Advertising
Advertising
30 Avril

“Je suis obsédée par les armes”, rencontre avec Golshifteh Farahani

 

En plus de vingt ans de carrière, l'actrice iranienne Golshifteh Farahani s'est peu à peu imposée comme une icône du cinéma mondial. Elle est en ce moment à l'affiche de “Tyler Rake”, un blockbuster produit par Netflix, où elle tire allègrement à la carabine – aux côtés d'une immense figure du cinéma d'action, Chris Hemsworth. 

Propos recueillis par Chloé Sarraméa

© Netflix

De l'autre côté de la Méditerranée, Golshifteh Farahani est occupée à répondre à nos questions pour la promotion de Tyler Rake, le nouveau film évènement produit par la plateforme Netflix. À travers le cinéma, l'héroïne de Paterson (l'avant-dernier film de Jim Jarmush, sorti en 2016) nous a tout de suite parlé de ses voyages à l'écran, de la façon dont elle est – avec tant de facilité – passée des rôles du cinéma d'auteur iranien (À propos d'Elly d'Asghar Farhadi) à des superproductions hollywoodiennes – dont Exodus (2014), le film de Ridley Scott aux quelque 140 millions de dollars de budget. D'Alain Chabat (Santa et Cie) à Christophe Honoré (Les Malheurs de Sophie), en passant par Hugh Hudson (Altamira), Golshifteh Farahani sert de dénominateur commun à des univers qui ne croisent jamais. En exclusivité, Numéro a rencontré une navigatrice hors pair, qui, des rôles pointus aux apparitions folles, nage avec brio “dans l'océan du cinéma” mondial.

 

 

Numéro: Je sais que vous êtes à Ibiza et ne peux m’empêcher de penser à More (1969), le premier film de Barbet Schroeder sur la communauté hippie européenne exilée sur l’île…

Golshifteh Farahani: Oui, je connais très bien Barbet et la maison dans laquelle il vit à Ibiza. C’est là que le film a été tourné. 

 

 

Vous vous considérez comme une hippie moderne? 

Disons que je suis hippie à 50%. Enfin, plutôt à 51%. Je suis plus hippie que bling bling. Ma vie est faite de contradictions: je vis dans deux mondes qui ne se rencontrent jamais. D’un côté, les gens que je côtoie à Ibiza et de l’autre, les festivals, les tapis rouges, Hollywood. Ce sont deux mondes complètement séparés et il n’y a pas de pont entre les deux.

 

 

Vous êtes épanouie grâce à ces deux mondes? 

Encore une fois, il y a deux Golshifteh. Une grande partie de mon âme s’est apaisée avec l’art, le théâtre, les ballets, le cinéma et, plus généralement, tout ce qui a trait au milieu intellectuel. Une autre est épanouie grâce à la musique, les jardins, les potagers… J’ai une vie très loin de la société “normale” et c’est ce qui m’a permis de maintenir un équilibre extraordinaire.

 

 

Je suis obsédée par les armes

 

 

Vous parlez de musique: je sais que vous êtes une prodige du piano, vous avez aussi chanté pour Ibrahim Maalouf, Bachar Mar-Khalifé et vous jouez même de la guitare pour Adam Driver dans Paterson (2016)

J’aimerais beaucoup travailler sur mes propres projets musicaux, j’ai commencé à le faire il y a quelques années, c’était très sérieux mais… c’est tombé à l’eau. Le cinéma, c’est beaucoup de travail, je pars souvent à l’étranger et je suis rarement à Paris. Mais oui, faire de la musique est un objectif que j’aimerais atteindre dans ma vie.

 

 

Hormis la sublime bande originale de More, signée par les Pink Floyd, le film dépeint surtout l’enfer de la drogue… Vous êtes une hippie qui fume de l’herbe et prend du LSD? 

À Ibiza, je suis connue dans la communauté hippie! J’aime ces gens et je suis avec eux quand ils prennent n’importe quoi, mais je voyage bien plus sans LSD ou autres substances. Moi, je suis high, mais via le contact: en parlant avec ces personnes, je rentre dans leur trip et c’est extraordinaire. 

 

 

Telle que vous vous décrivez, vous êtes à l’opposé du personnage que vous incarnez dans Tyler Rake: une femme aux commandes d’une opération armée qui ne cesse de tirer à la mitraillette dans les dernières minutes du film…

Effectivement, j’ai un rôle de femme badass. Ce n’est pas un personnage passif, c’est elle qui tire les ficelle de la mission effectuée par le personnage principal, Tyler [Chris Hemsworth] et qui lui vient même en aide. Quand j’ai lu le scénario, l’idée m’a d’abord amusée, puis j’ai regardé les noms: Chris Hemsworth, qui est un grand nom du cinéma d’action, Joe Russo [réalisateur de Captain America: Le Soldat de l’hiver et Avengers: Infinity War, à qui l’on doit le scénario et la production] et Sam Hargrave [un cascadeur récurrent de l’univers Marvel], qui signe son premier film. Cela me plaît toujours d’assister aux premiers pas d’un réalisateur.

© Netflix

J’ai entendu dire que votre personnage avait été écrit pour un homme…

C’est vrai. Au début, le personnage de Tyler devait être commandé par un homme. Tyler Rake est un film d’hommes, mais les producteurs ont choisi d’y ajouter une femme, justement pour s'éloigner des clichés du cinéma d'action.

 

Dans Les Filles du soleil (2018) d’Éva Husson, vous jouez aussi une guerrière.

Oui, mais ces deux types de femmes sont très différents: dans Les Filles du soleil, Bahar est “atypique” on va dire, alors que dans Tyler Rake, j’interprète le cliché de la femme forte: j’ai les cheveux courts et raides, je tire à la mitraillette… Je n’avais jamais incarné ce genre de personnage et c’était très amusant de le faire. Vous savez, je suis très badass dans la vie!

 

 

Très peu de femmes originaires du Moyen-Orient ont réussi à effectuer ce voyage de leur pays natal vers le reste du monde

 

 

Sur votre compte Instagram, vous dites avoir tiré avec des vraies armes. Le bruit, l’odeur de brûlé ou même la sensation de jouer avec la mort ne vous ont pas dérangé?

Dans les films d’action, beaucoup d’acteurs tirent avec des vraies armes. Quand ce n'est pas le cas, on remarque tout de suite que ce sont des fausses, en plastique. Pour mon personnage, les armes choisies sont sorties il y a 3 mois seulement, elles étaient simple à manipuler et je n’ai donc pas eu de difficulté pour tirer… Je dois vous dire que je suis obsédée par les armes.

 

 

Obsédée? Il paraît qu'Alain Delon les collectionne… Vous aussi?

Je ne suis pas fan de pistolets dans la vie! J’adore en manipuler, mais uniquement dans les films. J’aime le tir-à-l’arc aussi, je fais semblant d’en avoir fait toute ma vie. Au cinéma, les armes sont banales et ne représentent rien de violent… Enfin, si, mais… [elle s’arrête un instant] Je déteste les armes et les guerres, mais, en même temps, j’y suis très habituée, c’est une tradition au cinéma. 

 

 

Quand je regarde un film d’action, j’ai l’impression d’être dans Call Of Duty, mais sans avoir le luxe de guider le personnage, pas vous?

C’est vrai, Tyler Rake ressemble vraiment à un jeu vidéo. On a l’impression que quelqu’un est aux commandes et tue tout le monde. Je ne regarde pas beaucoup de films d’action, mais quand j’ai vu celui-là je me suis demandé combien de personnes meurent sous les balles de Chris Hemsworth ou les miennes! Et pendant le tournage de la scène de fin, qui a lieu sur un pont, je me disais “c’est dingue, en trois semaines, on a tué tellement de gens !”

 

 

Vous êtes habituée aux films d'auteur: Mia Hansen-Løve, Abbas Kiarostami, Asghar Farhadi… pour n’en citer que quelques uns. Pourquoi avoir choisi un rôle dans Tyler Rake, un blockbuster produit par Netflix? 

Imaginez que le cinéma est un océan: il est peuplé de requins, de dauphins, de baleines et de petits poissons… Moi, je suis au milieu et je navigue entre tous ces univers. On aime bien mettre les acteurs dans des cases: cinéma d’auteur, cinéma oriental… Je veux briser ces carcans. Vous savez, quand j’ai quitté l’Iran, j’ai réalisé que très peu de femmes originaires du Moyen-Orient ont réussi à effectuer ce voyage de leur pays natal vers le reste du monde. De mon côté, je crois avoir réussi: j’ai commencé par le cinéma iranien puis je me suis dirigée vers le cinéma d’auteur, mais aussi les films d’action et les blockbusters. Tourner dans des blockbusters comme Pirates des Caraïbes [2017] n’était pas mon objectif. Tyler Rake non plus, mais j’ai été séduite par la façon dont le film m’a été proposé : pour les blockbusters, on est souvent obligés de passer des castings – ce que je ne fais jamais – et là, l’équipe est directement venue vers moi. C’était très élégant et j’ai accepté.

 

 

Tyler Rake (2020) de Sam Hargrave, disponible sur Netflix. 

Tyler Rake | Bande-annonce officielle VOSTFR | Netflix France

Advertising

NuméroNews