouée. Si ses apparitions virtuelles aux côtés de Ryan Gosling ont conquis un grand nombre de spectateurs, elles étaient malheureusement limitées par le caractère volontairement lisse d’un personnage non humain. À l’affiche du War Dogs de Todd Phillips au cours de la même année, on ne peut pas dire que la jeune femme ait toujours été bien servie par l’offre cinématographique. Dans une interview pour Harper’s Bazaar, elle regrettait d’ailleurs que les femmes aient si peu de rôles “actifs” dans le cinéma: “C’est mon combat et j’essaie toujours de les défendre quand ils se présentent. En tant que femme et latina, c’est assez difficile”

 

Les rôles complexes à l’image de celui d’Isabelle Huppert dans le Elle de Paul Verhoeven ne courent en effet pas les rues. Minés par un féminisme galvaudé, en porte-à-faux de films rongés de bonnes intentions, les rôles féminins du cinéma grand public souffrent bien souvent d’une image très sexualisée malheureusement pensée comme inhérente au métier d’actrice. Prochaine James Bond girl pour le film Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga, Ana de Armas est une énième victime de ce phénomène, pourtant en passe d’évoluer. Ce rôle, qu’il serait malvenu de décliner pour une jeune actrice désireuse de faire ses preuves, est l’apanage même de ce cinéma dominé par les hommes. Cependant, au regard du rôle d’Eva Green en amoureuse torturée pour qui le célèbre agent 007 était prêt à rendre les armes, on peut espérer qu'Ana de Armas y fera suite et proposera une version plus intéressante que le traditionnel rôle de faire-valoir incarné par les amantes de Bond.

 

Les revendications d’Ana de Armas laissent effectivement penser qu’elle saura choisir des rôles plus valorisants que ceux qu’elle a déjà tenus par le passé, en triste passage presque obligé des débuts de carrière d’une actrice étrangère à Hollywood. À l’affiche de deux films prévus pour les prochaines années, il semblerait que l’actrice se glisse, progressivement, parmi les figures favorites du cinéma. Dans le rôle de Marylin Monroe — figure on ne peut plus chère au patrimoine culturel américain­— pour Blonde, d’Andrew Dominik et à l’affiche d’un thriller érotique réalisé par Adrian Lyne, Deep Water, Ana de Armas n’ a pas fini de faire parler d’elle.