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14 Omar Sy, Danielle Levitt, Numéro Homme

Omar Sy : “Certains sont des acteurs, moi je suis un ré-acteur”

Cinéma

Personnalité préférée des Français, Omar Sy fait aussi chavirer les cœurs du public international. Entre des blockbusters américains, une série Netflix, Lupin, ou bientôt un film de John Woo, l’ex-humoriste transforme tout ce qu’il touche en or.

Omar Sy, photographié le 25 juillet 2022 au Studio Zéro, rue Robert-Blache, Paris Xe. Parka en cachemire, chemise en popeline de coton, tee-shirt en coton et pantalon en denim, Collection Homme, DIOR. Coiffure et maquillage : Barbara Guillaume chez Forward Artists. Assistant réalisation : Oliver Vaughn. Barbier : Don Campbell. Retouche : Amanda Sperry Omar Sy, photographié le 25 juillet 2022 au Studio Zéro, rue Robert-Blache, Paris Xe. Parka en cachemire, chemise en popeline de coton, tee-shirt en coton et pantalon en denim, Collection Homme, DIOR. Coiffure et maquillage : Barbara Guillaume chez Forward Artists. Assistant réalisation : Oliver Vaughn. Barbier : Don Campbell. Retouche : Amanda Sperry
Omar Sy, photographié le 25 juillet 2022 au Studio Zéro, rue Robert-Blache, Paris Xe. Parka en cachemire, chemise en popeline de coton, tee-shirt en coton et pantalon en denim, Collection Homme, DIOR. Coiffure et maquillage : Barbara Guillaume chez Forward Artists. Assistant réalisation : Oliver Vaughn. Barbier : Don Campbell. Retouche : Amanda Sperry

Retrouvez ce portrait dans le Numéro Homme 44, disponible en kiosque et sur iPad depuis le 14 octobre 2022.

 

 

Quand la voix d’Omar Sy résonne, l’acteur se trouve en Colombie où il tourne le film Shadow Force avec Kerry Washington, sous la houlette du réalisateur américain Joe Carnahan. Partir au bout du monde est devenu son quotidien, dans un genre de miracle comme l’histoire du cinéma en a peu connu. De comique télévisuel hilarant – le fameux SAV des émissions sur Canal+ entre 2005 et 2012, en compagnie de Fred Testot –, le natif de Trappes a muté en personnalité préférée des Français, sans que cela n’entache sa bonhomie et son engagement dans le travail. Les succès stratosphériques d’Intouchables (2011) et, depuis 2021, de la série Lupin (dont il a achevé cette année le tournage de la saison 3 pour Netflix) n’ont pas changé la donne. Le mot qui vient à l’esprit le concernant est celui d’humilité, ce que l’intéressé revendique. “Je suis arrivé là-dedans par la petite porte et je continue à apprendre. Donc oui, à mes yeux, le jeu est plus grand que moi et je l’aborde avec beaucoup d’humilité. Le cinéma, c’est important même si ce n’est pas grave. J’ai le sentiment d’être au service de cette idée.

 

Qui aurait misé sur le roi de la punchline pour devenir l’un des acteurs français les plus prisés ? Certainement pas lui. “Enfant ou ado, je n’imaginais rien de tout ça. J’ai toujours été un grand curieux et un tchatcheur, le mec avec le petit mot, mais c’était un trait de caractère. Comme mes profs et mon père me le répétaient souvent : ‘On n’en fait pas un métier’ [rires].” Le métier est arrivé après, via Radio Nova et la télévision, jusqu’à un moment clé, quand Omar Sy a pris conscience de son potentiel. C’était sur le tournage de Tellement proches d’Olivier Nakache et Éric Toledano (2009), futurs réalisateurs d’Intouchables. Dans ce film, il incarne un jeune médecin confronté au racisme. “Il y avait cette scène de coup de boule qui visait autre chose que la comédie, avec une petite odeur sociale. Ils m’ont dit plus tard : ‘On a vu une autre dimension chez toi.’ À leurs yeux, je pouvais apporter quelque chose de plus dramatique. Alors que je n’ose pas me considérer acteur, ils me disent que je le suis et qu’il faut que je le sache.

 

Quand on lui demande sa philosophie de jeu, la star répond par une boutade plus profonde qu’il n’y paraît. Certains sont des acteurs, moi je suis un ré-acteur [rires].” Omar Sy considère les tournages comme une arène où les autres inspirent son travail. “Moi, je n’ai pas la technique. Je suis un acteur d’instinct, j’ai appris sur le tas. Avec mes partenaires, je chope des choses, mais je ne saurais pas vous dire quoi. Je sais seulement que j’aime m’adapter. Il faut se rappeler que je viens d’un duo. Cette façon d’être connecté à l’autre, avec Fred Testot au départ, puis avec François Cluzet dans Intouchables, c’est ma base. Et toujours mon plaisir.

 

Alors qu’il va tourner le très attendu remake du film culte The Killer (réalisé par John Woo lui-même), le comédien césarisé s’impose comme un emblème français. Au point de tenir un rôle au-delà du cinéma, en tant qu’homme noir ultra visible dans un pays encore frappé par le racisme ? La réponse du père de cinq enfants est nette : “Je ne me vois pas comme un porte- drapeau, je n’ai aucune volonté politique, même si le monde m’intéresse évidemment. Morgan Freeman a formulé le truc : ‘Tant qu’on est encore en train de questionner le racisme, c’est là qu’on a un problème.’ Les vraies portées sociales et politiques sont inconscientes. À un moment, on ne se pose plus la question et on avance. Même affaire pour l’égalité des sexes.” À sa manière, Omar Sy a pris part aux débats contemporains en tournant Tirailleurs de Mathieu Vadepied, consacré aux membres de l’armée française d’origine sénégalaise – comme sa famille – enrôlés de force durant la Première Guerre mondiale. Le film sort en janvier 2023. À l’issue de la projection cannoise, en mai dernier, l’acteur a eu cette phrase pleine de sagesse : “Nous n’avons pas tous la même mémoire, mais nous avons la même histoire.