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20 Septembre

“The Origins of Alien”, autopsie d’un film d’horreur

 

Sorti en 1979, le deuxième film de Ridley Scott “Alien, le Huitième passager” a terrorisé les spectateurs et inspiré nombre de cinéastes. Dans son documentaire “Memory: The Origins of Alien”, Alexandre O. Philippe décortique ce chef-d’œuvre de la science-fiction influencé par la mythologie grecque, les toiles cauchemardesques de Francis Bacon et les récits horrifiques de Lovecraft.

Par Alexis Thibault

Dans le vaisseau spatial Nostromo, l’espace le plus lumineux tient lieu de réfectoire. Réunis dans une salle immaculée – et dans un plan fixe – les sept membres d’équipage du cargo intergalactique partagent des aliments lyophilisés. Mais alors que les plats passent gaiement de main en main, l’officier Kane réprime une toux violente avant de cracher sur la table blanche. Son visage se fige. Il se tord de douleur comme si quelque chose lui tailladait les entrailles. D’un calme assuré, ses compagnons l’allongent sur la table pour l’ausculter, mais le pauvre homme se met soudain à gesticuler en hurlant à s’en briser la voix. Puis le silence s’abat violemment. Une explosion sanglante vient de perforer la cage thoracique de Kane. La terreur est à son comble lorsque qu’une petite créature s’extirpe de son abdomen en déchirant sa chair, aspergeant la pièce d’hémoglobine. Le passager clandestin s’enfuit, sans que les témoins tétanisés n’osent le poursuivre…

 

 

Avant même que le film ne soit un projet sérieux, le scénariste Dan O’Bannon rêvait déjà de la scène du Chestburster. Un monstre dont le modus operandi terrifiant marquerait à coup sûr l’histoire du cinéma.

 

 

Le meurtre de l’astronaute par le Chestburster – littéralement “l’exploseur de poitrine” – se déroule en 2122. Mais les spectateurs découvrent la scène bien avant, en 1979, dans Alien, le huitième passager. Un chef-d’œuvre de tension et d’intensité signé Ridley Scott. Ce célèbre bain de sang est l’un des principaux chapitres du documentaire d’Alexandre O. Philippe, Memory: The Origins of Alien, présenté en avant-première au Festival de Deauville. Dans son film précédent, le cinéaste décortiquait la scène du meurtre de Marion Crane, poignardée sous sa douche par Norman Bates dans le Psychose de Hitchcock. Cette fois, il passe Alien au crible et révèle les origines glaçantes du film américain.

“Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion”, Francis Bacon, 1944.

Le mythe avant l’horreur :

 

Avant qu’Alien, le huitième passager ne décroche l’Oscar des meilleurs effets visuels, avant même que le film ne soit un projet sérieux, le scénariste Dan O’Bannon rêvait déjà de la scène du Chestburster. Un monstre dont le modus operandi terrifiant marquerait à coup sûr l’histoire du cinéma. Passionné de bande dessinée alternative, il participe à l’élaboration du long-métrage de son ami John Carpenter : Dark Star (1974). Un thriller SF kitsch devenu un navet culte. De fait, Dan O’Bannon s’inspire des comics des années 60 mais surtout de sa propre condition : il souffre de la maladie de Crohn, inflammation chronique du système digestif qui lui cause des douleurs abdominales insupportables… l’exploseur de poitrine en devient la métaphore.

 

 

Le projet n’a pas été vendu comme une odyssée spatiale mais comme un film d’épouvante. En témoigne l’accroche de l’affiche : “Dans l’espace, personne ne vous entendra crier.”

 

 

Avec le plasticien suisse Hans Ruedi Giger, il imagine un univers futuriste sombre, majestueux, et démesuré. Leurs sources d’inspiration sont multiples : les écrits de Lovecraft, le triptyque de Francis Bacon Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion (1944) et la mythologie grecque, notamment les Erinyes (ou Furies), ces divinités infernales qui poursuivaient les criminels parfois pour le compte d’Hadès. Au nombre de trois, ces créatures ailées symbolisent la Haine, la Vengeance et l’Implacable. L’Alien d’O’Bannon et Giger prendra plusieurs silhouettes plus ou moins ridicules – de la dinde au pénis – avant d’atteindre sa forme définitive. Ils accouchent finalement du Xénomorphe, prédateur ovipare féroce auquel il tente d’injecter une dose d’érotisme. Le fait qu’il “pénètre” ses victimes n’est d’ailleurs pas anodin…

Hans Ruedi Giger en pleine élaboration d’une maquette pour le film “Alien”

Un équipage sans genre prédéfini :

 

Memory : The Origins of Alien révèle en quoi Alien est “précurseur” : pour la première fois, une entité féminine (la créature sous sa forme embryonnaire) pénètre physiquement un personnage masculin, inversant les rôles du viol dans une scène de cinéma. Mais ce postulat crée un paradoxe. Car on apprend également que les membres de l’équipage du Nostromo ont été pensés sans genre déterminé lors de l’écriture du scénario. Sigourney Weaver, qui crève l’écran en incarnant le lieutenant Ellen Ripley – l’une des héroïnes les plus badass de Hollywood – a failli voir son rôle attribué… à un homme.

 

 

Ce n’est pas la première fois qu’un cinéaste terrifie dans le cosmos. En 1965, Mario Bava saisissait les spectateurs avec La planète des vampires.

 

 

Avec son deuxième long-métrage, Ridley Scott fait mouche. Alien est un véritable succès commercial : un peu moins de 3 millions d’entrées en France contre 700 000 pour Star Trek, le film, sorti la même année. Outre la qualité intrinsèque de l’œuvre qualifiée de “plus angoissant des thrillers futuristes” par Le Monde en 1979. Le projet n’a pas été vendu comme une odyssée spatiale mais comme un film d’épouvante. En témoigne l’accroche de l’affiche : “Dans l’espace, personne ne vous entendra crier.”

The Chestburster Scene in “Alien”

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un cinéaste terrifie dans le cosmos. Déjà en 1955, le Britannique Val Guest imaginait l’atterrissage en catastrophe d’un vaisseau de scientifiques dans la banlieue de Londres. Un seul des astronautes s’en sortait indemne et le professeur Quatermass remarquait alors que des lambeaux de chair humaine se multipliaient à l'infini dans la fusée sous l'action d'une étrange substance… Dix ans plus tard, le maître du giallo Mario Bava saisissait les spectateurs avec La planète des vampires, délire charmeur au scénario atroce fortement influencé par le pop art et véritable référence de la SF. 

 

Quoique un peu brouillon, Memory: The Origins of Alien part dans tous les sens mais reste un documentaire intéressant. Mais que les fans invétéres d’Alien passent leur chemin, ils n’apprendront pas grand chose.

 

 

Memory: The Origins of Alien d’Alexandre O. Philippe​, en salle prochainement.

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