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28 Noomi Rapace de retour dans un film d'horreur : “Pourquoi tourner dans des comédies romantiques ? Elles ne reflètent pas ma vie.”

Noomi Rapace de retour dans un film d'horreur : “Pourquoi tourner dans des comédies romantiques ? Elles ne reflètent pas ma vie.”

Cinéma

À l'affiche de The Lamb du Suédois Valdimar Johannsson – un film d’horreur dramatique – Noomi Rapace incarne une mère meurtrie et possessive frisant la folie, vivant isolée avec son mari dans la ferme commune où ils élèvent ensemble des moutons au cœur des vastes plaines islandaises. 

The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep. The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep.
The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep.

Piercings, colliers empilés, crête iroquoise… Le look gothique ultra punk de Lisbeth Salander est absolument mémorable. C’est en 2007 que des millions de spectateurs ont découvert Noomi Rapace pour la première fois dans ce rôle phare dans l’adaptation cinématographique de la saga littéraire Millénium. Bien des années plus tard, son personnage de hackeuse introvertie et dure à cuire à l’intelligence hors du commun lui colle toujours à la peau malgré les dizaines de films hollywoodiens dans lesquels elle a joué à l’instar de Prometheus (2012) de Ridley Scott, Babycall (2012) de Pal Sletaune ou encore Dead Man Down (2013) qui signe ses retrouvailles avec Niels Arden Oplev. À l’affiche du film The Lamb de Valdimar Johannsson, la star suédoise interprète Maria, une femme sans enfants vivant isolée avec son mari – interprété par Hilmir Snær Guðnason – dans la campagne islandaise. Tous deux éleveurs de moutons, ils découvrent un étrange nouveau-né dans la grange et décident de l’élever comme s’il s’agissait de leur propre bébé. En défiant les lois de la nature, le couple réveille des forces ténébreuses déterminées à rendre l’“enfant” à ceux qui l’ont mis au monde.

The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep. The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep.
The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep.

Noomi Rapace aime prendre des risques. Physiquement malmenée dans Millénium, mutilée dans Dead Man Down, cette actrice casse-cou ne craint ni les balafres ni les ecchymoses. Les rôles confortables l’ennuient. Dans The Lamb, il n’est cette fois pas question de blessures physiques mais de blessures psychologiques. Avec finesse et sang-froid, Noomi Rapace incarne une mère très tourmentée frôlant parfois la folie. Dotée d’un fort mal-être psychologique, cette femme vit une immense solitude dans la campagne islandaise. Avec ce rôle trouble – à la fois possessif, froid et meurtrier – Noomi Rapace étoffe encore sa palette de jeu. C’est cette tension entre la douceur et la brutalité, qui m’intriguait dans ce personnage”, affirme-t-elle. On l’avait déjà vue en scientifique ambitieuse chez Ridley Scott, en perverse manipulatrice chez Brian De Palma, Noomi Rapace interprète souvent des personnages traumatisés victimes d’un lourd passé. Elle-même ne se cache pas de faire usage de ses propres traumatismes et de sa jeunesse difficile – elle est tombée dans l’alcoolisme à l’adolescence – pour enrichir ses interprétations. 

 

Cette fois, Noomi Rapace interprète un rôle ultra sensible de femme martyr traversant un deuil sans fin. Pas de castagne, ni de coups, ni même de métamorphose complète… Dans cet univers plutôt réaliste, l’étrangeté s’immisce discrètement jusqu’à dominer entièrement tous les personnages. Malgré le peu d’expérience du réalisateur suédois – qui n’a que deux courts-métrages à son actif – la star hollywoodienne n’a pas hésité un instant. Faire des choix sur un coup de tête, se laisser porter par des scénarios fantastiques, c’est son côté anti-star, car Noomi Rapace n’aime pas les rôles complaisants ni faire comme tout le monde. Elle a immédiatement été séduite par “ce magnifique portrait de la maternité à la dimension primitive”. Pour Noomi Rapace, elle-même mère d’un jeune homme de 18 ans, la maternité est sauvage. “Tout comme Maria, la maternité a entièrement bouleversé ma vie. À travers cette expérience, le meilleur et le pire de chacun s’exprime.

The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep. The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep.
The Lamb de Valdimar Jóhannsson, 2021. © Go to Sheep.

Née en Suède, Noomi Rapace a passé son enfance en Islande. Alors qu’elle vit désormais à Londres, pour The Lamb, elle a retrouvé les grands espaces de sa jeunesse. Paysages à couper le souffle, montagnes terrifiantes, l’environnement “surnaturel” contribue largement à créer l’ambiance inquiétante de ce film à la croisée de la fable écologique et du film d’horreur. Noomi Rapace explique : “Quand on joue avec des animaux, on doit accepter qu’on est une part de l’écosystème, qu’on est tous égaux. Pour moi, ce réveil écologique est une bénédiction. Nous, les humains, nous pensons que nous sommes supérieurs – que la nature et les animaux nous appartiennent – alors que ce n’est pas le cas.

 

 

Après les années hollywoodiennes, la star semble revenir à ses premières amours nordiques. L’actrice, également productrice, travaille actuellement sur l’adaptation cinématographique d’Hamlet de Shakespeare en collaboration avec le réalisateur danois Ali Abbasi (Border, 2018). Dans cette adaptation sanglante et folle Noomi Rapace interprétera elle-même le prince du Danemark, l’un de ses plus grands rêves de [sa] vie”, affirme-t-elle. Si les thrillers et les films d’horreur ont fait sa réputation, l’actrice regarde désormais du côté des films historiques car elle souhaiterait interpréter un personnage de reine comme celui de Marguerite de Navarre, interprété par Isabelle Adjani dans La Reine Margot de Patrice Chéreau en 1994. On pourrait même la voir du côté des comédies – mais des comédies forcément sombres – car “les films romantiques et les sitcoms ne reflètent pas ma vie”, confie la plus dark des actrices suédoises.

 

The Lamb (2021) de Valdimar Jóhannsson. En salle.