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Cannes 2016 : un palmarès sans (grand) relief pour une édition flamboyante

 

À l’heure du bilan, notre envoyé spécial Olivier Joyard décrypte un palmarès plutôt décevant et revient sur les grands moments de ce Festival de Cannes 2016 marqué par des figures féminines géniales (Kristen Stewart, Isabelle Huppert, Sonia Braga…).

Xavier Dolan ému aux larmes alors qu’il reçoit le Grand Prix du Festival de Cannes 2016 pour Juste la fin du monde.

Xavier Dolan, Grand Prix – Juste la fin du monde © Valéry Hache / AFP

 

 

 

Parmi la vingtaine de films vus en dix jours effrénés et parfois sans sommeil, le jury du 69e Festival de Cannes présidé par George “Mad Max” Miller, a trouvé utile d’offrir la palme d’Or à Moi, Daniel Blake, de l’avis général l’un des films les moins marquants de la compétition. Sans crier au scandale, on notera qu’à près de
80 ans, Ken Loach reste un cinéaste aussi pertinent politiquement que conservateur formellement. Depuis au moins deux décennies, ses films font du surplace. Son ardent désir d’avancées sociales ne s’accompagne jamais d’une vision de la mise en scène aussi tranchante. Comme si le cœur du cinéma ne représentait plus une question à ses yeux.

 

Cannes sert pourtant à cela. Mettre en scène. Révéler le monde tel qu’il va – plutôt mal – en traquant ses représentations les plus ambiguës et les moins compromises. Trouver une forme et parfois une issue au chaos contemporain s’apparente à une mission. Accompagner un certain dénuement collectif également. Le Prix de la mise en scène à Olivier Assayas pour Personal Shopper, ode à son actrice Kristen Stewart et au cinéma comme jeu avec les mystères de l’invisible, va dans ce sens. Tout comme l’amour porté par Miller et ses jurés à Juste la fin du monde de Xavier Dolan, film imparfait et hanté, Grand Prix qui donne au palmarès un minimum de relief. 

American Honey d’Andrea Arnold

Parts & Labor LLCPulse Films Limited The British Film Institute Channel Four Telev

 

 

 

UN SEUL CHOIX RISQUÉ : LE PRIX DU JURY

 

Le seul choix vraiment risqué a concerné le Prix du jury (récompense la moins importante, malheureusement) attribué à American Honey d’Andrea Arnold, road-movie vibrant et mal élevé lancé sur les routes de l’Amérique profonde, qui a divisé la critique. Certains ont crié au trop long clip. Nous avons vu un film-trip influencé par les meilleurs photographes des lieux neutres et des mythes de l’Americana – de Stephen Shore à William Eggleston. Ici, une douzaine de post-ados agités voyagent en mini-van tout en essayant de vendre des abonnements de presse en faisant du porte-à-porte. D’un jour à l’autre, ils ramassent des centaines de dollars ou se retrouvent les poches vides. Ils ont pour horizon des parkings, des stations-service, des routes sans perspective. Ils incarnent la précarité. Pour y échapper, ils fument, boivent, couchent ensemble, écoutent du hip-hop ou une ballade de Bruce Springsteen. Porté par de nombreux acteurs inconnus en plus de la star Shia Labeouf et de l’explosive Riley Keough (vue dans la série The Girlfriend Experience), le film épouse le rythme de ces vingtenaires déclassés, se colle à leurs corps, répétant les mêmes motifs comme dans une installation musicale et sensuelle. Quand il quitte l’asphalte pour s’arrêter un peu et développer une fiction plus élaborée, American Honey baisse de régime. Mais son portrait d’une Amérique à la fois éternellement sexy et gravement à la dérive reste impressionnant.

Toni Erdmann de Maren Ade.

Komplizen Film

 

 

UN GRAND ABSENT DE TAILLE

 

 

En plus de sa fougue électrisante, le film d’Andrea Arnold a eu le mérite de donner le ton d’une édition marquée par une présence féminine majeure. Les héroïnes ont survolé Cannes 2016. On se souvient en premier de celle de Toni Erdmann, le troisième long-métrage de la néo-quadra allemande Maren Ade, confirmation d’un talent hors norme. Le film a réussi le tour de force de séduire la critique la plus pointue et les festivaliers moins concernés a priori par une œuvre de deux heures quarante faite de séquences longues, de digressions imprévisibles et d’affects violents. On y voit une fille batailler avec son père qui tente de bousculer sa vie régie au millimètre par une multinationale située à Bucarest. Elle enchaîne les rendez-vous professionnels tandis que lui multiplie les interventions burlesques et décalées : il s’invite auprès d’elle et de ses amis avec de fausses dents, des perruques, invente un personnage grandiloquent et perturbateur. Le fond du propos est à la fois intime (faut-il obéir à son père, même quand il exige que l’on désobéisse ?) et politique (doit-on obéir à l’entreprise pour laquelle on travaille et soutenir sa vision du monde ?). À​ ces questions, Toni Erdmann apporte des réponses inattendues et revêches, à l’image de son personnage féminin principal dont la caméra ausculte avec précision et drôlerie l’émancipation choisie et mesurée. 

 

Divines de Houda Benyamina

 

 

UN FESTIVAL AU FEMININ ?

 

D’autres femmes ont pris en main leur destin sans s’excuser. Celles de Divines (Quinzaine des réalisateurs), Caméra d’or surprenante, premier film très bancal et plein de bonnes intentions, qui remixe les codes du film ado et de banlieue en inversant les clichés, pour donner à des filles vivant dans un monde d’hommes une lumière méritée. En recevant son prix sur scène, la réalisatrice Houda Benyamina a hurlé sa joie en clamant : “Cannes est à nous, à nous les femmes !” Avec raison. Dans Grave de Julia Ducournau (Semaine de la critique), une adolescente découvre l’amour vorace et le cannibalisme dans le même mouvement. Dans Ma’Rosa du Philippin Brillante Mendoza, l’héroïne règne avec son bagou imparable sur un petit trafic de drogue avant de s’effondrer puis de relever la tête. Mais le film, symbole d’un cinéma d’auteur sclérosé dans ses choix plastiques prévisibles, n’a pas marqué les esprits, à l’exception du jury – décidément surprenant – qui a attribué un Prix d’interprétation à l’actrice Jaclyn Jose. 

Kristen Stewart dans Personal Shopper d’Olivier Assayas.

 

 

ELLE, LE FILM LE PLUS IMPORTANT DE CANNES ?

 

 

Le choix des figures féminines était pourtant large. Kristen Stewart, en assistante vêtements d’une star dans Personal Shopper, tient le film d’Olivier Assayas sur ses épaules, occupant la plupart des plans seule, dans toute sa vulnérabilité de jeune femme et de comédienne. Adèle Haenel joue dans La Fille inconnue des frères Dardenne (d’ex-palmés en petite forme) une médecin généraliste qui ne s’appuie sur personne, ni homme, ni femme, pour résoudre le conflit moral qui lui fait mal. Et que dire de l’inestimable Sonia Braga ? La Brésilienne incarne, dans Aquarius de Kleber Mendoça Filho, une sexagénaire luttant chaque minute pour conserver intacts son plaisir et ses désirs, dans un monde largement indifférent. Un portrait de femme magnifique, à la fois proche et aux antipodes de celui proposé par Paul Verhoeven dans Elle. Le film le plus important de Cannes 2016 fut aussi celui qui a proposé le personnage de femme le plus déroutant, puissant, bouleversant. Le contraire aurait été anormal. Isabelle Huppert, au sommet de son art, s’y met dans la peau d’une femme victime d’un viol, percluse de traumatismes, mais capable de continuer à avancer sans peur et sans reproche pour dénouer le fil de ses passions. Variation brillante et violente sur le drame bourgeois à la française, geste de cinéma libérateur, Elle éclaire avec génie la précieuse utilité du Festival de Cannes : donner à voir de grands films et creuser des motifs profonds, année après année, malgré les inévitables navets (ceux qui ont vu The Last Face de Sean Penn utilisent ce mot) et les palmarès tirés par les cheveux. 

 

Par Olivier Joyard

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