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5 choses à savoir sur Denis Villeneuve, réalisateur du monumental “Dune”

Cinéma

Ce mercredi 15 septembre, Denis Villeneuve dévoile Dune, troisième adaptation du roman culte de Frank Herbert au casting démentiel (Timothée Chalamet, Oscar Isaac, Zendaya). L'occasion de se pencher sur la carrière de ce réalisateur québécois ambitieux de 53 ans qu'Hollywood s'arrache.

© Warner Bros

1. Des débuts étonnants

 

Avant ses études en cinéma à l'Université du Québec à Montréal, Denis Villeneuve s'est d'abord intéressé aux sciences de la nature en suivant des cours dans une institution postsecondaire (formation en trois ans propre au système éducatif canadien). Son rêve ? Devenir biologiste. Toujours dans un esprit "nature et découvertes", le cinéaste a accompagné dans le Grand Nord canadien Pierre Perrault, figure du “cinéma direct” (catégorie du cinéma documentaire), – pour réaliser son film Cornouailles (1994). Pendant 120 jours, l'équipe a étudié les bœufs musqués de la région afin de mieux cerner leurs comportements et la rivalité qui règne entre eux. Le film s'attarde aussi sur plusieurs espèces végétales et animales méconnues. C'était bien longtemps avant les incursions de Villeneuve dans le désert de Dune, dont les tournages en décors réels ont eu lieu en Hongrie, en Jordanie, à Abu Dhabi et en Norvège. D'ailleurs, pour lui, "un film, c'est comme un voyage. On plonge, on s'imbibe et l'on finit par s'apercevoir que certaines choses sont plus fortes que d'autres," confiait-il au Figaro.

 

 

 

2. Blade Runner 2049 n'était pas une évidence

 

Sorti en 2017, Blade Runner 2049 est l'un des plus gros succès critiques de Denis Villeneuve, même s'il n'enregistra que 260 millions de dollars de recettes au box-office (il coûta 150 millions à réaliser). Pourtant, le réalisateur n'était au départ pas emballé par l'idée de donner une suite au Blade Runner original signé Ridley Scott. Il avait peur de dénaturer l’œuvre cyberpunk culte. Mais, après avoir lu le scénario, il a changé d'avis, trouvant qu'il s'agissait là d'un des meilleurs scripts qu'il ait jamais lu. Ce n'est pas le seul qui a hésité à rejoindre l'aventure. Ryan Gosling, qui incarne le héros du film, était frileux à l'idée de tourner dans un film à gros budget. Il a déclaré à Entertainment Weekly avoir accepté parce que Blade Runner est un film "riche, mélancolique, romantique". Il explique : "La frontière entre les héros et les méchants était tellement floue... Ce n'est pas un voyage héroïque, en aucune façon. (...) Sur le plan thématique, il y a tellement de choses dans le film en plus ! (...) Tant d'autres films ont volé des idées à Blade Runner, mais ils ne pourraient jamais voler son âme." La présence d'Harrison Ford, qui jouait déjà dans le premier Blade Runner datant de 1982, l'a aussi convaincu d'accepter le projet. En revanche, pour le rôle joué par Jared Leto, Denis Villeneuve voulait au départ David Bowie. Malheureusement, le chanteur fut dans l'incapacité d'accepter ce rôle, souffrant alors d’un cancer qui l'épuisait.

© Warner Bros

3. Des films à la portée métaphysique

 

Qu'ils aient des allures de blockbusters ou d'opus plus indépendants, les films du Québécois possèdent souvent une portée métaphysique. Le titre du film Prisoners (2013) avec Jake Gyllenhaal peut être vu comme une référence au milieu carcéral, mais Villeneuve le décrit aussi ainsi : "Chaque personnage du film est, d’une manière ou d’une autre, prisonnier des circonstances, de ses propres démons ou de la peur. Chacun doit faire face à un emprisonnement qui lui est propre, et va devoir se battre pour retrouver la liberté." Premier Contact (2016) avec Amy Adams revêt une dimension philosophique dans sa mise en scène de l'altérité extrême (les extraterrestres) tandis qu'Enemy (2013) évoque le roman de Dostoïevski Le Double, dont le personnage est perturbé par la rencontre de son sosie. Quant à Sicario (2015), un film sur le trafic de drogues au Mexique dans lequel figure Benicio Del Toro contient de profondes réflexions sur le mal et Dune, des pensées sur l'écologie.

 

 

 

4. Un goût pour la véracité et l'exigence

 

S'il excelle dans le fantastique et la SF, Villeneuve a aussi des ambitions de crédibilité. Il évite par exemple le plus possible les fonds verts. Pour que l'on croit plus facilement à l'histoire sombre de Sicario, le scénariste Taylor Sheridana ainsi réalisé un véritable travail de journaliste d'investigation. Il a interrogé des immigrés vivant dans le désert de Chihuahua (qui s'étend au Mexique et aux États-Unis), gagnant la confiance de ceux qui sont tous les jours en prise avec les cartels. Villeneuve est tout aussi exigeant sur la véracité de ce qu'il tourne que sur la qualité de ses images souvent très inventives. Déçu par ses premiers films des années 90, il a pris un long congé sabbatique pour devenir père au foyer et élever ses trois enfants.

5. Des références pop inattendues

 

Dans le monumental Dune, chaque détail compte. A commencer par les costumes... Les vêtements du personnage du Baron Harkonnen (Stellan Skarsgård) est par exemple inspiré du Marlon Brando d'Apocalypse Now qui n'est autre que l'une des œuvres fétiches de Villeneuve. Jacqueline West, en charge des étoffes du film, a décidé de faire un clin d’œil aux Spice Girls en imaginant des tenues de dames de compagnie de Dame Jessica (Rebecca Ferguson) aux couleurs d'épices (celles du marché de Marrakech). Une allusion surprenante ? Pas tant que ça, puisque Villeneuve s'endort en écoutant du Leonard Cohen et qu'il s'est fait la main à ses débuts en tournant le clip d'un rockeur canadien.