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D'“Orange Is the New Black” à “Promising Young Woman”: qui est Laverne Cox, actrice, icône et militante ?

Cinéma

Révélée dans “Orange Is the New Black” en 2013, Laverne Cox s'est hissée dans la sphère très privée des icônes hollywoodiennes, devenant la première femme trans à avoir été nommée aux Emmy Awards et à avoir fait la couverture de Cosmopolitan et du TIME Magazine. Cette année, elle incarne Gail dans “Promising Young Woman” de Emerald Fennell, nommé aux Oscars 2021 dans la catégorie “meilleur film”. L'occasion pour Numéro de revenir sur le parcours émouvant d'une actrice engagée.

Laverne Cox dans "Promising Young Woman" (2020) de Emerald Fenell.

 

1. Une passion pour la scène compromise par sa transsexualité 

 

Née dans une petite ville d’Alabama au début des années 70, Laverne Cox vit au rythme du calendrier catholique. Malgré son éducation stricte, sa jeunesse est marquée par de nombreuses prouesses artistiques : dès ses huit ans, elle débute des cours de danse, et multiplie les récitals et les talent shows de fin d’année. Mais si la jeune fille trouve dans sa passion pour la danse un moyen d’expression, une ombre plane sur son épanouissement. Victime d’harcèlement scolaire pour avoir développé des sentiments sur ses camarades masculins, elle est rabrouée par sa mère, qui lui assène que les garçons doivent aimer les filles. Terrassée par cette dualité insupportable qui se joue en elle, Laverne Cox fait une tentative de suicide à l’âge de onze ans. Mais la fin du lycée fait office de libération : à l’aide d’une bourse au mérite, elle part étudier à l’Alabama School of Fine Arts, puis à l’Université de Marymount, où elle découvre l’art dramatique lorsqu’un professeur de théâtre lui fait visiter l’école, et la convainc de s’inscrire à son cours. Laverne Cox ne quitte plus ce nouvel amour, et joue dans son premier film lors de sa dernière année d’université. Cette première expérience souligne l’évidence : elle veut en faire son gagne-pain. Une fois son diplôme en poche, Laverne Cox s’envole alors pour New York pour y tenter sa chance en tant qu’actrice.

 

 

En 2007, Laverne Cox mène la vie mouvementée d’une trentenaire new-yorkaise à la Carrie Bradshaw. Entre les films indépendants, les seconds rôles dans les séries télévisées et les apparitions sur les planches de Broadway – et dans quelques drag shows des clubs burlesques de New York –, l’actrice forge son expérience dans le monde de l’entertainement à l’américaine, et semble se contenter d’une carrière d'actrice de second plan. Mais le soir du 26 septembre 2007, Laverne Cox assiste au lancement de “Dirty Sexy Money” sur ABC. La série, un soap très new-yorkais sur fond d’intrigues malsaines menées par des personnages richissimes, n’a rien d’original. Mais un détail retient l’attention de l’actrice de 35 ans : le personnage de Carlita, interprété par une femme transsexuelle, Candis Cayne. Laverne Cox est fascinée par ce personnage envoutant, et son rôle récurrent dans la série – inédit à l’époque pour un show de cette envergure – lui fait l’effet d’un déclic : elle ne se contentera plus seulement des apparitions.

 

 

2. Une consécration tardive mais fructueuse  

 

 

En 2007, Laverne Cox est prête à conquérir Hollywood. Le sentiment de honte qui lui colle à la peau semble enfin s’estomper. Si l’apparition de Candis Cayne en prime time agit en elle comme un détonateur, son obstination et son talent avaient déjà préparé le terrain. Portée par l’espoir, après la diffusion du premier épisode de Dirty Sexy Money, Laverne Cox envoie sa carte à 500 agents et directeurs de castings. Mais la réalité est plus froide que jamais : l’actrice n’obtiendra que quatre rendez-vous. Elle se met alors à auditionner pour des rôles, parfois même sans spécifier qu’elle a jadis eu un corps d’un homme. Car au succès qu’elle désire, se pose une seule condition : être choisie pour son talent, et pas pour sa transsexualité. En 2012, son ambition acharnée finit par payer, et elle est retenue pour le rôle de Sophia Burset, une détenue transsexuelle incarcérée à la prison pour femmes de Litchfield dans Orange Is the New Black.

 

Je suis vraiment submergée par tout l’amour que je reçois, je ne suis vraiment pas habituée à ça.” A l’âge de quarante ans, Laverne Cox a enfin trouvé un rôle taillé pour elle. Dans la série Netflix Orange Is the New Black, elle incarne Sophia Burset, une femme trans jetée en prison suite à un problème de carte bleue, et qui semble représenter tous les maux de l’Amérique. Sophia est une femme trans, noire et pauvre… mais porte en elle une fierté digne, forgeant une personnalité rayonnante, qui allie force et vulnérabilité. L’un des plus populaires de la série, ce personnage lui vaudra d’être nommée aux Emmy Awards et réalisera le souhait de l’actrice : être reconnue pour son talent. “Sophia est un personnage multidimensionnel, qui provoque l’empathie. Tout à coup, sans le réaliser, les téléspectateurs ont ressenti de l’empathie pour une femme transsexuelle.” avait-elle confié à Variety en 2014. La notoriété qui s’en suit permettra à Laverne Cox de devenir l’une des voix de la cause transsexuelle aux Etats-Unis et dans le monde. En 2020, l’actrice co-produit avec Netflix le documentaire Disclosure réalisé par Sam Feder, qui retrace – exemples à l'appui – cent ans de mis en ban de la transsexualité dans le cinéma américain. Mais son engagement ne l’empêche pas de poursuivre ses ambitions artistiques : la même année, Laverne Cox joue dans Promising Young Woman aux côtés de Carey Mulligan, actrice nommée aux Oscars 2021 et dont on espère qu’elle ne tardera pas, un jour, à partager la lumière. 

 

Promising Young Woman (2020) de Emerald Fennell, au cinéma le 26 mai 2021.