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23 Octobre

8 choses que vous ignorez peut-être sur Francis Ford Coppola

 

Apocalypse Now, la saga du Parrain, Outsiders, Tetro, Dracula, Rusty James... Difficile de compter les chefs-d’œuvre de l'immense Coppola sur les doigts d'une main. Alors que le cinéaste s'est vu remettre le prix Lumière à Lyon il y a quelques jours, on a cherché à en savoir plus sur l'homme de 80 ans derrière la filmographie impressionnante. Histoires de famille, passion pour le vin, anecdotes de tournage, personnalité tyrannique, le scénario de la vie du maestro est digne d'un blockbuster.

Par Violaine Schütz

Francis Ford Coppola en 1976.

1. Il n'a pas toujours eu ce qu'il voulait

 

Le cinéaste peut se targuer d'avoir cinq fois reçu des Oscars et de possèder deux Palmes d'or. Mais le 18 octobre au Théâtre des Célestins de Lyon où il reçoit le prix Lumière, le réalisateur très amaigri mais encore en forme, intellectuellement, insiste – entre deux critiques sur le format série et l'usine Marvel - sur le fait que les idées qui l'ont fait virer à ses débuts sont celles ont ensuite contribué à sa renommée. Il cite alors en exemple le travail de titan réalisé pour écrire le script de Patton (1970). Après avoir tout lu sur l'homme, il voulait démarrer le film par une séquence du général au sommet. Mais Burt Lancaster, pressenti pour le rôle titre, n'aimait pas ce point de départ en fanfare. Le cinéaste fut alors évincé manu militari du projet. Sauf que, telle une revanche sur la vie, Georges C. Scott, qui reprit le rôle du héros, n'apprécia pas le script final. Et Coppola fut réembauché. Il remporta même un Oscar pour le scénario. 

 

Autre échec cuisant dans la vie du cinéaste, en plus de quelques succès publics mitigés et de films de commande (dont un avec Michael Jackson) : son studio fondé en 1969 avec son copain George Lucas, American Zoetrope, et leur production THX 1138 signée par le père de Star Wars. Ce dernier ne rencontrant pas son public, Coppola est dans l'obligation d'accepter le Parrain, une adaptation d'un roman mafieux. Ce sera, contre toute attente de la part de l'intéressé, l'immense triomphe que l'on sait et la réconciliation de Coppola avec Hollywood.

Marlon Brando dans “Le Parrain” (1972).

2. Le cinéma n'était pas sa passion première

 

Il est le fils d'une actrice, Italia Pennino et a réalisé ses premiers films à 10 ans (avec la caméra de son père flutiste) mais le cinéaste n'a pas toujours voulu faire du cinéma son métier. Avant d'étudier le théâtre et de s'occuper de la lumière des pièces, Francis voulait faire de la physique nucléaire et donner vie à des objets inanimés. Il laissa tomber l'électricité pour rejoindre l'univers des planches à l'Université car il y avait plus de filles dans ce domaine là. Il sera pourtant surtout l'homme d'une femme, Eleanor Coppola, son épouse depuis 1963 et la réalisatrice d'un documentaire sur le tournage culte d'Apocalypse Now.

Francis Ford Coppola sur le tournage d'“Apocalypse Now” (1979).

3. La maladie l'a aidé à développer son imaginaire

 

L'un des fleurons du Nouvel Hollywood a souffert dans sa jeunesse de poliomyélite, aussi connue sous le nom de paralysie spinale infantile ou de polio. Fragilisé, il passa la plus grande partie de son temps, une année durant, dans son lit à regarder la télévision, plutôt qu'à courir derrière un ballon dans la cour de l'école et à jouer aux jeux de son âge. Résultat ? Il doit, pour s'occuper, faire travailler son imagination, se raconter des films dans sa tête et improviser des spectacles de marionnettes. Ironiquement, ses acteurs deviendront plus tard souvent des marionnettes comme ce fut le cas sur le tournage d'Apocalypse Now.

Mia Farrow et Robert Redford dans “The Great Gatsby”, réalisé par Jack Clayton, scénario de Francis Ford Coppola (1974).

4. C'était un slasheur avant l'heure

 

Après le succès commercial mitigé de Gatsby le Magnifique (1974) dont il a signé le scénario, Coppola se lance dans la presse au milieu des années 70. Il devient le rédacteur en chef du City Magazine de San Francisco et engage l'écrivain Susan Berman, fille d’un criminel : David Berman, un mafieux de Las Vegas. En plus de posséder des hôtels de rêve, Coppola est aussi vigneron, à la tête du domaine d’Inglenook en Californie. Businessman accompli, il a aussi investi dans le cannabis, l'huile d’olive et la sauce tomate pour faire honneur à ses origines.

The Doors - The End

5. Il a rencontré Jim Morrison

 

Comme Catherine Deneuve et Agnès Varda (sur le tournage de Peau d'Ane de Jacques Demy), le cinéaste a eu la chance de croiser la route d'un génie parti trop tôt : Jim Morrison. C'était à l'Université de Californie du Sud. En souvenir, on retrouvera le morceau « The End » des Doors dans la bande originale d' Apocalypse Now.

Francis Ford Coppola, “Tetro” (2009).

6. Un drame familial a inspiré ses films récents

 

Coppola a perdu son fils âgé de 22 ans, Gian-Carlo, dans un accident de speedboat en 1986 sur une rivière du Maryland. La paternité dans tout ce qu'elle a de plus tragique a habité quelques uns de ses films les plus récents. Le sublime Tetro (2009), avec Vincent Gallo raconte la quête d'un rapport filial perdu et le personnage d'écrivain incarné paumé par Val Kilmer dans Twixt est hanté par la mort d'une jeune fille (et celle de son enfant). Sofia Coppola a elle aussi rendu hommage à son frère à travers la thématique de la disparition d'adolescentes dans l'onirique Virgin Suicides (1999).

Sofia Coppola dans “Le Parrain 3” (1990).

7. Sofia Coppola ne devait pas jouer dans Le Parrain 3

 

Sofia Coppola a débuté très tôt dans le cinéma. C'est le bébé de la fameuse scène du baptême du premier Parrain (1972). Son père l'a aussi fait tourner dans Outsiders (1983) et Peggy Sue s'est mariée (1986), au sein duquel joue aussi le neveu du cinéaste, Nicolas Cage. Pourtant, ce n'était pas à sa fille qu'il pensait pour le rôle de Mary Corleone dans Le Parrain 3 (1990), qui vaudra de nombreuses critiques de la part de la presse à la jeune actrice en herbe (et sera à l'origine de sa décision de pas faire carrière devant la caméra). Winona Ryder était son premier choix, mais malade, elle dut abandonner le projet. Sofia la remplaça au pied levé. Coppola fera de nouveau appel à Winona pour Dracula, en 1992. Un film dans lequel comme l'a révélé l'an dernier le réalisateur, l'actrice a vraiment épousé son partenaire à l'écran, Keanu Reeves. En effet, dans la séquence du mariage entre les deux jeunes héros, Francis a fait intervenir un vrai prêtre roumain.

Martin Sheen dans “Apocalypse Now” (1979).

8. Apocalypse Now a failli être son apocalypse

 

L'un des plus grands films jamais réalisés, la Palme d'or Apocalypse Now, a necessité un travail dantesque. Le réalisateur a mis cinq ans à peaufiner la version initiale du scénario adapté du livre Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad et replacé dans le contexte de la guerre du Vietnam. Orson Welles avait avant lui échoué à donner corps à ce projet dément. George Lucas était d'abord pressenti pour mettre en scène le film mais il préfera s'attaquer à La Guerre des étoiles. Quand Coppola décide de s'investir dans l'aventure, il n'avertit pas son ami Lucas, ce qui provoquera une dispute terrible et longue entre les deux monstres sacrés. Plus de 30 millions de dollars et 18 mois de tournage furent nécessaires pour arriver à bout de ce monument. Finalement, plus de 250 heures d'images seront enregistrées avant un montage compliqué. Le tournage dans la jungle des Philippines fut particulièrement difficile, même si le dictateur Marcos aida en prêtant ses hélicoptères et ses avions de chasse à l'équipe.

 

Coppola perd dans cette histoire 40 kilos et une partie de sa santé mentale, allant jusqu'à attenter à ses jours. 

 

 

Parmi les drames ponctuant l'accouchement du film, celui du casting. Harvey Keitel est choisi pour le rôle principal, mais le cinéaste ne s'entend pas avec lui. Il le remplace alors par Martin Sheen qui fait une crise cardiaque pendant le tournage. Marlon Brando, qui avait annoncé qu'il perdrait des kilos avant le début de l'odyssée, arrive en surpoids, défoncé et incapable de prononcer son texte sur le plateau. Acculé, Coppola demande à son frère de jouer les doublures de l'acteur, de dos. Comme si ça ne suffisait pas, un typhon détruit le décor. Le cinéaste, épuisé par l'ampleur de cette épopée, sombre dans la drogue et les délires parano. Il se réfugie dans des dépenses folles comme des livraisons de steaks surgelés et de champagne en direction de son pays natal.

 

Le climax ? La demande insensée de construction d'une piscine sur le lieu qu'il occupe pendant le tournage. Coppola perd dans cette histoire 40 kilos et une partie de sa santé mentale, allant jusqu'à attenter à ses jours. L'équipe aussi craque, se révoltant contre leur tyran incontrôlable de patron comparable à Napoléon pour sa démesure. Mais quand sort enfin la version finale du film en 1979, c'est l'apothéose. Des années de calvaire créatif sont transcendés par une réussite mélancolique et hallucinatoire totale, depuis rarement égalée. 40 années après, ce monument philosophique sur la guerre n'a rien perdu de son pouvoir hypnotique. Y compris dans sa version de 3 heures 17.

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