11 Octobre

Qui est vraiment Mélanie Laurent, la réalisatrice controversée de “Gavelston”?

 

Depuis que Gérard Depardieu l’a repérée sur un tournage alors qu’elle n’avait que 14 ans, Mélanie Laurent a non seulement acquis une renommée internationale mais se retrouve très régulièrement sous le feu des critiques. Elle présente aujourd’hui son quatrième long-métrage réalisé aux États-Unis, adaptation d’une œuvre de Nic Pizzolatto, l’homme derrière la série “True Detective”. Portrait d’une actrice-réalisatrice qui ne fait pas l’unanimité.

Par Marthe Rousseau

L’actrice Elle Fanning dans “Galveston” de Mélanie Laurent

À l’annonce de l’avant-première de Galveston en présence de Mélanie Laurent, dans le hall d’un cinéma MK2, les réactions fusent.Je déteste Mélanie Laurent, je trouve qu’elle se la pète”, lâche une jeune femme qui a, semble-t-il, jeté son dévolu sur une autre séance. Ce n’est pas la première fois que la comédienne et réalisatrice française suscite ce genre de commentaires. Comment expliquer ce phénomène alors que le commun des mortels ne connaît pas la véritable Mélanie Laurent ? À l’origine de cette idée reçue, “Compilation d’égocentrisme en interviews”, une vidéo diffusée sur Youtube en 2014 qui a rapidement fait le buzz. Ce montage réunit les multiples déclarations de l’actrice française qui s’épanche sur son bonheur, son succès et sa boulimie de création : “Artistiquement, je peux faire ce que je veux”, “Je tue Hitler dans mes rêves depuis que j’ai 4 ans”... Ce qui agace, c’est sa façon – détestable pour certains – d’assumer pleinement sa joie de vivre dégoulinante. Et si l’on peut interroger la vraisemblance de certains propos, retenir des citations controversées sans les replacer dans leur contexte reste un procédé à l’effet dévastateur. 

La bande-annonce du film “Galveston” de Mélanie Laurent avec Elle Fanning et Ben Foster, actuellement au cinéma.

Mélanie Laurent ne manque pourtant pas d’autodérision. Dans de nombreuses interviews, elle s’amuse par exemple de son niveau d’anglais quelle avait largement surestimé avant d’entamer le tournage de Galveston, son nouveau long-métrage. L’actrice-réalisatrice est passionnée par sa profession. En seulement vingt et un jours de tournage, à raison de quatorze heures de travail quotidien, Mélanie Laurent a signé un premier film américain réussi. Épaulée par le producteur de Take Shelter, Tyler Davidson, elle s’offre un casting cinq étoiles avec Elle Fanning (dans le rôle d’une jeune prostituée) et Ben Foster (un gangster à la dérive). Les deux acteurs fuient vers la ville de Galveston et tentent désespérément de sauver leur peau.

Si l’histoire file parfois à grande vitesse à coups d’ellipses à répétition, rien ne semble laissé au hasard. Pas de scène de violence gratuite ni de dialogues superflus, bien au contraire, les mots se font rares. Et les personnages eux, oscillent entre une détermination farouche pour survivre et une fragilité bouleversante. “Ce film raconte une histoire d’amour platonique ou une amitié passionnelle”, explique la réalisatrice. Dans le film, un mystère plane et les personnages sont mis à nu par les plans serrés et une lumière bleue quasi surnaturelle. Au-delà du thriller, cette pudeur fait de Galveston une œuvre juste et sensible. D’ailleurs, Mélanie Laurent a conservé l’histoire initiale du créateur de la série True Detective, Nic Pizzolatto, et tentera d’imposer sa vision du projet aux producteurs jusqu’au bout, du tournage au montage final.  

 

 

Mélanie Laurent incarne Shosanna Dreyfus dans le film “Inglorious Basterds” (2009) de Quentin Tarantino.

Enfant déjà, Mélanie Laurent baigne dans le milieu artistique. Ses grands-parents tiennent une maison d’édition (Les éditions de l’Amandier), sa mère est danseuse et son père est comédien (il double notamment les voix de personnages de la série Les Simpson comme Ned Flanders, et a été la voix française de Dobby dans deux volets de la saga Harry Potter). À l’époque, Mélanie Laurent rêve de devenir chanteuse. C’est par une heureuse rencontre qu’elle changera d’avis. Alors qu’elle n’a que 14 ans, elle accompagne une amie dont le père est chef machiniste sur le tournage du film Astérix et Obélix contre César. Gérard Depardieu en habit d’irréductible Gaulois la remarque et lui demande si elle souhaite faire carrière au cinéma. Après une approbation timide, il lui propose de jouer dans son prochain film : Un pont entre deux rives (1999). L’aventure commence. Mélanie Laurent débute aux côtés de Gaspard Ulliel, tourne pour différents cinéastes, mais c’est Je vais bien, ne t’en fais pas (2006) de Philippe Lioret qui la consacrera. Elle y incarne une jeune anorexique à la recherche de son frère jumeau disparu, et pour lequel elle remportera le César du meilleur espoir féminin.

 

Trois ans plus tard, elle joue le personnage de Shosanna Dreyfus dans Inglorious Basterds de Quentin Tarantino. Son rêve se réalise, elle tue Hitler. Culottée, Mélanie Laurent fait croire au réalisateur américain qu’elle est parfaitement anglophone. Mission accomplie puisque, malgré ses lacunes, Tarantino lui offre le rôle, et l’actrice s’assure alors une renommée outre-Atlantique. Qu’elle incarne une jeune infirmière dans le tragique La Rafle, une violoniste prodige dans Le Concert, ou, dernièrement, une jeune femme de bonne famille espiègle aux côtés de Jean Dujardin, Mélanie Laurent campe des personnages complexes à la fois forts et vulnérables. Se battre, c’est aussi ce qu’elle fait dans la vie : contre le sexisme au cinéma (elle a pris la parole dans l’affaire Weinstein), pour la préservation de l’environnement à travers le documentaire Demain (2015) qu’elle a coréalisé avec Cyril Dion, et pour dénoncer les pervers narcissiques comme dans son beau film Respire (2014).

 

 

Galveston de Mélanie Laurent, actuellement au cinéma.

NuméroNews