223


Commandez-le
Numéro
01

Plongée au cœur des gangs de skinheads parisiens

Cinéma

Disponible sur la plateforme BrutX, le documentaire Gang de Paris : Skinhead explore la violence du mouvement en France dans les années 80.

Skinhead I Bande-annonce I BrutX

Au fil du temps, BrutX s'impose comme une plateforme de streaming quasi incontournable dans le paysage français. Exit Netflix ou Amazon : en plus de proposer dans son catalogue des classiques du cinéma, la plateforme lancée par le célèbre média en ligne a tiré son épingle du jeu en proposant des contenus originaux faits de documentaires percutants. Loin de Tënk – la plateforme dédié au documentaire d'auteur, qui, malgré son contenu hautement qualitatif, peine à se faire une vraie place sur le marché –, BrutX a joué des coudes, et s'est tout de suite fait remarquer pour ses documentaires sous forme de séries de reportages de plusieurs minutes, abordant des thématiques souvent bien ancrées dans la société actuelle. Ainsi, après voir consacré du contenu à Veneno (alias Christina Ortiz), une icône transgenre espagnole, et aux dessous de l'industrie du porno – avec Adult Material –, la très récente plateforme (lancée le 7 avril dernier) s'est attaquée à un tout autre phénomène, et pas des moindres : le mouvement skinhead.

 

À travers une série documentaire de plusieurs épisodes d'une quinzaine de minutes, le réalisateur Nicolas Dumond revient sur le quotidien violent des skinheads parisiens dès la naissance du mouvement, dans les années 80. Il aborde donc les affrontements entre bandes rivales d'extrême droite et, dans un autre documentaire tout à fait complémentaire, revient sur l'histoire des Black Dragon, une bande de “chasseurs de skins” inspirée du Black Panther Party, qui voulait répondre par l'agressivité à la violence des fascites. Dans le documentaire Skinhead, on assiste à la genèse du courant, qui, à la fin des années 60, était apolitique et même antirasciste. Né au Royaume-Uni, le mouvement est surtout composé d'ouvriers, qui se rasaient la tête pour être différenciés des hippies et surtout, pour ne pas que la police les attrape par les cheveux. À mesure que les images défilent, on comprend que c'est parce qu'une majorité de skinheads s'est dissociée des autres que le courant est devenu d'extrême droite et s'est ensuite divisé entre apolitiques, néonazis et antifascistes.

 

Là où le documentaire déploie tout son intérêt, c'est lorsqu'il montre un pan décisif du mouvement : les néonazis parisiens qui ont terrorisé la capitale dans les années 80, alors que le Front National ne cessait de gagner en popularité. On découvre alors le leader des feu Jeunesses nationalistes révolutionnaires, Serge Ayoub, qui, face caméra, ne sait cacher sa fierté quant à ses années passées dans les rangs des skinheads. Sans aucun regret, il conte ses bagarres, s'affichant presque comme un “ancien combattant”… De l'autre côté, le réalisateur dresse le portrait de William Deligny, alias “Ptit Willy”, ancien skinhead devenu moine hindouiste… De quoi réaliser un reportage tout en contradictions d'une mouvance qui l'a tout autant été.

 

Gang de Paris : Skinhead (2021) de Nicolas Dumond, disponible sur BrutX.