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Fast & Furious 9 : les daddy issues de Vin Diesel secouent la Croisette

Cinéma

L’avenir se demande parfois ce que Vin Diesel lui réserve. Et rarement Vin Diesel déçoit. Dans le 9e volet de Fast & Furious, l’acteur et producteur derrière le succès de la franchise fait rougir Thomas Pesquet en envoyant une Pontiac Fiero dans l’espace, se met à nu en révélant ses daddy issues, et nous fait nous demander s’il ne serait pas finalement encore plus messianique que le Christ lui-même. En salle le 14 juillet, le film promet 2h30 de dialogues impayables à travers une intrigue on ne peut plus caricaturale, mais demeure sans nul doute l’un des meilleurs films d’action de sa génération.

Depuis la réouverture des cinémas, certains attendent les sorties cannoises et font leurs pronostics sur la prochaine Palme d’or… quand d’autres ne rêvent que d’une chose : deux heures trente de Vin Diesel tout en muscles et en sueur dans le dernier opus de la 7e franchise la plus lucrative du cinéma mondial, Fast & Furious. Pour contenter tout le monde, le film était projeté en avant-première à Cannes le lundi 12 juillet, sur la plage... et n'a déçu personne. Il y a vingt ans, les héros de Fast & Furious formaient un gang d’ex taulards devenus des pilotes de rue clandestins peu enclins à respecter les lois – et surtout pas celle de la gravité. Aujourd’hui, après moult péripéties et changements de casting hasardeux, ils forment cet étrange groupe d’agents secrets à qui personne n’a pourtant rien demandé, qui sauvent le monde en appuyant sur l’accélérateur de voitures toujours plus tunées. Si aucune mission ne semble impossible pour Vin Diesel et ses amis, ils se prennent moins la tête que 007 et c’est peut être ce qui fait leur succès. Car oui, Fast & Furious a toujours fait preuve d’humilité. La promesse ? Pas d’intrigue ni de scénario, et pas tellement de jeu d’acteur non plus… Seulement des cascades à la chaîne, des voitures qui font vroum plus fort que les autres, des muscles saillants et des jolies filles qui en ont sous le capot. Est-ce suffisant pour maintenir à flot une franchise âgée de 20 ans, ayant déjà 9 films au compteur ? À en croire les chiffres du box office américain, auquel le film s’est maintenu en tête pendant les deux semaines qui ont suivi sa sortie, enregistrant le meilleur démarrage depuis le début de la pandémie, c’est plus qu’assez. Mais quels sont les secrets d’un tel succès ? 

© 2021 Universal Pictures

Fast & Furious, c’est la famille 

 

Si Vin Diesel avait un tatouage “QLF” (pour ”que la famille”, expression favorite du duo de rap français PNL) sur la fesse gauche, ça ne choquerait personne. Depuis le premier film, Dominic Toretto dit Dom, son personnage dans la saga, considère sa bande comme les siens et enchaîne les sermons sur les liens inextinguibles qui les unissent. Mais au fil des films, c’est la vraie famille de Dominic Toretto qui nous est dévoilée, autour de sa sœur Mia, déjà présente dans le premier opus. Dans l’épisode 8, on lui découvrait un fils dont lui même ne connaissait pas l’existence, et dont les conditions de la naissance restent très floues – mais la franchise n’en est pas à une approximation près. C’est donc en bon père de famille que l’on retrouve Dom dans ce neuvième film qui “interroge” (le mot est fort) la question de la paternité. Car Dominic Toretto a des daddy issues, et son frère torturé et bodybuildé (le catcheur John Cena) qui nous avait été jusqu’à présent caché, est là pour nous le prouver. L’intrigue, qui remonte à la genèse du projet et met en lumière les raisons qui avaient conduites Dom en prison est, disons le tout de suite, digne du pire soap opéra qui ai jamais existé. Mais personne n’est là pour ça. Le fait est qu’en 20 ans, on finirait presque par trouver les personnages attachants. D’autant plus que la bromance romantico-comique qui unit Tej (Ludacris) et Roman (Tyrese Gibson) atteint cette fois, pour notre plus grand plaisir, des sommets. Propulsés dans l’espace à bord d’une Pontiac Fiero tunée en fusée – rien ne leur fait peur – on s’émeut avec eux de l’absurdité de la situation : “Two dudes from the ghetto… Outta space”. Brillant. 

© 2021 Universal Pictures

Ride or die, pousser le bouchon jusqu’à l’autodérision 

 

How the hell are you not dead?”, se demandent en cœur Tej Parker (Ludacris) et l’ensemble des spectateurs alors que Roman Pearce (Tyrese Gibson) se relève après s’être fait écraser par sa propre voiture… Les scénaristes de la franchise semblent avoir pris l’expression “ride or die” un peu trop au pied de la lettre. Quand l’équipée de Fast & Furious ride, elle ne cesse d’échapper à la mort, aussi certaine qu’elle soit. Dans le domaine, le neuvième opus fait très fort, sans pourtant prendre le spectateur pour un imbécile. L’idée que ses personnages pourraient bien être invincibles devient finalement un leitmotiv humoristique bien senti, prouvant que le blockbuster n’a pas peur de l’autodérision. Pendant tout le film, on ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser que les scénaristes ont dû bien s’amuser. Car si la plupart des critiques s’accordent sur la médiocrité du scénario, le ridicule de certaines punchlines atteint parfois des sommets, au point que l’on en vienne à se demander si l’effet n’est pas recherché. On pense à cette conversation, en apparence sérieuse, entre Han Lu et un agent secret qui se conclue sur un “Il y a bien des façons de perdre un agent : accident de voiture, balle, noyade… Jamais je n’aurais pensé que ce serait l’amour qui la perdrait…” Émotion. 

© 2021 Universal Pictures

Le visionnage en 4DX, dans le feu de l’action

 

Trêve de plaisanterie. L’enjeu du film, et c’est le cas depuis les débuts de la franchise, réside bien dans l’action tonitruante et continue qui le rythme. Amateurs de sensations fortes, l’expérience ne sera complète qu’en visionnant le film dans une salle équipée de la technologie 4DX. Arrivée en France en 2018, cette nouvelle expérience cinématographique n’avait pas encore permis de sublimer un des volets de Fast & Furious, le 8e épisode étant sorti un an avant sa démocratisation. Pourtant, tout porte à croire que la 4DX a été créée pour la franchise : avec ses fauteuils qui bougent et vibrent au rythme des courses poursuites, ses projections de fumée dans la salle et ses jeux de lumières synchronisés avec le film, le spectateur n’est plus à la merci de Vin Diesel, il est Vin Diesel ; et ça, ça n’a pas de prix (enfin, si : 20€ dans la plupart des salles). Dans ce 9e volet, on traverse des champs de mines en pleine jungle, on joue à Tarzan dans une voiture suspendue à une liane, on visite Londres, Edimbourg et Tokyo et on voyage jusque dans l’espace à bord d’une Pontiac Fiero. Peu de films auront jamais eu le mérite de nous emmener aussi loin… 

 

Fast & Furious 9, de Justin Lin, en salle le 14 juillet.