22 Mai

En direct de Cannes : Tarantino dévoile son “Once Upon a Time in Hollywood”

 

25 ans après la Palme d’or attribuée à son long-métrage “Pulp Fiction”, Quentin Tarantino retrouve la Croisette accompagné d’une flopée de stars : Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Al Pacino… Avec Once Upon A Time in Hollywood, le réalisateur pointe sa caméra sur une époque qu’il n’a connue qu’avec ses yeux d’enfant.

Par Olivier Joyard

Hollywood, 1969. Tandis que le cinéma débraillé et créatif des seventies n’est pas encore épanoui, le classicisme a quant à lui disparu pour de bon, enterré par l’arrivée de la télévision qui recycle ses héros à la chaîne. Comment survivre quand les rêves sont évaporés ? C’est vers cet angle mort que Quentin Tarantino pointe sa caméra avec son nouveau film aux allures du conte noir, Once Upon A Time in Hollywood, fixant sur pellicule une époque qu’il n’a connue qu’avec ses yeux d’enfant (il est né en 1963) puis avec ceux du cinéphile, quand il a commencé à ingurgiter des images au kilomètre. Si tant est que ces deux niveaux de regard n’aient jamais été séparés chez l’auteur de Pulp Fiction

 

 

La meilleure idée de Once Upon A Time in Hollywood ? Sa manière de transformer un sujet mortifère – la fin des mythes et du cinéma comme art dominant – en élan de vie.

 

 

Alors que Roman Polanski est encore un réalisateur adulé et Sharon Tate une comédienne en plein essor, un acteur sur le retour (Leonardo Di Caprio, idéalement mélancolique et lourd) traîne ses guêtres fatiguées sur les plateaux de séries, accompagné de celui qui est devenu par la force des choses sont meilleur ami, un cascadeur caractériel et séduisant (Brad Pitt, dans l’un de ses meilleurs rôles) qui fait office d’assistant personnel et de chauffeur coolissime. Ensemble, ils déambulent dans Los Angeles de jour comme de nuit, sous le soleil ou à l’abri des enseignes qui signalent les bars et les diners bondés. Ils échouent à El Coyote ou Musso & Frank Grill, des lieux qui n’ont déjà plus leur lustre d’antan mais résonnent du souvenir spectral des grands acteurs et producteurs qui les ont précédés, tandis que les hippies (qui se fichent éperdument du cinéma) impriment leur marque sur la ville.

“One Upon a Time in Hollywood” de Quentin Tarantino. Bande-annonce.

C’est la meilleure idée de Once Upon A Time in Hollywood : sa manière de transformer un sujet mortifère – la fin des mythes et du cinéma comme art dominant – en élan de vie. Tarantino fait de ce voyage dans une ville-mythe aux airs de musée le lieu d’un fétichisme vital et exalté. Il propose ici son film le plus simple et le plus linéaire, le plus enfantin et lisible, un peu à la manière de ce que David Lynch avait tenté avec le road-movie Une Histoire vraie en 1999. L’ex-kid révélé par Reservoir Dogs reste absolument collé à ce qui l’intéresse : le cinéma comme une fabrique du désir à pleins tubes, que rien ne pourra vraiment menacer tant que lui restera debout.

 

Le principal défaut de Once Upon A Time in Hollywood est donc assez logiquement le même que celui de la plupart des autres films de Tarantino : une approche très masculine et un traitement objectivant des personnages féminins. Il s’en amuse même, provocateur, à travers le personnage de Brad Pitt (censé avoir tué sa femme et s’en être sorti) et dans sa façon absolument décomplexée de filmer des pieds féminins, comme Abdellatif Kechiche scrute les fesses de ses actrices avec appétit dans Mektoub My Love. Le réalisateur d’Inglourious Basterds – film sur les nazis auquel on pense étrangement ici, notamment dans sa dernière partie hantée par Charles Manson – ne grandira sans doute jamais. En attendant, il signe un film parfaitement synchrone avec ce Festival de Cannes 2019, qui fait du cinéma une cathédrale menacée (par Netflix ? par les séries, encore ?) où tout est paradoxalement permis. En ce sens, Once Upon A Time in Hollywood parle autant du monde d’il y a cinquante ans que de celui d’aujourd’hui.

 

Once Upon A Time in Hollywood. En compétition officielle. Sortie le 14 août.

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