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“Mulan” : pourquoi le remake de Disney provoque-t-il un scandale mondial ?

Cinéma

Tournage tout près de camps de travaux forcés, réécriture de l’histoire, remerciements au régime chinois, mépris à l’égard des spectateurs, colère des gérants de cinéma… retour sur les nombreuses polémiques qui ont bousculé la sortie du remake de “Mulan”, disponible en France à partir d’aujourd’hui sur la plateforme Disney+.

Bande-annonce – "Mulan" (2020)

Prêt à vendre son âme pour conquérir le milliard de spectateurs du marché chinois, Disney se prend les pieds dans le tapis. Initialement prévu pour mars 2020, bousculé par la pandémie de Covid-19, le remake en prise de vue réelle du dessin-animé Mulan au budget faramineux de 200 millions de dollars (environ 169 millions d’euros) pourrait bien devenir un échec commercial majeur pour les studios américains. Alors que Disney s'attendait à engranger entre 200 et 300 millions de dollars de recettes sur le seul marché chinois – deuxième marché cinématographique mondial, en plein développement – le film peine à passer la barre des 100 millions de dollars récoltés en Chine. 

 

Sorti dans les salles chinoises en septembre dernier, le film a suscité de nombreuses polémiques. Le blockbuster de Disney est tout d’abord accusé de véhiculer une vision très occidentale de la légende ancestrale chinoise de Mulan, que les français connaissent depuis la sortie du dessin animé Disney en 1998. Dans le film, cette légende est également réinterprétée pour séduire le gouvernement chinois : l’héroïne ne fait plus partie d’une minorité ethnique mais de la dynastie des Han, actuellement au pouvoir. Autre polémique, l’actrice principale Liu Yifei affiche régulièrement son soutien au gouvernement chinois, suscitant l’indignation des militants pro-démocratie à Taïwan et à Hong-Kong, qui, à l'image de l'artiste chinois en exil Badiucao, appellent au boycott du film sur les réseaux sociaux.

Mais la polémique dépasse largement les frontières du continent asiatique. Le tournage du film dans la région de Xinjiang, où la Chine détient plus d’un million de musulmans issus de la minorité ouïghoure dans des camps de “rééducation idéologique” provoque une indignation mondiale. Longtemps resté silencieux sur le sujet, Disney se défend fébrilement en rétorquant dans un tweet que le tournage n’a duré “que quatre jours”. Plus cynique encore, les studios prennent soin de remercier officiellement le gouvernement chinois lors du générique. 

 

Alors que les studios Warner viennent d'annoncer que leurs productions sortiront à la fois en streaming et au cinéma en 2021, Disney a décidé en août dernier que le remake de Mulan ne serait disponible qu’en streaming sur sa plateforme Disney+, pour limiter la casse financière, provoquant la colère des gérants de salles de cinéma français qui comptaient sur la superproduction pour attirer les familles lors de la réouverture temporaire des salles entre mai et octobre dernier. Les spectateurs américains doivent quant à eux dépenser 30 dollars (environ 25€) en plus de leur abonnement mensuel de 10 dollars à la plateforme Disney+ pour pouvoir accéder au film. “Nous trouvons très intéressante l’idée de proposer aux consommateurs un prix de 29,99$ pour commencer, et nous apprendrons à partir de là”, a déclaré Bob Chapek, PDG de la Walt Disney Company.

 

Criant de manque d’inspiration lorsqu’il s’agit de trouver des idées originales de scénarios – depuis quelques années, Disney balade les spectateurs entre les remakes, suites, prequels et autres spin-off de films existants – le studio américain semble donc prêt à innover lorsqu’il s’agit de faire du profit et de conquérir des nouveaux marchés. On ne peut que déplorer que cela se fasse au mépris des attentes des spectateurs et, bien plus grave encore, en fermant les yeux sur les atteintes aux droits de l’homme perpétrées par un régime autoritaire chinois, qui semble être bien seul à se satisfaire de cette nouvelle sortie. 

 

Découvrez la liste des films à voir en salle dès le 15 décembre prochain.