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28 Ana de Armas Marilyn Monroe Blonde

Blonde : que vaut le film Netflix sulfureux inspiré par Marilyn Monroe ?

Cinéma

Après avoir créé le scandale avant même que ses premières images ne fuitent, Blonde, le biopic romancé consacré à Marilyn Monroe, mettant en scène Ana de Armas, est enfin disponible sur Netflix. Le long-métrage, basé sur l’excellent best-seller Blonde de l'Américaine Joyce Carol Oates et interdit aux moins de 18 ans, propose une vision tragique et déchirante d’une star-victime démolie par Hollywood. Mais cette oeuvre sulfureuse, qui se veut radicale, n’est-elle pas une énième manière d’exploiter l’artiste et la femme derrière le mythe ?

La bande-annonce de "Blonde" (2022) d'Andrew Dominik

Avant que son film ne sorte, le réalisateur néo-zélandais Andrew Dominik (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert FordOne More Time With Feeling), a défini Blonde, sur lequel il travaille depuis presque 20 ans, comme "l’enfant de Citizen Kane et de Raging Bull." Mais il serait plus juste de dire que le long-métrage de presque trois heures marche sur les traces du Mulholland Drive (2001) de David Lynch et Showgirls (1995) de Paul Verhoeven. Tout en évoquant Apocalypse Now (1979) dans certaines scènes cauchemardesques. Mais arrive-t-il à la hauteur de ces chefs-d'œuvre ?

 

Le faux biopic basé sur le mythique best-seller Blonde de l'Américaine Joyce Carol Oates propose une vision romancée de la vie de l'immense Marilyn Monroe, mais se veut surtout une critique d’Hollywood, du monde du spectacle et du patriarcat. Au risque d’oublier parfois des moments importants de l'existence et de la carrière de la star. Mettant en scène l’actrice cubano-espagnole Ana de Armas (James Bond : Mourir peut attendre, Blade Runner 2049) dans le rôle-titre, le long-métrage s’évertue à dépeindre une femme constamment malmenée, d’abord par sa mère, qui multiplie les agressions envers la petite fille, puis par les hommes du septième art, du sport, de la littérature et enfin, de la politiques.

 

Interdit aux moins de 18 ans, le film sombre et baroque, qui a été présenté à la dernière Mostra de Venise, enchaîne les scènes de sexe réalistes et celles de violences physiques et psychologiques souvent choquantes. Entre ces plans crus tantôt filmés tels des monstruosités, comme un long-métrage d’horreur, tantôt comme un objet d’art et d’essai, on aperçoit une Marilyn Monroe en audition, qui tente de se faire respecter en tant qu’actrice. Ou on l'aperçoit, dans des moments poétiques, déclamer des répliques métaphysiques ou pleurer sur son sort. Sauf que jamais, on ne voit vraiment la star, sur un plateau, en train de jouer un rôle important et multiplier les prises, soit de pratiquer son métier.

Ana de Armas dans "Blonde" (2022) Ana de Armas dans "Blonde" (2022)
Ana de Armas dans "Blonde" (2022)

L’innocence de l’icône ainsi que son charme évanescent sont bien retranscrits. Et on voit, représentée avec justesse, la femme fragile qui n’a jamais connu son père, souffre de la folie de sa mère, désire être aimée à tout prix, tout comme avoir un enfant. Mais où est l'idole incandescente qui brillait dans des films tels que Certains l’aiment chaud (1959) ou qui cherchait à perfectionner ses techniques d’art dramatique ? Et la femme, aux idées de gauche, qui adorait lire, se cultiver ou se lancer à corps perdu dans la psychanalyse ? Les multiples couches de la personnalité complexe, résiliente et passionnante de Norma Jean Baker (le vrai nom et le vrai visage de Marilyn Monroe) passent à la trappe, au bénéfice d'effets de manche (des mouvements de caméra aventureux et des jeux sonores entre le bruit, la musique et le silence). 

 

Ana de Armas et Andrew Dominik préfèrent défendre une version du mythe Marilyn Monroe en femme enfant ingénue constamment victime, blessée et en perdition tel Bambi pris dans les phares d’une voiture. Le réalisateur veut critiquer le patriarcat et les hommes puissants et manipulateurs de l’industrie du cinéma (qui évoquent des versions préhistoriques de Weinstein), mais il contribue à ce schéma en donnant à voir des images scabreuses, racoleuses et souvent réductrices. Tantôt émouvant, quand il s’attarde sur la mélancolie, la solitude et la quête d’identité de Norma Jean Baker, tantôt dérangeant et sensationnaliste, l'infernal Blonde n’est pas le film pour tous les enfants mal-aimés du monde qu’il aurait rêvé d'être, selon les intentions avouées de son réalisateur. Ni une grande oeuvre féministe et révolutionnaire qui fera date. C’est surtout un énième fantasme masculin cultivant le cliché de la ravissante idiote attendant son sauveur, que ni la bande-son onirique et envoûtante - composée par Nick Cave et Warren Ellis -, ni le noir et blanc très esthétisant ne parviennent à sauver de l’ennui, du mauvais goût et du chaos.

 

"Blonde" (2022) d'Andrew Dominik, disponible sur Netflix le 23 septembre prochain.