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01 Comment Denzel Washington est devenu “le meilleur acteur du XXIe siècle”

Comment Denzel Washington est devenu “le meilleur acteur du XXIe siècle”

Cinéma

Denzel Washington vient d’être élu “meilleur acteur du XXIe siècle” par le prestigieux “New York Times”, juste devant Isabelle Huppert et Daniel Day-Lewis. Retour en 5 films parfois oubliés sur la carrière d’un immense comédien qui, lorsqu’il incarne la loi ou la criminalité, impose toujours son jeu d’acteur avec autorité.

Denzel Washington dans Fences (2016) © Bron Studios Denzel Washington dans Fences (2016) © Bron Studios
Denzel Washington dans Fences (2016) © Bron Studios

Si les membres de la rédaction du New York Times ont longuement débattu sur les autres créneaux de leur liste des “25 meilleurs artistes du XXIe siècle”, ils reconnaissent que la décision de placer Denzel Washington en première position a tout de suite fait l’unanimité. Après des études de journalisme et de théâtre au sein d’une université catholique privée new-yorkaise, dont les campus bordent le quartier d’Harlem dans lequel il a grandi, Denzel Washington décroche son premier rôle important dans le film Carbon Copy (1981), où il incarne un jeune adolescent issu des quartiers populaires qui tente de s’imposer au sein du milieu bourgeois californien. Un drôle de prologue pour Denzel Washington, qui règne aujourd’hui sur Hollywood en incarnant des rôles à l’autorité testostéronée (Training Day, Inside Man, Flight) dans la lignée de ses prédécesseurs John Wayne et Clint Eastwood. Dans les pas de Sidney Poitier, le comédien met aussi régulièrement son talent au service de films engagés (Malcolm X, Hurricane CarterFences) qui font de lui l’une des voix les plus écoutées du cinéma américain. 

 

 

1. Martyr de la Guerre de Sécession dans "Glory" (1989) d’Edward Zwick

Bande-annonce – "Glory" (1989) de Edward Zwick

Remplir les pages blanches de l’histoire américaine qui oublient le rôle essentiel de la communauté noire lors de la Guerre de Sécession. En guise d’encre : le sang des 200.000 soldats afro-américains qui y ont perdu la vie. Tourné en 1989 par Edward Zwick (Blood Diamond, Le Dernier Samuraï), Glory réveille les vieux démons de l’Amérique raciste. Une violence exacerbée dans une scène insoutenable où Denzel Washington se fait fouetter à sang avec une lamelle de cuir. “Denzel était prêt à tout, il est rentré à fond dans la peau du personnage. Je sentais une gêne qu’il n'avait pas envie d'explorer, une humiliation profonde, le vol de sa dignité. J’ai dit au chef opérateur de ne pas s'arrêter et j'ai laissé tourner la caméra jusqu'à ce que Denzel arrive à jouer la scène. Ce qu'il a découvert, c'est la perte de contrôle. C’est l'un des moments de cinéma les plus forts auxquels j’ai pu assister" racontera le réalisateur en marge de la sortie du film, qui vaudra à l’acteur l’Oscar du meilleur second rôle en 1990.

 

 

2. Trompettiste égocentrique dans "Mo’ Better Blues" (1990) de Spike Lee

Bande-annonce – "Mo’ Better Blues" (1990) de Spike Lee

Spike Lee n’a pas attendu le classement du New York Times pour clamer haut et fort que Denzel Washington était “le meilleur acteur au monde”. Premier film d’une longue collaboration entre les deux new-yorkais (Malcolm X, He Got Game, Inside Man), Mo’ Better Blues (1990) met en scène Denzel Washington en trompettiste de jazz égocentrique dont la passion dévorante pour la musique lui fait oublier son entourage. Unanimement déçue par les incessantes querelles et une intrigue jugée trop mollassonne, la critique salue néanmoins la performance de l’acteur, qui a pris soin d’apprendre à mimer à la perfection les mouvements des trompettistes, histoire de donner un véritable souffle au film.

 

 

3. Oscarisé en flic ripoux dans "Training Day" (2001) d’Antoine Fuqua

Bande-annonce – "Training Day" (2001) d’Antoine Fuqua

Denzel Washington réalise une entrée fracassante dans le XXIe siècle en remportant l’Oscar du meilleur acteur pour Training Day (2001), course effrénée de 24h à la rencontre de la misère, de la violence, des trafiquants de drogue et des policiers véreux des quartiers chauds de Los Angeles. Conseillé par un ancien membre des forces de l’ordre californiennes, Denzel Washington brille en vétéran ambigu de la lutte anti-drogue, aux côtés d’Ethan Hawk, des rappeurs Dr. Dre et Snoop Dogg et d’une poignée de figurants recrutés parmi la population locale. 

 

 

4. Premiers pas derrière la caméra sur "Antwone Fisher" (2002)

Bande-annonce – "Antwone Fisher" (2002) de Denzel Washington

Lorsqu’il découvre l’histoire singulière d’un agent de sécurité des studios Sony Pictures de Los Angeles, le producteur Todd Black convainc celui-ci de se lancer dans l’écriture d’un scénario autobiographique. En effet, l’homme a grandi dans un climat de tension extrême : sa mère a tué son propre père et il s’est alors engagé dans la marine avant de consulter un psychiatre qui l’arrachera à son destin en faisant de lui homme à la droiture admirable… C’est Denzel Washington qui a été choisi pour réaliser l’adaptation au cinéma, le premier long-métrage de l’acteur. Antwone Fisher (2002) regorge de traits grossiers et de situations mélodramatiques qui auraient pu nous laisser deviner cette anecdote improbable : Denzel Washington a réalisé quelques années plus tard l’épisode 9 de la saison 12 de Grey’s Anatomy…

 

 

5. Calibré pour les Oscars dans "Fences" (2016)

Bande-annonce – "Fences" (2016) de Denzel Washington

Adaptation d’une célèbre pièce de théâtre écrite par August Wilson en 1983, Fences livre le récit bouleversant d’une famille noire de la classe ouvrière qui lutte pour exister dans l’Amérique ségréguée des années 50. Si les honneurs ont été réservés à la charismatique Viola Davis, Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, le troisième film réalisé par Denzel Washington nous donne les clés pour comprendre la présence de l’acteur à la tête du classement du New York Times. Denzel Washington, que l’on retrouve également devant la caméra, se filme dans les registres qu’il incarne le mieux : l’autorité, la colère, les remords… autant d’émotions hautes en couleurs qui, si elles s’acquittent de toute forme de nuance ou de subtilité, se montrent redoutablement efficace lorsqu’il s’agit d’ériger des personnages calibrés pour le grand public et le cinéma hollywoodien.