De Miloš Forman, la plupart reconnaîtront Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) et son angoissante ambiance d’hôpital psychiatrique, ou l’ascension tragique de Mozart dépeinte dans Amadeus (1984). Œuvres nées d’un exil aux États-Unis, ces grandes productions ombragent plusieurs films de jeunesse pourtant tout aussi brillants. Rescapé du régime nazi qui déporta ses deux parents résistants, la trajectoire hors du commun de ce réalisateur culte se déroule, condensée en cinquante-deux minutes riches de rebondissements, dans le documentaire Miloš Forman, une vie libre d’Helena Trestikova et de Jakub Hejna.

 

Né en 1932 en Tchécoslovaquie, Miloš Forman se rêve acteur, jusqu’à ce qu’un échec à l’école de théâtre le mène droit vers la FAMU, école de cinéma de Prague où étudient Věra Chytilová, Jiří Menzel, Jan Němec ou encore Jaromil Jireš. Ensemble, tous ces futurs cinéastes imaginent un nouveau genre de cinéma, loin du réalisme socialiste imposé dans ce pays communiste. De ces années émerge une nouvelle génération de cinéastes formant alors la Nouvelle Vague tchèque. Dans cette effervescence culturelle, Miloš Forman débute avec son premier court-métrage L’audition (1963), bientôt suivi par L’as de Pique (1963) et Les amours d’une blonde (1965) et s’affirme dès lors comme un portraitiste de la jeunesse, captant les images d’un communisme déjà critiqué.

 

En 1968, peu après l’annulation du Festival de Cannes qui devait consacrer son nouveau film Au feu les pompiers (1967), le Printemps de Prague le force à s’exiler : Miloš Forman débarque à New York, sans argent, ni famille. Après une comédie sociale sans succès, Taking-Off, il atteint l’apogée avec Vol au-dessus d’un nid de coucou, sans doute le rôle le plus marquant de Jack Nicholson (avec Shining) et qui vaut au cinéaste tchèque son premier Oscar en tant que réalisateur.

 

Enfin capable de pouvoir s’offrir un appartement, alors qu’il résidait gratuitement au sein du célèbre hôtel Chelsea aux côtés de Janis Joplin ou de Leonard Cohen, Miloš Forman s’illustre dans des films aussi divers que renommés : après la comédie musicale Hair (1979) et Ragtime (1981), il réalise en Tchécoslovaquie, sous l’oeil attentif des services secrets communistes, Amadeus, qui remportera huit Oscars en 1985. Le réalisateur signera encore trois films avant son dernier, Les Fantômes de Goya (2006), un échec commercial qui le mène vers une retraite bien méritée, entouré de ses jeunes jumeaux – dont quelques images clôturent le documentaire Miloš Forman, une vie libre.

 

Retrouvez Miloš Forman, une vie libre d’Helena Trestikova et de Jakub Hejn, jusqu’au 8 juin sur arte.tv ou le 30 mai à 7h15 sur Arte.