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26 Avril

Toiles, cirques et bordels : quand Fellini rencontre Picasso

 

Projections vidéo, sculptures, toiles ou dessins… Jusqu’au 28 juillet, deux colosses du XXe siècle se confrontent à la Cinémathèque : le peintre espagnol Pablo Picasso et le réalisateur italien Federico Fellini. Les deux hommes erraient au même endroit pour chercher l’inspiration.

Par Yasmine Lahrichi

Federico Fellini sur le tournage de la “Dolce Vita”, 1960 - Collection Fondation Jérôme Seydoux - © Pathé 1960 - Pathé Films - Riama Film / Identité de l'auteur réservée.

 

Lorsque l’on entre par effraction dans un rêve de Federico Fellini, on y rencontre parfois Pablo Picasso. Et les deux hommes discutent jusqu’à l’aube. Dans son Livre de mes rêves, le réalisateur italien l’affirme : “[Pablo] n’arrête pas de me parler”. Mais les interrogations s’emmêlent : de quoi peuvent-ils bien discuter ? Quels secrets alimentent donc leurs causeries ?

 

Ces deux artistes occupent une place de choix dans le classement des plus grandes figures de notre temps. D’abord, Pablo Picasso (1881-1973), figure incontournable de la scène artistique du XXe siècle, fondateur du cubisme – aux côtés de Georges Braque –, qui déconstruit la perspective et invite ses homologues à se pencher sur la création africaine. Ensuite, Federico Fellini (1920-1993) qui, fidèle au cinéma néoréaliste à ses débuts (la réalité documentaire de la rue en opposition au fascisme), s’en détache progressivement et propose des œuvres bien plus poétiques, oniriques et mélancoliques.

 

Il est clair que l’époque qui les voit naître, leur pays d’origine, le médium qu’ils utilisent et les révolutions qu’ils provoquent les séparent sensiblement. Néanmoins, leurs productions artistiques respectives sont profondément liées tant ils s’accordent sur l’importance du rêve et du monde fantasmé. Certains décors refont inlassablement surface et habitent leurs plus grands chefs-d’oeuvre.

 

Federico Fellini, Rêve du 18 janvier 1967, Le livre de mes rêves, volume I, © Comune di Rimini Cineteca - Archivo Federico Fellini.

Federico Fellini, Le livre de mes rêves, volume I, © Comune di Rimini Cineteca - Archivo Federico Fellini.

 

  1. 1. Les harems et les bordels.

 

Claudia Cardinale, Anita Ekberg, Dora Maar, Olga Khokhlova… Ces femmes sont omniprésentes dans l’imaginaire des deux hommes. Qu’il s’agisse de prostituées, de ménagères ou de déesses, les femmes obsèdent, fascinent et terrifient les deux artistes. Sans surprise, c’est elles qui inspirent les lieux les plus importants de leurs compositions : les bordels et les harems. Chez Picasso, on retrouve notamment cette imagerie dans la toile Les Demoiselles d’Avignon (1907) – la scène se déroule dans un bordel de Barcelone –, ou dans ses esquisses revisitant l’oeuvre orientaliste de Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Bain Turc (1863). Les formes voluptueuses de ces personnages, tantôt terrifiants, tantôt salvateurs, habitent l’espace des tableaux, soudainement rétrécis. On remarque l’utilisation d’un procédé similaire dans les oeuvres de Federico Fellini : les prostituées plantureuses de Roma (1972) dominent autant les plans que les femmes de Huit et demi (1963), ces dernières entourent Guido – incarné par Marcello Mastroianni – et l'égarent de façon absurde et suggestive.

Une scène dans Roma de Federico Fellini, 1972. (Non exposé)

Pablo Picasso, Le bain turc, 1968. Courtesy of Christie's. (Non exposé)

 

2. L’antiquité romaine

 

En 1917, Jean Cocteau invite Pablo Picasso à le rejoindre à Rome pour réaliser les costumes de scène du ballet russe Parade composé par Erik Satie et monté par Serge Diaghilev. Le natif de Malaga en profite pour visiter l’Italie, notamment Naples et Herculanum, ville romaine antique détruite par l'éruption du Vésuve en 79 après JC. Stupéfait, il y découvre la fresque d’Augé – au sein de la basilique d’Herculanum –, princesse mythique d’Arcadie. Ses traits et sa posture l’inspirent pour réaliser différents portraits de sa femme, Olga Khokhlova, au début des années 1920. Quelques décennies plus tard, la beauté de la fresque d’Augé frappe également Fellini de plein fouet : il la reproduit en 1969 dans son péplum Satyricon.

“Satyricon” de Federico Fellini, 1969, @1969 Alberto Grimaldi Productions S.A. All Rights Reserved.

3. Les cirques.

 

En janvier 1984, le magazine français Cinématographe dédiait tout un numéro à Fellini. Sur la couverture il est représenté de façon étrange : les cheveux plaqués en arrière, il fixe le lecteur d’un air hagard en fronçant les sourcils. Son visage est scindé en deux, l’une des parties est maquillée, lui donnant des airs de mime. Fellini se baptise comme cela “ à moitié mime” car le monde du cirque l’a toujours fasciné. La trace de cette influence est si fondamentale que de nombreux personnages au sein de La Strada (1954), de Huit et demi (1963) ou encore des Clowns (1971) prennent les traits de saltimbanques ou de clowns fanfarons. À l’aube du XXe siècle, cet univers est l'apanage de certains initiés, il émerveille tout autant Pablo Picasso qui fréquente assidûment les gradins des cirques de Montmartre.

 

Exposition “Quand Fellini rêvait de Picasso” à la Cinémathèque française jusqu’au 28 juillet 2019. 

Richard Basehart et Giulietta Masina dans La Strada de Federico Fellini, 1954, © Beta Film Gmbh.

Pablo Picasso, Famille d'acrobates avec un singe, Gouache, aquarelle, encre sur carton,1905, Gothenburg Museum of Art. (Non exposé)

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