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Numéro
31

Interview : les confidences de Lily Collins, star d'“Emily in Paris”

Cinéma

Héroïne de la série à succès Netflix Emily in Paris, la fille du musicien Phil Collins est l’objet de toutes les convoitises. Des blockbusters hollywoodiens aux films d’auteur coréens, les réalisateurs se l’arrachent… jusqu’à la maison Cartier qui en fait l’ambassadrice de sa collection Clash [Un]Limited.

Lily Collins porte des bijoux Cartier de la collection Clash [Un]limited

À sa naissance, une fée s’est penchée sur le berceau de Lily Collins. La fée en question n’avait ni longs cheveux blonds ni robe étincelante. Elle était même plutôt dégarnie. Et si elle tenait souvent des baguettes entre ses mains, celles-ci n’avaient rien de magique : le batteur et musicien Phil Collins, puisqu’il s’agit de la fée en question, s’est souvent penché sur le lit de Lily, sa fille. Phil racontait des histoires à Lily, des contes de fées, évidemment, dont il interprétait chacun des personnages, jouant de toutes les tonalités de sa voix pour rendre l’histoire plus vivante. Trente ans plus tard, Lily Collins s’en souvient encore. Depuis, l’actrice a elle-même donné vie à bon nombre de récits fantastiques, incarnant Blanche-Neige dans Mirror Mirror, la magicienne Clary Fray dans le blockbuster The Mortal Instruments – La Cité des ténèbres, ou encore l’ingénue américaine débarquant dans un Paris fantasmé pour le succès mondial de Netflix, Emily in Paris. “J’ai toujours grandi dans un univers imaginaire, nous confie-t-elle au téléphone depuis les États-Unis. Les livres ont tenu une grande place dans ma vie, tout comme le théâtre, le cinéma et les séries. J’y trouve à la fois un refuge pour disparaître quelques instants, et des récits auxquels je peux m’identifier. La fiction est une échappatoire autant qu’une puissante force d’évocation du réel.” La star, qui s’apprête à refaire parler d’elle avec la saison 2 de la superproduction Netflix, a aussi prouvé que son imaginaire était bien plus large que celui des blockbusters hollywoodiens. Ses apparitions dans la très belle fable Okja du réalisateur coréen Bong Joon-ho ou dans l’excellent Mank de David Fincher en donnent une certaine idée. On la découvre aujourd’hui dans un autre rôle, celui d’ambassadrice de la maison Cartier pour la nouvelle collection capsule de joaillerie Clash [Un]Limited, présentée à Berlin en septembre.

 

NUMÉRO : Quels types de personnages vous attirent et vous font accepter de jouer dans un film ?

LILY COLLINS : Des personnages avec lesquels le public peut se sentir en connexion et en “sympathie”, au sens originel du terme. Ce qui ne veut donc pas dire qu’ils doivent être parfaits – personne ne l’est. Je suis attirée par des rôles qui me permettent, en tant qu’actrice, de transmettre des émotions pour que le public les vive à son tour. J’aime aussi que les personnages ne me ressemblent pas tout à fait. C’est une manière de me remettre en question et d’explorer en moi ce qui leur fait écho. Chaque rôle devient un nouveau voyage, l’exploration de nouvelles contrées. Le plus important à mes yeux, c’est que mes personnages puissent aider le spectateur à cicatriser les blessures de la vie, que cela soit par le rire, comme dans Emily in Paris, ou par les pleurs. L’art a une fabuleuse capacité à soigner les gens.

Lily Collins porte des bijoux Cartier de la collection Clash [Un]limited

Quand avez-vous pris conscience que vous vouliez devenir actrice ?

J’ai commencé à jouer à l’école, dans des pièces de théâtre et des comédies musicales : Grease, qui était sans doute ma préférée, Into the Woods, et Cats, bien sûr. Vous pouvez imaginer le plaisir que prend une petite fille à se déguiser en chat avec des cheveux complètement dingues… Ces expériences ont constitué la meilleure des formations. J’y ai appris le sens du travail en communauté et celui de l’improvisation. Lorsque vous êtes face à un public, il n’y a pas de seconde prise. Il faut être présent à chaque instant, et accepter de se laisser porter par le courant, et continuer malgré les erreurs. Mais ma vocation trouve sans doute ses origines plus tôt, lorsque mes parents me racontaient des histoires pour m’endormir. J’étais une fan inconditionnelle d’Enid Blyton, l’auteure britannique de The Faraway Tree et de The Adventures of the Whishing-Chair. Je voyageais de lieu imaginaire en lieu imaginaire. Je me créais de véritables films dans ma tête. Pour moi, la fiction a toujours eu une dimension magique. Assez naturellement, j’ai eu envie de partager ça avec davantage de gens, que le film ne soit pas uniquement pour moi. Je voulais qu’un maximum de personnes puissent ressentir ce que je vivais en lisant toutes ces histoires.

 

Aviez-vous des modèles ? Des acteurs ou des actrices qui vous inspiraient ?

Quand j’étais très jeune, je regardais énormément les films de John Hughes et des vieux films de Steve Martin. J’adorais les actrices Molly Ringwald, Audrey Hepburn et Meryl Streep. Que ce soit dans une comédie britannique ou dans un drame américain, j’admire les personnalités qui sont capables de raconter une histoire sans avoir à dire quelque chose. Une émotion transmise par les yeux est universelle. La barrière de la langue n’existe plus. Les actrices et les acteurs qui en sont capables me fascinent.

 

Cela fait déjà plus de dix ans que vous êtes à l’affiche de films et de séries. Quel regard portez-vous sur les évolutions de l’industrie ?

Nous vivons un moment assez incroyable où des histoires qui paraissaient auparavant difficiles à raconter trouvent leur place. Les possibilités de développer des points de vue différents, que ce soit dans un film à petit budget ou dans une superproduction, se sont démultipliées, notamment grâce aux plateformes de streaming. Il y a toujours eu des gens qui avaient envie de raconter autre chose. Le matériau était là, de tout temps, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui il y a plus de place pour la différence. La peur de créer ou de jouer un personnage singulier a disparu : vous trouverez toujours votre public car les possibilités de le rencontrer sont plus nombreuses.

Lily Collins porte des bijoux Cartier de la collection Clash [Un]limited.

Vous avez écrit vos Mémoires, témoignage très personnel sur les problèmes que vous rencontriez avec votre corps et votre image. Quel message vouliez-vous faire passer ?

Que vous n’êtes jamais seul. Peu importe les problèmes que vous pouvez rencontrer, d’autres personnes leur font également face. Un sentiment d’isolement et l’incapacité de parler peuvent vous faire souffrir éternellement. Alors que partager vos peurs, votre insécurité et vos joies vous aide à grandir. Ce livre était pour moi un moyen de dire : “Eh bien, alors que vous pensiez sans doute que tout allait bien pour moi, j’ai aussi vécu ces expériences. Vous n’êtes pas seul. Je ne suis pas seule.” En réalité, j’ai toujours aimé écrire [Lily Collins a suivi des études de journalisme] et j’aimerais écrire un nouveau livre, et plus que tout, un scénario. Je suis en train de m’y atteler.

 

Et du côté du scénario de la saison 2 d’Emily in Paris, à quoi peut-on s’attendre ? 

La saison 2 s’attachera à explorer plus en profondeur les autres personnages de la série, notamment Mindy [la meilleure amie d’Emily] et les collaborateurs de Savoir [la société de communication de luxe où le personnage d’Emily travaille]. Vous verrez également un autre visage de Paris, plus divers que dans la première saison. Emily n’est plus en train de s’installer. Elle explore. Et il y aura beaucoup plus de folles aventures avec Mindy.

 

Et pourquoi avoir accepté d’être le visage de Clash [Un]Limited de Cartier, une collection aux inspirations punk qui, avec ses pics et ses clous carrés, bouscule l’héritage de la maison ?

La collection est à la fois audacieuse et féroce, différente et en même temps tellement Cartier ! J’aime cette idée d’apporter un twist à une tradition. Pour moi, Clash [Un]Limited incarne la dualité que nous avons tous en nous. Un mélange de féminité et de masculinité, qui joue avec ces deux aspects de notre personnalité.

 

Emily in Paris (saison 1), Mank et Okja sont disponibles sur Netflix.