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Numéro
17

Court-métrage: immersion dans un Tokyo sous acide

Cinéma

Quel est le lien entre un groupe de fourmis et un groupe humain ? Le jeune réalisateur français Swimthedog propose d'y répondre avec “ARI”, un premier court-métrage expérimental chargé d'une poésie sombre. Comme un hommage à l'esthétique de Wong Kar-wai (sous LSD), plongez dans l’univers d’un jeune japonais possédé à travers cette fiction sur l’identité et la différence

1/6

Une musique pesante qui tourne en boucle, une jeune femme brune qui se déhanche seule au milieu d’un bar quasi-désert, et un homme, dont la tête chauve ornée de longues boucles d’oreilles se grille une cigarette, avachi sur le comptoir. Cette sorte de berceuse sombre et obsédante prend soudain un autre rythme: l’homme est debout, à l’extérieur cette fois, comme un spectre apparaissant dans les rues de Tokyo où grouillent une foule d’anonymes, vacant à leurs occupations dans un chaos maîtrisé. 
 

Les premières secondes d'ARI suscitent la curiosité. Une atmosphère floue voulue par son réalisateur, Swimthedog : “ARI n’est pas vraiment un court-métrage mais plutôt un essai visuel dans lequel nous suivons le personnage d’Ari, un jeune japonais en quête d’identité et d’émotions.” Pour cette courte vidéo expérimentale, le rythme des images est au centre du projet. Ari, joué par le mannequin japonais Shouta Tanaka et accompagnée d’un mystérieux double féminin interprété par Lei Saito, évolue dans un monde à deux vitesses : le rythme effréné de la société contemporaine et celui, plus lent, des battements de son cœur. 

 

Décrit comme un “voyage sensoriel vers un monde visuel explorant le flou de l’être humain” par Swimthedog, ARI oscille entre mal-être, folie et troubles identitaires dans une poésie sombre et mélancholique. À plusieurs reprises le film dérange : les deux personnages principaux se confondent jusqu’à visuellement se fondre l’un dans l’autre et apparaissent à l’écran se grattant tout le corps de manière frénétique. Tout est fait pour que le spectateur sorte de sa zone de confort, grâce à de courts plans qui s’enchaînent de façon saccadée, avant de retrouver un mouvement plus flottant, en slow motion. 

 

Sorti le 15 février 2020, le film a été tourné à Tokyo dans différents lieux de la ville japonaise, dont des love hôtels, bars, et le quartier de Shibuya où se situe le plus grand passage piéton au monde. Avlanche, la boîte de production et plateforme de diffusion, créée par Swimthedog, a donc changé de cap pour ce premier film. Habitué des Session Live musicales qu’il accueille sur YouTube et des backstages de défilés et de concerts qu’il réalise pour Numéro Magazine, Swimthedog se tourne aujourd’hui vers la fiction : ARI, qui signifie “fourmi” en japonais, se présente comme un conte noir ayant pour analogie la nature - fourmis et hommes grouillent dans les rues tandis qu'Ari reste seul avec cette mystérieuse femme. 

 

Accompagné du producteur de musique VHS qui a réalisé la bande originale du film, Swimthedog crée une ambiance dans laquelle la musique vient, à la différence d’un clip, se mettre au service de l’image. Un style trap et hip-hop primaire qui se base sur l’enchaînement d’accords simples, renforçant le rythme cyclique et suffoquant de la vie d’Ari. Premier d’une longue série d’“essais visuels”, ARI donne un aperçu prometteur de l’univers du jeune réalisateur français. 

ARI ( Short Film ) de Swimthedog.

ARI de Swimthedog disponible sur la plateforme YouTube