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Blumhouse, les studios qui règnent sur le cinéma d’épouvante

Cinéma

Le géant du streaming Amazon Prime s’engraisse encore. La plateforme s’allie aux studios d’horreur Blumhouse (Paranormal Activity, American Nightmare, Insidious…) pour produire huit films originaux, diffusés sur Prime entre le mois d’octobre 2020 et janvier 2021. Avec cette nouvelle collaboration, Amazon espère faire de l’ombre à son concurrent Netflix, qui reste jusqu’alors maître du genre avec des projets originaux tels que The Haunting of Hill House, Stranger Things ou bien encore Jessie – l’adaptation du roman de Stephen King – et diffuse également la série d’anthologie de Ryan Murphy, American Horror Story.

1. Blumhouse, les géants du genre horrifique

 

“Bienvenue à la maison Blumhouse”. La semaine dernière, la plateforme de streaming Amazon Prime a annoncé une nouvelle collaboration avec les studios Blumhouse, géants du genre horrifique. Au total, huit films seront produits et diffusés en deux parties sur Prime, à compter du 6 octobre prochain. Et si la plateforme a choisi de s’allier aux studios américains, c’est que ces derniers sont passés maîtres dans la production de films d’horreur à succès. Fondés en 2000 par le réalisateur américain James Blum, les studios Blumhouse ont construit leur empire en produisant des films à petit budget qui rapportent gros, voire très gros.

 

Avec le premier volet de la saga Paranormal Activity (2007), les studios signent le film le plus rentable de l’histoire du cinéma. Un budget initial de 15 000$, pour un projet qui aura rapporté près de 193 millions de dollars à Blumhouse. Filmé en seulement une semaine dans les quartiers résidentiels de San Diego, Paranormal Activity s’inspire plus ou moins du Blairwitch Project (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, préférant la suggestion de l’horreur aux effusions de sang. Un autre aspect novateur du film demeure son scénario. Ou plutôt, l’aspect linéaire de ce dernier. Le public suit le quotidien d’un jeune couple qui vient d’emménager dans une nouvelle maison pendant une vingtaine de jours. La protagoniste, Katie, raconte qu’elle est suivie par une présence démoniaque depuis son enfance. Son petit ami décide alors d’installer des caméras dans la résidence afin d’enregistrer toute activité paranormale. Avec une alternance de caméra embarquée et de mise en abîme, le projet s’ancre dans la réalité et intègre l’horreur à la vie de tous les jours : “Après avoir vu L’exorciste (1973), je n’ai plus voulu regarder aucun film en rapport avec les esprits. Même pas les Ghostbusters (1984)”, explique Oren Peli, le réalisateur du film. Si le Blairwitch Project a dissuadé les campeurs de s’aventurer en forêt, Paranormal Activity a quant à lui, invité la terreur jusque dans la chambre de ses spectateurs.

 

Les studios Blumhouse ont par la suite réitéré cet exploit commercial avec Get Out (2017) réalisé par Jordan Peele – rassemblant un budget initial de 4,5 millions de dollars pour une recette estimée à 255 millions de dollars – ou encore la saga Insidious, dont le premier film réalisé en 2010 par James Wan a été produit pour 1,5 millions de dollars et en a généré près de 100 millions. Cette nouvelle collaboration s’annonce donc très juteuse pour Amazon Prime, qui espère attirer un public plus large et enfin dépasser son concurrent direct Netflix, qui totalise 200 millions d’abonnés contre les 150 millions de la plateforme de Jeff Bezos.

Bande-annonce du film “Paranormal Activity” de Oren Peli.

2. Des projets acclamés par la critique

 

En vingt années d’existence, Blumhouse connaît son lot de succès commerciaux. Avec des projets tels que Paranormal Activity (2007), Insidious (2010) et American Nightmare – The Purge (2013), les studios s’imposent rapidement dans l’industrie du film horrifique. Parmi ces grands noms du box-office, on retrouve également des projets salués par la critique. En 2011, le réalisateur James Wan (Saw, The Conjuring, Dead Silence…) remporte le prix du meilleur film d’horreur pour Insidious au Fright Meter Awards, une cérémonie américaine récompensant les meilleures sorties d’horreur de l’année. Six ans plus tard, le film Get Out de Jordan Peele reçoit quatre distinctions pour meilleur scénario, meilleur film international et meilleur réalisateur aux Academy Awards, British Independent Film Awards et Independent Spirit Awards.

 

Loin de se focaliser uniquement sur le cinéma d’horreur, les studios Blumhouse ont également été encensés pour leur productions de films dramatiques. Avec Whiplash (2014) de Damien Chazelle – un thriller musical qui suit les pratiques douteuses d’un enseignant de musique –  le studio américain ajoute à son panel un Prix du jury au Sundance et au Festival du film américain de Deauville. En 2018, le film BlacKkKlansman de Spike Lee met en scène la mission impossible que s’est fixée Ron Stallworth – premier officier noir américain du Colorado dans les années 70 – qui tentera d’infiltrer le Ku Klux Klan afin d’en dénoncer les actions. Le film reçoit le Grand Prix du Festival de Cannes, est sélectionné parmi les dix meilleurs productions de l’année par l’American Film Institute et reçoit la distinction du meilleur scénario adapté aux Academy Awards. Forts de ces acclamations critiques, les studios Blumhouse se lancent alors dans un nouveau pari : partir à la conquête de la télévision et du streaming en se rapprochant, à partir de 2018, de plateformes telles que Netflix, et plus récemment donc, Amazon Prime.

Bande-annonce du film “Whiplash” réalisé par Damien Chazelle

3. Les faiblesses des studios

 

Si les films tels que Whiplash, Get Out et BlacKkKlansman permettent à Blumhouse de briller dans l’industrie du cinéma, d’autres projets des studios n’ont cependant pas rencontré le même destin. Parmi ces derniers, on retrouve plusieurs suites de films à succès, tels que Paranormal Activity : The Ghost Dimension (2015), Sinister 2 (2015), Insidious: The Last Key (2018), Paranormal Activity 4 (2012) et bien d’autres encore… Lorsqu’une franchise fonctionne, les studios de productions ont tendance à gaver leur public avec toujours plus de suites, et ce jusqu’à l’écœurement. Dans le cas de Paranormal Activity, la franchise s’étale sur six films sortis entre 2007 et 2015, avec une nouvelle production prévue pour mars 2021, soit 14 années après la sortie du premier volet. En plus d’une surexploitation du scénario original, on observe une baisse de la qualité de production des films au fur et à mesure des sequels. Paranormal Activity: The Ghost Dimension, le sixième volet de la saga, a ainsi reçu la maigre note de 14% sur le site Rotten Tomatoes, contre les 83% du film original. Selon les critiques, cette suite peine à retranscrire la formule qui a fait le succès du premier projet, s’inscrivant alors dans la veine des films réalisés par pur aspect économique. Le même problème s’illustre avec les suites des franchises Insidious et Sinister.

 

Au final, s’il y a bien un aspect rédhibitoire pour les spectateurs du genre horrifique, c’est le déjà-vu. En témoigne le film The Darkness (2016) réalisé par Greg McLean, qui met en scène une famille américaine persécutée par les esprits d’une tribue indienne d’Amérique. Malgré un casting rassemblant Kevin Bacon, Radha Mitchell (Rogue), Matt Walsh (Brooklyn Nine-Nine) et Jennifer Morrison (Star Trek), le film s’empêtre dans un tas de clichés déjà surexploités par le genre horrifique, peinant alors à proposer un projet innovant. The Darkness a reçu la note de 3% sur le site Rotten Tomatoes, faisant de ce dernier le film le moins bien reçu des studios Blumhouse. Ouija (2015) et Area 51 (2015) recevront le même traitement pour faute de nouveauté, présentant des scores respectifs de 6% et 14%.

Bande-annonce du film “The Darkness” de Greg McLean

4. Le remake, nouveau souffle des studios Blumhouse

 

En 2018, les studios Blumhouse trouvent un nouveau souffle en s’essayant au remake. James Blum s’associe alors au réalisateur David Gordon Green pour s’attaquer à un géant du genre horrifique : le slasher Halloween, réalisé par John Carpenter en 1978. Le film original se concentre sur le personnage de Micheal Myers, un enfant de six ans qui poignarde sans explication sa sœur un soir d’Halloween. Il est ensuite interné dans un hôpital psychiatrique, puis s’en échappe quinze années plus tard et poursuit une jeune babysitter. Avec Nick Castle et Jamie Lee Curtis – devenue une figure emblématique du cinéma d’horreur – à son affiche, Halloween se pose comme une réelle institution du genre horrifique, entrainant la production de dix suites, étalées sur une période de quarante ans, de 1978 à 2018. Si tous les sequels de la franchise n’ont pas remporté le même succès, le film de James Blum et David Gordon Green est, quant à lui, encensé par la critique : “Pendant des années, la franchise Halloween était une maison faite de bric et de broc. Ce qui était à l’origine un magnifique manoir n’a pas été gâté par les années, alors que de nombreux architectes y ont travaillé, sans consulter l’avis des bâtisseurs originaux, écrit CinemaBlend. Tous ces changements ont finalement rendu cette maison inhabitable, jusqu’à ce que David Gordon Green arrive et détruise tous ces changements pour revenir aux fondations solides de la maison.”

 

En reprenant le face à face mythique entre Laurie Strode (Jamie Lee Curtis) et Micheal Myers (Nick Castle), David Gordon Green favorise un retour à l’essence même de la franchise, tout en apportant un vent de nouveauté. 40 ans après leur premier affrontement, une Laurie Strode toujours marquée par les événements de 1978 se prépare au retour inévitable de Micheal Myers. Elle n’est plus la jeune babysitter apeurée du premier volet, et compte bien en découdre. La performance de Jamie Lee Curtis sera saluée aux Saturn Awards où elle remportera la récompense de meilleure actrice, et le film sera nommé dans la catégorie meilleur film. Halloween rapportera près de 255 millions de dollars aux studios Blumhouse, s’inscrivant comme le deuxième projet le plus rentable de la compagnie, juste derrière Split (2017) de Night Shyamalan avec 278 millions de dollars.

Bande-annonce de “Halloween” de David Gordon Green

Forts de ce premier succès, les studios américains se sont attaqués à une autre figure emblématique du cinéma : l’homme invisible. Créé en 1897 par le romancier britannique H.G. Wells, l’homme invisible est, à l’origine, un brillant chercheur albinos nommé Griffin. Au cours de ses nombreuses expériences, il découvre une formule lui permettant de devenir invisible. Cependant, la solution s’avère irréversible et le protagoniste cherche un moyen de dissimuler sa condition, se cachant le visage par des bandes et les yeux par des lunettes. Dans son adaptation de 2020 réalisée par Leigh Whannel (Saw, Insidious), le personnage de Griffin prend les traits d’un millionnaire pervers et narcissique qui pourchasse sa femme, interprétée par Elisabeth Moss (The Handmaid’s Tale). Dans cette réécriture, le savant cherchant simplement à s’adapter au monde se retrouve métamorphosé en monstre sans-cœur obsessionnel, ne reculant devant rien pour faire payer celle qui a heurté sa sensibilité masculine. Le film reçoit un excellent accueil critique, avec une note de 92% sur Rotten Tomatoes, et un succès commercial au box-office.

Bande-annonce de “Invisible Man” de Leigh Whannell

5. Welcome to the Blumhouse

 

Compte tenu de l’historique des studios Blumhouse, nul doute que le partenariat avec Amazon Prime attirera son lot d’aficionados du genre horrifique. Sur l’affiche promotionnelle du projet intitulée “Welcome to the Blumhouse’”, on peut découvrir l’ambiance lugubre et intrigante qui caractérisera les quatre premiers films nés du partenariat entre les studios américains et la plateforme de streaming.

 

Nocturne se déroulera dans une prestigieuse école de musique. Une élève réservée au premier abord, développe soudainement des capacités musicales impressionnante, après avoir trouvé le mystérieux journal intime d’une étudiante décédée. Très vite, la jeune prodige générera la jalousie de sa sœur jumelle. Black Box se concentrera sur un père de famille qui, après avoir perdu sa femme dans un accident de voiture, suit un traitement expérimental, le forçant à remettre en cause jusqu’à sa propre existence. Evil Eye est une adaptation de la pièce de Madhuri Shekar, écrite pour la plateforme Audible d'Amazon. L’histoire suivra la romance d’un couple qui file le parfait amour, jusqu’à ce que une figure maternelle soupçonne le petit ami de sa fille d’être impliqué dans de sombres histoires connectées à son passé. L’idylle tourne alors au cauchemar. Dans The Lie, deux parents font tout leur possible pour couvrir le meurtre réalisé par leur fille, s’empêtrant dans tout une toile de mensonges et de ruses.

 

 

Les quatre premiers film du projet Welcome to the Blumhouse seront disponibles le 6 octobre sur Amazon Prime.