27 Février

“Paris est à nous”, le film dont tout le monde parle ?

 

Disponible depuis le 22 février sur Netflix, le film expérimental “Paris est à nous” fait trembler le monde du 7e art. Réalisée sur plus de trois ans par un collectif de jeunes talents, l’œuvre transgresse les codes du cinéma pour narrer une histoire d’amour tumultueuse, rythmée par les tensions qui ont récemment ébranlé la capitale française.

Par Antoine Ruiz

Un film financé par les internautes

 

Deux mois après la série Plan Cœur, la capitale française brille derechef sur la page d’accueil de la plateforme Netflix. À l’origine intitulé “Paris est une fête” — en référence au livre posthume d'Ernest Hemingway, devenu un symbole de résistance après les attentats de Paris—, le nouveau film distribué par le mastodonte américain du streaming est un projet atypique, unique en son genre. Réalisé par une certaine Elisabeth Vogler, possible pseudonyme d'une cinéaste voulant rester discrète, Paris est à nous c’est avant tout une œuvre pensée et écrite par un collectif de jeunes monteurs, scénaristes, et autres talents en herbe du cinéma. Au diable les autorisations administratives pour filmer dans des lieux publics, pour eux il n’était pas question de faire comme tout le monde, ils voulaient marquer les esprits. Tournée sur presque quatre ans, de la Fête de la musique en 2014 aux obsèques de Johnny Halliday en décembre 2017, cette petite pépite de ce début d’année souffle un vent nouveau sur le monde cinématographique, et ce n’est pourtant pas grâce à son modique budget initial de 4 000 euros. C’est finalement à l’aide d’une opération de crowdfunding que le projet aboutit. Un vrai succès puisqu'au total, 91 500 euros ont été récoltés sur les 10 000 euros requis, grâce à 2 383 contributeurs. L’œuvre devient un nouvel exemple de réussite de ce mode de financement participatif, à l’image du court-métrage documentaire oscarisé Inocente de Sean Fine, sorti en 2012.

“Paris est à Nous” – Bande-annonce

Bande-son techno, improvisation et une photographie léchée

 

Au départ, le synopsis laisse quelque peu perplexe : “Anna rencontre Greg à une soirée. Ils se rapprochent, se dévoilent l’un à l’autre. Un an plus tard, Greg part travailler à Barcelone. Anna décide de le rejoindre. Elle rate son vol. L’avion s’écrase. Prise dans le vertige d’une mort évitée de peu, elle s’éloigne de la réalité et du présent. Alors que son couple se désagrège, Paris devient le miroir de sa détresse.” Mais c’est en réalité dans une quasi-totale improvisation que réside l’ingéniosité de Paris est à nous. L’équipe aux commandes du projet se vante d’ailleurs de s’être passée de tout scénario minutieusement défini au préalable. Elle choisit de démarrer le long-métrage sur une soirée organisée par la Peacock Society (festival parisien de musique électronique), au cœur du bois de Vincennes. C'est d'ailleurs là que la protagoniste principale, incarnée par Noémie Schmidt (Versailles, Radin), rencontre celui avec qui elle partagera l’écran pendant une bonne partie du film. Une rencontre sous le sceau du hasard, un coup de foudre instantané, appuyé par des regards amoureux aux pupilles complètement dilatées.

 

Dès lors, les déambulations d’Anna trustent l’objectif de la caméra : endormie dans le métro, courant dans les rues, manifestant place de la République, se pavanant sur l’avenue des Champs-Elysées… La captation de moments de tension au cœur de la capitale, notamment lors des attentats de Charlie Hebdo du 13 novembre 2015 ou lors des rassemblements Nuit Debout, distille avec brio la décadence du jeune couple, qui s’aime autant qu’il se déchire. Une véritable histoire d’amour post-adolescente, dont la beauté est soulignée par une photographie léchée digne d’un clip de The Blaze, orchestrant couleurs éclatantes, jeux d’ombre et de lumière, et mouvements de caméra aériens. Quelques plans séquences viennent casser un rythme résolument effréné : les images oniriques se succèdent rapidement, parfois à l’endroit, puis à l’envers, en saccadé ou en tournoyant — accompagnées d'une bande originale électrisante signée Laurent Garnier, virtuose de la techno française, et Jean‐Charles Bastion.

Une élégie aux millennials parisiens

 

Culture électronique, oppression médiatique, angoisse individuelle… Paris est à nous se veut représentatif d’une époque et d’une génération, en particulier celle des millennials. Au travers d’une histoire d’amour tumultueuse aux frontières du genre documentaire, le film prend la tournure d’un concept cinématographique avant-gardiste, ancré dans un contexte politique, social et culturel. Une sorte d’élégie à la jeunesse parisienne, témoin d’une crise qui ne semble épargner personne. D’ailleurs, la ville de Paris ne fait pas seulement office de décor : elle est également un personnage à part entière, qui pleure, s’amuse, gronde. Elle est cette main invisible aux commandes de la relation des protagonistes, qui se retrouvent ainsi comme pris au piège d’une atmosphère anxiogène. Tandis que les images reflètent un climat de révolte, les voix off des acteurs se lancent dans une quête de sens, entre fiction et réalité, au travers de questionnements existentiels. Petit à petit, leurs discours deviennent le mégaphone du mal-être d’une génération désorientée, victime d’une société qui l’empêche d’être libre.… et le film quitte sa dimension romantique pour adopter un ton plus culotté et symboliquement plus audacieux.

 

 

Paris est à nous, disponible sur Netflix.

NuméroNews