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Marilyn Manson en 5 rôles improbables

Cinéma

Chef de file des musiciens freaks désincarnés, Marilyn Manson, grand squelette écorché à la voix horrifique, a bercé les oreilles de toute une génération d’adolescents innocents. Cet incontournable du rock sombre, à la fois musicien, peintre et artiste plasticien, puise dans les registres de la violence, de la mort, de la guerre et du sexe… Le prince fantomatique flirte aussi avec le grand écran, toujours dans des apparitions inattendues. Retour sur cinq rôles improbables.

“I put a spell on you” de Marilyn Manson.

1. Acteur porno maladif dans Lost Highway (1997) de David Lynch

 

L’apparence excentrique du chanteur en fait déjà une curiosité iconographique en soi. Fulgurante apparition s'ajoutant à la galerie des monstres déjà bien remplie de David Lynch, Marilyn Manson incarne une star du porno pour son premier petit rôle au cinéma. Tout en maquillage et cheveux filasses, il est planté aux côtés de Twiggy Ramirez, dans une apparition proche du caméo. Marilyn Manson se fond parfaitement dans l’atmosphère angoissante de ce récit noir explorant la double personnalité de Fred Madison, saxophoniste que la jalousie finit par transformer en meurtrier. La BO du film inclut d’ailleurs un des titres phares du chanteur: sa reprise de la chanson I put a spell on you de Screamin Jay Hawkins.

Marilyn Manson dans “Party Monster” de Fenton Bailey et Randy Barbato.

2. Drag Queen déjantée dans Party Monster (2003) de Fenton Bailey et Randy Barbato

 

Christina, blonde peroxydée en robe léopard moulante, clop au bec et trous dans les dents… Qui donc serait allé chercher Marilyn Manson dans ce film déjanté de Fenton Bailey et Randy Barbato, relatant les débuts des Clubs Kids à New York ? C’est pourtant lui qui se cache dans ce rôle de Drag Queen trash, apparaissant dans des tenues toujours plus absurdes, ici et là, dans un nuage d’ecstasy. S’il est difficile de le reconnaitre sous sa perruque et ses bas résilles, sa voix résonne quelques fois, au fond d’un club vide, devant un Macaulay Culkin survolté. Dans un vrai rôle de composition, Marilyn Manson montre ici qu'il sait changer de visage, au-delà d'un simple changement de maquillage. 

Marilyn Manson dans “Wrong Cops” de Quentin Dupieux.

3. Un mec paumé dans Wrong Cops (2014) de Quentin Dupieux

 

Celui qui se revendique Antichrist Superstar et qui a joué en duo avec Johnny Depp attire incontestablement les caméras des cinéastes aussi barrés que lui. Dans ce film délirant de Quentin Dupieux, réalisateur connu pour sa dextérité dans le maniement de l’absurde, Marilyn Manson semble redevenir l’adolescent gauche et rejeté qu’il était dans sa jeunesse. Alpagué par un flic musicien borgne, il incarne l’angoisse d’une normalité effrayante dans un jeu tout en finesse et en émotion. Premier rôle d'importance, son personnage de “paumé” colle plutôt bien à l’univers écorché vif de sa musique, sans yeux vairons ni maquillage, mais avec toute l'impudence de sa marginalité. 

Marilyn Manson dans “Salem” (2014-2017) d’Adam Simon et Brannon Braga.

4. Un barbier dérangé dans Salem (2014-2017) de Adam Simon et Brannon Braga

 

Il n’y a pas qu’avec sa musique que Marilyn Manson suscite les réactions ardentes de parents terrifiés et ados gothiques transis. Puisqu’il ne se limite à aucun milieu artistique, le chanteur a aussi fait de nombreuses apparitions dans des séries (CalifornicationKenny PowersSons of Anarchy). Dans la saison 3 de Salem, il est méconnaissable sans son maquillage, en barbier/ chirurgien terrifiant qui avale des sangsues avec délectation. Entre deux expérimentations morbides, il prononce ces mots merveilleux, en véritable avocat du diable : "Most of us die as we are born, in agony" (“la plupart d’entre nous meurent comme ils sont nés, dans l’agonie”).

Marilyn Manson dans la série "The new pope"

5. Lui-même, dans The New Pope 2020 de Paolo Sorrentino

 

Parce qu’on ne peut pas citer les rôles de Marilyn Manson sans évoquer ceux où il incarne son propre personnage, sa collaboration pour la suite de The Young Pope est comique avant même le visionnage des épisodes. La figure emblématique de l’Église de Satan est effectivement l’invitée du Vatican dans la série de Paolo Sorrentino, pour une saison plus sulfureuse que jamais. En ahuri poli et dépassé, il offre une peinture abstraite à John Malkovitch en le prenant pour l’ancien pape. Décalage et choc des cultures sont au rendez-vous pour le dernier rôle en date de Marilyn Manson, dont la version de “Personal Jesus” demeure encore aujourd'hui un des plus beau hymnes blasphématoires de la musique. 

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