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07 Octobre

Le clan de Christophe Honoré : Vincent Lacoste

 

Depuis ses débuts en tant qu’auteur il y a une dizaine d’années, la liberté radicale de Christophe Honoré s’est affirmée au cinéma comme dans ses mises en scène au théâtre et à l’opéra. Nouveau pavé dans la mare, le film “Chambre 212” mise sur une théâtralité appuyée, servie par un casting de rêve. Toute la semaine, Numéro infiltre le clan de Christophe Honoré et dresse un portrait intime de ses membres. Aujourd’hui : Vincent Lacoste.

Par Olivier Joyard, Portrait Sarah Moon, Réalisation Jean Michel Clerc

Costume en drap de laine, Fendi. Tee-shirt en jersey de coton et pantalon en coton, Uniqlo. Sneakers, Spring Court. Coiffure : Perrine Rougemont chez Caren. Maquillage : Sandrine Cano Bock chez Artlist. Assistante réalisation : Laura Perros. Set design : Marie Malterre. Numérique : Marine Grandpierre. Retouche : Georges-Emmanuel Arnaud. Production : Gallois Montbrun&Fabiani.

Il a le visage juvénile le plus familier du cinéma français. Voilà une décennie que Vincent Lacoste promène sa silhouette fine et sa démarche chaloupée dans des films qui profitent de sa légèreté apparente et de son talent pour traverser la vie (et les plans) avec nonchalance et drôlerie. L’année dernière, l’acteur révélé à l’âge de quinze ans par la teen-comédie Les Beaux gosses de Riad Sattouf, a pourtant esquissé un changement de cap. Lacoste a prouvé son désir de grandir (et l’étendue de son talent) en enchainant coup sur coup deux films plus graves : Plaire, aimer et courir vite, le mélo gay de Christophe Honoré situé dans les années 1990, avant le délicat Amanda de Mikhaël Hers, où il jouait un jeune homme forcé de s’occuper d’une petite fille dont la mère disparaissait, tuée dans un attentat.

 

 

Les acteurs qui m’ont marqué sont des personnes assez féminines que je trouve poétiques. Je suis mega fan de James Stewart, même si dans l’âge d’or hollywoodien il représentait une certaine virilité en tournant des westerns.”

 

 

On le retrouve un matin d’été, dans une rue de Paris où il préfère entamer l’interview debout, comme pour donner une impulsion à notre échange. L’acteur évoque sa souplesse élémentaire dans le jeu. “Faire le balancier entre des univers variés, c’est ce qui me plait avant tout dans ce métier. J’aime le cinéma d’auteur, pas forcément très pointu, mais personnel. Voilà ce qui me touche. Je choisis les rôles comme un spectateur, en jouant dans les films que j’aimerais bien aller voir. Quand on est acteur, on est souvent prisonnier du désir des autres, au service des films. Ma chance a été que des cinéastes variés et intéressants me proposent du travail. Ce sont elles et eux qui m’ont propulsé.” Si ses films les plus connus sont ceux qu’il a tournés avec Thomas Lilti (le réalisateur golden boy du cinéma français à la fois crédible et populaire : Hippocrate, Première année), d’autres profils ont fait appel au jeune ébouriffé comme Mia Hansen-Löve pour Eden, l’épopée sur la French Touch où il incarnait Thomas Bangalter, mais aussi Julie Delpy (Skylab), la géniale Justine Triet (Victoria), Pascal Bonitzer (Tout de suite maintenant) ou Benoit Jacquot (Journal d’une femme de chambre). Récemment, Lacoste a rejoint le cinéma de sa génération auprès de ses amis proches Felix Moati et Antoine de Bary qui ont chacun tourné un film, mais aussi Hélier Cisterne pour De nos frères blessés, où l’acteur incarne un ouvrier pro-FLN dans l’Algérie d’avant l’indépendance. La sortie est prévue prochainement.

“Chambre 212” de Christophe Honoré.

Dans Chambre 212, Vincent Lacoste s’amuse dans la peau du mari de l’héroïne quadragénaire (Chiara Mastroianni) lorsque celui-ci avait vingt-cinq ans. Une apparition venue du passé pour faire le bilan des ratés et des regrets, “un fantôme” comme le dit lui-même le comédien en riant. Les retrouvailles avec Christophe Honoré après Plaire, aimer et courir vite n’ont fait que confirmer l’évidence entre eux. “J’ai longtemps été très fan des films de Christophe. Les Chansons d’amour, La Belle personne, je les ai vus adolescents et je les aimais beaucoup. J’ai eu envie de travailler avec lui. Une forte personnalité se dégage de ses films, quelque chose de particulier : il raconte des histoires assez dures avec légèreté et poésie. En plus, comme j’aime manier la langue, avec lui je suis servi car ses textes sont toujours parfaitement écrits. Je ferais n’importe quel film de Christophe !

 

Dans ce film comme la plupart de ceux où il est apparu, l’image du masculin véhiculée par Vincent Lacoste détonne dans le cinéma français et sa tradition dite “virile”, où le héros doit en imposer aux femmes et au monde. “J’avoue que je n’ai jamais réfléchi à cette question par rapport à moi, car je pense que je n’ai jamais été d’une intense virilité... Je suis quelqu’un d’assez féminin, c’est ma sensibilité. Je me verrais mal me montrer extrêmement macho, même si féminité et virilité ne jouent pas forcément l’une contre l’autre.” À la fin de l’enfance et durant son adolescence, Vincent Lacoste s’est plongé dans le cinéma, en voyant beaucoup de films : Scorsese, Coppola, De Palma mais aussi le classicisme hollywoodien. Il y a trouvé sa voie naturelle et repéré des modèles. “Les acteurs qui m’ont marqué sont des personnes assez féminines que je trouve poétiques. Je suis mega fan de James Stewart, même si dans l’âge d’or hollywoodien il représentait une certaine virilité en tournant des westerns. Moi, c’est surtout par l’humour que je me rattache aux personnes comme ça. C’est comme Cary Grant, qui a d’ailleurs beaucoup inspiré Christophe Honoré pour Chambre 212. Dans la virilité classique, je vois le côté lourd et appliqué. Les acteurs qui se permettent d’être légers même s’ils font du drame, ceux-là me plaisent beaucoup.”

 

 

Chambre 212 de Christophe Honoré, en salle le 9 octobre.

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