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Numéro
02 Brad Pitt, Thelma et Louise, Documentary Arte

Brad Pitt en 3 rôles qui ont changé sa carrière

Cinéma

Apollon indétrônable d’Hollywood depuis trente ans, Brad Pitt semble irréel, tout comme sa gueule d’ange et sa musculature parfaite qui semblent résister à l’âge. Cette étiquette de sex-symbol, l'acteur a tenté de s'en défaire, comme l’expose le documentaire Arte Brad Pitt, la revanche d’un blond, au gré de rôles qui ont forgé sa carrière, de Fight Club en passant par Troie jusqu’à son premier Oscar dans Once Upon a Time… In Hollywood.

Brad Pitt sur le tapis rouge, Brad Pitt, "La revanche d'un blond" © Alam Brad Pitt sur le tapis rouge, Brad Pitt, "La revanche d'un blond" © Alam
Brad Pitt sur le tapis rouge, Brad Pitt, "La revanche d'un blond" © Alam

Brad Pitt est maudit. Maudit à cause de ses trop beaux traits, de ses muscles, sa jolie chevelure dorée. C’est en tout cas le postulat avancé par Adrien Dénouette et Thibaut Sève dans leur documentaire diffusé sur Arte le 11 novembre. Au gré de scènes extraites de sa filmographie depuis la fin des années 80, le programme explore en long et en large son statut de sex-symbol, auquel l'acteur semble condamné. Lorsqu’il débarque à Hollywood dans les années 80, il n’a ni argent ni formation. Arrivé tout droit de son Missouri natal, il débute dans la publicité, où il exhibe sa plastique de rêve. Il obtient alors des seconds rôles — à condition de ne pas cacher ses pectoraux ni ses abdos d’acier — et devient un objet de désir convoité par tous les écrans et les magazines people américains, dont il fait la une avant même d’être en tête d’affiche d'un film. Et peu importe le rôle qu’on lui demandera par la suite d’incarner, Brad Pitt finirait toujours déshabillé : tout entier dans Thelma et Louise (1991), une fesse seulement dans L’Armée des 12 singes (1995), un torse mouillé et moulé dans Fight Club (1999) ou Troie (2004)… 

 

Depuis trente ans, c’est l’un des acteurs les plus bankable d’Hollywood, qu’il marque avec des rôles qui lui collent encore à la peau : le jeune détective David Mills dans Seven, le couple sulfureux qu’il incarne avec son ex-femme Angelina Jolie dans Mr and Mrs Smith (2005), un maître dans l’art du bluff dans Ocean’s Eleven (2001)… Sa carrière ne s’est jamais essoufflée, même lorsqu’il l’a mise entre parenthèses à la fin des années 2000 pour développer sa société de production, Plan B Entertainment. Avec elle, l'acteur gagne des Oscars que ses rôles ne lui avaient encore jamais apportés, comme en 2014 avec le film 12 Years a Slave de Steve McQueen. Jusqu’à son dernier grand rôle, offert par le réalisateur Quentin Tarantino dans Once Upon a Time… In Hollywood (2019) pour lequel Brad Pitt reçoit — enfin — un oscar pour son jeu d’acteur. Un choix décisif pour sa carrière, en écho à ceux faits vingt ans plus tôt, qui ont contribué à forger autant qu’à casser le mythe de “l’homme le plus désiré du monde”. La preuve par trois. 

Brad Pitt dans "Fight Club" (1999). © Alam Brad Pitt dans "Fight Club" (1999). © Alam
Brad Pitt dans "Fight Club" (1999). © Alam

1. Tyler Durden dans "Fight Club" (1999) : abîmer le blondinet trop parfait 

 

De la violence, du sexe et de la vulgarité : dans Fight Club, le beau blondinet qui a séduit toute la planète un an plus tôt dans Rencontre avec Joe Black (1998) change totalement de registre. Dans ce film réalisé par David Fincher, Brad Pitt interprète le personnage de Tyler Durden, un homme aussi instable qu’impulsif, qui organise des combats clandestins auxquels il participe. Sa gueule d’ange est brutalisée — au grand dam de ses fans, comme en témoigne l'échec commercial après sa sortie aux États-Unis. Aujourd’hui devenu culte, le film nous présente un nouveau Brad Pitt, trash et loin de son image d’Épinal, ce qui permet à l’acteur de pousser l’ironie toujours plus loin en gitan dans Snatch de Guy Ritchie (2000), en coach-sportif niais dans Burn After Reading (2008) des frères Cohen ou encore en lieutenant volubile dans Inglorious Basterds de Quentin Tarantino (2009).

 

L'acteur déploie toute son énergie dans le rôle de Tyler Durden. Il prend des cours de taekwondo, de boxe et se fait même enlever des morceaux de dents pour mieux coller au personnage. Le réalisateur donne à l’Apollon hollywoodien une dimension burlesque et vulgaire inédite qui “écorne son glamour pour en briser le sortilège” (comme l'indique le documentaire Arte). Et si le mythe du blondinet trop parfait n’est pas vraiment anéanti par Fight Club, ce rôle permet néanmoins à Brad Pitt plus de possibilités pour ses prochains films. 

Brad Pitt dans le film "Troie" (2004) © Warner Bros France Brad Pitt dans le film "Troie" (2004) © Warner Bros France
Brad Pitt dans le film "Troie" (2004) © Warner Bros France

2. Achille dans "Troie" (2004) : le point de non-retour
 

Muscles saillants, tenue de spartiate moulante, mèches blondes rayonnantes : dans le film Troie de Wolfgang Petersen, Brad Pitt incarne tout ce qu’il déteste. À plus de 40 ans, il interprète le héros antique Achille, cinq ans à peine après Fight Club, au sein d’une superproduction. Comme l’acteur le révèle en effet dans une interview accordée au New York Times en 2019, il aurait été contraint par le studio d’accepter le rôle suite à l’annulation d’un autre film. Alors qu’il essayait de se défaire de ses rôles de sex-symbol ultra caricaturaux, il se retrouve ainsi en tête d’affiche d’un péplum commercial, pour lequel on se souvient plus de sa plastique impeccable que de son jeu d’acteur.

 

Brad Pitt est alors pris dans le même système que d’autres acteurs de son envergure, comme Johnny Depp ou Tom Cruise, qui signent des contrats de plusieurs années avec de grandes franchises. Mais c’est une voie que l’acteur refuse d’emprunter : il admet ainsi quinze ans plus tard que ce rôle a été un véritable tournant qui a défini les dix prochaines années de sa carrière. Il décidera de porter plus souvent sa casquette de producteur en finançant des films à petit budget, et refusera de s'engager avec des superproductions. 

Brad Pitt dans "Once Upon a Time… in Hollywood" (2019) © Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH, 2019 Brad Pitt dans "Once Upon a Time… in Hollywood" (2019) © Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH, 2019
Brad Pitt dans "Once Upon a Time… in Hollywood" (2019) © Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH, 2019

3. Cliff Booth dans "Once Upon a Time… In Hollywood" (2019) : l’apothéose d’un destin tout tracé ? 
 

 

En 2019, Brad Pitt a presque 60 ans, interprété plus de 55 rôles et n’a pas perdu une once de son charisme. Seule “ombre” au tableau, toujours aucun Oscar pour récompenser ses talents d’acteur. Le rôle de Cliff Booth, que lui offre Quentin Tarantino pour son film au casting étoilé avec Leonardo DiCaprio et Margot Robbie, Once Upon a Time… In Hollywood (2019), répare ce manquement. Dans le documentaire d’Arte, ce rôle est présenté comme une “renaissance” pour l’acteur, “celle d’une star ayant non seulement accepté mais embrassé le fardeau de son glamour”.

 

Il y interprète un cascadeur solitaire au passé difficile, qui enchaîne les doublures de grandes stars sans avoir froid aux yeux. Son personnage est cynique, ses répliques teintées d’humour et sa plastique, parfaite. Et, à l'image de Brad Pitt, il ne veut pas se prendre au sérieux et cherche à se distancer de la célébrité et des paillettes. Perçue comme un aboutissement de sa carrière, sa performance très juste lui permet d'obtenir son premier Oscar en tant qu’acteur.

 

 

Brad Pitt, la revanche d’un blond, d’Adrien Dénouette et Thibaut Sève, 53 minutes, diffusé sur Arte le 11 novembre à 23h55 et disponible en replay jusqu'au 14 novembre.