244


Commandez-le
Numéro
16 Instagram censure l'affiche du nouveau Pedro Almodóvar, puis s'en excuse

Instagram censure l'affiche du nouveau Pedro Almodóvar, puis s'en excuse

Cinéma

Après avoir supprimé l’affiche du prochain film de Pedro Almodóvar Madres paralelas lundi dernier en raison de la présence d'un téton féminin, Instagram rétropédale et présente ses excuses au réalisateur espagnol, dont le long-métrage sera dévoilé à l'ouverture de la 78e édition de la Mostra de Venise début septembre. Une controverse qui réveille les débats autour de la censure du corps féminin sur le réseau social.

Affiche de “Madres Paralelas” réalisée par le graphiste Javier Jean Affiche de “Madres Paralelas” réalisée par le graphiste Javier Jean
Affiche de “Madres Paralelas” réalisée par le graphiste Javier Jean

Cachez ce sein que je ne saurai voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées. Plus de trois siècles plus tard, les bons mots de Molière devenus expression courante semblent encore d’actualité. La semaine dernière, c'était au tour de Pedro Almodóvar de faire face aux ligues de vertu contemporaines alors qu'il dévoilait l'affiche de son prochain film Madres paralelas, un téton cerclé de rouge évoquant la pupille d’un œil d’où coule une goutte de lait semblable à une larme. Publiée le 9 août sur le compte Instagram de l'artiste, l'image suffit à déclencher l’appareil de censure du réseau social, détectée par les algorithmes de l’application qui la retirent pour son caractère explicite. L'affiche comme le film n'ont pourtant rien de pornographique : on y découvre les histoires croisés d'Ana et de Janis, deux femmes accouchant le même jour dans la même maternité, et dont les destins prendront des trajectoires radicalement différentes. 

 

 

Avec les tétons féminins, Instagram n'en est pas à sa première polémique. Très fréquente voire systématique, leur censure sur la plateforme est régulièrement dénoncée par les féministes qui soulignent un sexisme sous-jacent à cette réglementation pudibonde, dont les tétons masculins semblent épargnés. Pour le prouver, le compte Gang du Clito réalise une série de montages en superposant des bustes d’hommes à ceux de femmes et en les publiant sur Instagram pour observer la réaction des algorithmes. Face à ces prises de conscience, le règlement du réseau social prévoit une exception à la censure des mamelons lorsqu’ils entrent dans un cadre artistique, ou, plus étonnant, quand ce sont ceux “de femmes qui allaitent activement un enfant” – cette dernière condition ayant également de quoi faire réagir puisqu’elle ne valide l'apparition du sein féminin que dans sa fonction maternelle.

Suite à cette censure, Pedro Almodóvar s’est exprimé sur le compte de l'actrice Penélope Cruz, à l'affiche de ce prochain film, remerciant le soutient dont a bénéficié l’affiche et déplorant au passage que “des machines puissent décidé de ce qu’on a le droit de faire et de ne pas faire”. Quant à Javier Jean, graphiste espagnol et auteur de l'affiche, il a immédiatement republié son travail et appelé les internautes à le partager le plus possible. Deux jours plus tard, un communiqué de Facebook, la maison mère d’Instagram présente des excuses officielles au réalisateur, reconnaissant finalement la valeur artistique de l’image. L’Espagnol septuagénaire, connu pour donner le premier rôle à des femmes fortes, n’a pu que se féliciter de cette petite victoire sur la politique des réseaux sociaux. Sur Twitter toutefois, le visuel partagé par la société de production de Pedro Almodóvar, El Deseo, n’est pas supprimé mais son apparition tout de même protégée par ce message : “Le média suivant comprend des contenus potentiellement sensibles”... Une controverse qui n'empêchera pas l'affiche de chapeauter l'entrée des cinémas distributeurs du film, programmé en ouverture du prestigieux festival de la Mostra de Venise du 1er au 11 septembre prochains.

 

 

Madres paralelas, Pedro Almodóvar, dans les salles espagnoles le 10 septembre.