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5 courts-métrages à (re)découvrir gratuitement sur Internet

Cinéma

Il n’est jamais bien loin, le cinéma. Sur Youtube, Arte.tv, Dailymotion ou Vimeo, des petites pépites méconnues sont à découvrir gratuitement, entre élans poétiques, amours déchus et portraits intimistes. (Re)découvrez 5 court-métrages délicieux à voir et à revoir, sans modération.

“Elsa la Rose”, d'Agnès Varda (1966)

1. Elsa La Rose, d’Agnès Varda (1966), disponible sur Vimeo

 

“Je suis plein du silence assourdissant d’aimer, assourdissant d’aimer”. Ce sont les mots transis de Louis Aragon, rougissant d’amour pour sa femme, l’écrivaine Elsa Triolet. Narrée par les des deux artistes et par le timbre doux de la voix de Michel Piccoli, l’histoire de la rencontre entre le poète et sa muse est portée à l’écran dans un court-métrage d’une vingtaine de minutes.

 

La cinéaste de la Nouvelle Vague rend ici hommage au couple d’écrivains, les filmant dans leur maison ou leur jardin, leur demandant de parler l’un de l’autre. “La première fois que j’ai vu Louis, il était habillé de noir et son costume était tout à fait luisant, comme un piano. ” dit-elle. “T’imaginer, il ne me reste qu’à t’imaginer” dit-il. La douceur des voix, la beauté des images et le montage savant de Varda font de ce court-métrage un précieux document sur cette relation qui a inspiré tant de poèmes à Aragon. Entre autres, Elsa La Rose rend aussi visible cette écrivaine d’origine russe, Elsa Triolet, bien moins connue que son mari.

“Anémone” de Philippe Garrel (1968)

2. Anémone, de Philippe Garrel (1968), disponible sur Youtube

 

Phillipe Garrel n’avait que 19 ans lorsqu’il a tourné ce moyen-métrage de 57 minutes. Son jeune âge explique peut-être pourquoi il a si bien portraituré son personnage principal, Anémone, une adolescente bourgeoise qui vit à Paris et rêve d’amours passionnés. Plus qu’un portrait, le film capture une époque, faite de longues discussions dans les cafés, une cigarette à la main, à parler de sentiments et de philosophie.

 

L’esprit de la Nouvelle Vague du cinéma français est entièrement instillé ici, ses procédés s’y retrouvent dans des champs sans contre-champs, dans des dialogues sans interlocuteurs et dans la parole, maîtresse avant tout. Anémone est entre autres, l’occasion de redécouvrir les débuts de l’actrice qui a trouvé dans ce film le pseudonyme qu’elle gardera toute sa carrière. 

Image tirée du film “Ce qui me meut” de Cédric Klapisch (1989)

3. Ce qui me meut, de Cédric Klapisch (1989), disponible sur Dailymotion

 

Le court-métrage, c’est aussi du cinéma disait le futur réalisateur du Péril jeune (1994) et de l’Auberge Espagnole (2002). Son court-métrage d’une vingtaine de minutes a marqué le festival de Clermont-Ferrand l’année d’après sa sortie, qui lui a accordé le Prix spécial du jury. En un déclaration d’amour au cinéma, le film de Cédric Klapisch célèbre Etienne Jules Marey – chronophotographe – dont les recherches sur le mouvement sont devenues célèbres et qui marquent les prémices de la cinématographie. En reconstituant les conditions de filmage et de tirage des travaux d’Etienne Jules Marey, l'auteur des Poupées Russes réalise une prouesse technique inédite, qui témoigne de son inventivité remarquable. 

“Foutaises”, de Jean-Pierre Jeunet (1990)

4. Foutaises, de Jean-Pierre Jeunet (1990), disponible sur Youtube

 

J’aime pas les barbus sans moustaches. J’aime pas l’idée qu’on dort un tiers de sa vie, mais j’aime bien l’idée qu’après la mort, ça sera pas pire qu’avant la naissance”.  Voici les petits plaisirs de la vie vus par Jean-Pierre Jeunet. Ce court-métrage en noir et blanc célèbre le quotidien dans une attention portée aux détails extraordinaires, que l’on retrouve notamment dans le chef-d’œuvre du cinéaste, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Ici, Dominique Pinon énumère les choses ordinaires qui le rendent heureux, en les confrontant à ses déplaisirs tout aussi prosaïques.

 

Alternant entre images d’archives, scénettes et animations, Foutaises réussit le prodige d’enchanter les détails, les pensées quelconques et habituelles. Dans la veine de George Perec et Raymond Queneau, Jean-Pierre Jeunet se fait poète au cinéma, dans une célébration de l’intime et de ce que l’on appelle vulgairement le banal. 

5. Automne Malade, de Lola Cambourieux et Yann Berlier (2019), disponible sur Arte Tv jusqu’au 28 mars

 

Récemment récompensé au festival de court-métrages Silhouette, Automne Malade est un film coup de poing, porté avec force par son actrice principale Milène Tournier. Jouant une jeune femme perturbée par la maladie de sa mère, Milène part à la campagne en Auvergne pour préparer le concours de l’ENA. A la limite du documentaire, le film explore la porosité entre les genres, en même temps que la personnalité étonnante de Milène.

 

Le court-métrage d’une vingtaine de minutes est infiniment sensible. Hyper réaliste, il filme les interactions entre des personnages étonnants par leur franchise et leurs épanchements. Presque entièrement improvisées, les scènes parviennent à atteindre une transcendance à la limite de l’ineffable, entre silences appuyés et regards puissants. 

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