227


Commandez-le
Numéro
21

3 rappeuses queer écrasent le male gaze sur BrutX

Cinéma

Pour son nouveau documentaire, la plateforme BrutX met en lumière Lalla Rami, Turtle White, et Shani Da Flava, trois rappeuses queer qui écrasent le male gaze à coup de paroles militantes, de clips subversifs et d’esthétiques ultra léchées.

Après avoir donné la parole à des hommes sur leurs traumatismes et leurs conceptions de la masculinité à l'ère post #MeToo, BrutX met cette fois-ci à l’honneur trois rappeuses queer qui bousculent les codes du genre. Intitulée Queer, la vidéo d’environ trente minutes, réalisée par Sara Kheladi, dresse alors le portrait de trois femmes qui tentent tant bien que mal de se faire une place dans le milieu du rap, souvent réputé comme machiste et homophobe, et qui s’unissent pour faire entendre leurs voix. Le documentaire commence par présenter Shani Da Flava, vingt et un ans, qui a débuté sa carrière en 2018 en sortant le titre Damn. Avec ses looks régressifs style années 2000 et ses cheveux rasés, la jeune femme se démarque par son esthétique ultra léchée, en plus de son rap qu’elle inscrit dans une logique féministe et militante. Dans ses morceaux, elle a pour but d’exprimer sa féminité ainsi que sa puissance en tant que femme, mais aussi de donner confiance à celles qui ne l’ont pas, et bien sûr de “faire twerker les meufs” sur des flows efficaces.

 

Le documentaire nous plonge ensuite dans l’univers de Turtle White, jeune femme originaire de Guyane, qui s’est lancée sérieusement dans le rap pendant le confinement. Plutôt réservée, elle s’exprime dans ses titres avec un flow nonchalant et des rythmiques trap, qu’elle ponctue toujours avec des punchlines avisées. Enfin, BrutX part à la rencontre de Lalla Rami, femme transgenre de vingt-et-un ans qui s’inspire de sa propre histoire pour construire sa musique. Si elle est tout particulièrement fascinée par les shikhāt, chanteuses et danseuses traditionnelles marocaines (son pays d’origine), elle utilise le rap pour répondre à tous les hommes qui lui ont fait subir énormément de violence tout au long de sa vie, en particulier pendant sa période de transition. Au final, ces trois femmes queer que tout rassemble (ou presque) se rejoignent et enregistrent un morceau à la fin du documentaire, symbole de toute une génération d’artistes féminines mises de côté dans un milieu encore bien trop dominé par le male gaze.

 

Queer (2021), de Sara Kheladi, disponible sur BrutX.