Advertising
Advertising
09 Juillet

De Tarantino à Bergman, 7 mises en abyme au cinéma

 

Dixième long-métrage de Quentin Tarantino, le très attendu “Once Upon a Time in Hollywood” sortira en salle le 14 août prochain. Et le cinéaste braque sa caméra sur… le cinéma. Retour sur six autres mises en abyme récentes du 7e art.

 

 

Par Chloé Sarramea

Mise en abyme : “se dit d’une œuvre citée et emboîtée à l’intérieur d’une autre de même nature” (Larousse). On imagine un tableau qui représente son propre peintre, une mise en scène qui raconte la création d’une pièce de théâtre, un spectacle de danse qui rend hommage à un chorégraphe…

 

Dans son dixième long-métrage, en salle le 14 août prochain, Quentin Tarantino braque sa caméra sur Rick Dalton, un acteur sur le déclin inséparable de Cliff Booth, sa doublure à l’écran. Avec Once Upon A Time in Hollywood, en compétition à Cannes cette année, le réalisateur nous plonge dans les méandres du 7e art, entre western viril et romance à l’eau de rose. Une mise en abyme et surtout une déclaration d’amour au cinéma hollywoodien des années 60. À cette occasion, Numéro revient sur les longs-métrages qui citent le cinéma. En voilà six.

 

Douleur et Gloire (2019) de Pedro Almodóvar : l’autoportrait

 

Également en compétition à Cannes, Douleur et Gloire de Pedro Almodóvar. Le réalisateur espagnol, habitué du festival mais moins du palmarès, a présenté cette année un film autobiographique dans lequel Antonio Banderas l’incarne à l’écran. L’acteur se grime en un Almodóvar de dix ans son aîné et rafle dans la foulée le prix d’interprétation. La douleur : celle d’un réalisateur – Salvador Mallo, l’alter ego d’Almodóvar – seul, fatigué, malade et en panne d’inspiration. La gloire : celle que l’on connaît du cinéaste espagnol, auteur acclamé de Volver (2006) et de Femmes au bord de la crise de nerfs (1988). Dans son autofiction, Almodóvar se dépeint comme un artiste qui a connu un rayonnement lointain. Dès les premières images, on décèle le parallèle entre Mallo et le réalisateur espagnol qui filme la féminité comme personne : cheveux grisonnants et ébouriffés, goût pour les couleurs vives, les intérieurs Art déco et… les belles femmes. Avec subtilité, Almodóvar réussit à prendre de la distance avec son (propre) personnage et fait de Douleur et Gloire un autoportrait à la fois contrasté et ultra réaliste. 

Bande annonce de Douleur et Gloire (2019)

Birdman (2015) d’Alejandro González Iñarritu : la résilience 

 

Quand on parle de mise en abyme, il est un passage obligé : celui qui mène vers Birdman, d’Alejandro González Iñarritu. Habitué du film choral (Amours Chiennes en 2000 et Babel en 2006) le cinéaste mexicain réalise un objet innovant : son cinquième long-métrage, sorti en 2015, est une comédie fantaisiste qui dépeint l’univers d’une star déchue. Iñarritu nous emmène à New York, sur les traces d’un acteur qui n’a existé qu’à travers un seul personnage : celui d’un superhéros. Michael Keaton, vieillissant, ridé et dégarni, brille dans le rôle principal. Au passage, on décèle un savant parallélisme entre la vie de l’acteur et Riggan Thomson (le personnage qu’il incarne à l’écran) : révélé dans le Batman (1989) de Tim Burton, Keaton est lentement tombé dans l’oubli. Dans Birdman, le protagoniste passe du cinéma à la mise en scène et adapte une nouvelle de l’écrivain américain Raymond Carver, tiré de son recueil Parlez-moi d’amour (1981). Une savoureuse mise en abyme pour un film magistral, à conserver absolument dans sa vidéothèque. 

Dans la peau de John Malkovitch (1999) de Spike Jonze : le caméo

 

Un marionnettiste au chômage découvre un souterrain qui mène directement au cerveau de l’acteur John Malkovitch (qui interprète dans le film différentes versions de lui-même). Le marionnettiste en question, un paumé aux longs cheveux gras, aux lunettes sales et aux chemises froissées, qui répond du nom de Craig Schwartz (incarné par John Cusack) voit sa carrière s’effondrer. Ses spectacles de rue flirtent avec la pédophilie et rendent le personnage détestable, conférant à Schwartz les caractéristiques parfaites de l’antihéros. Plus génial encore, Dans la peau de John Malkovitch, s’empare de l’œuvre du romancier américain William S. Burroughs (chef de file du mouvement Beat Generation), qui avait lui-même développé l’idée que le voyage le plus extravagant serait celui qui mène dans le cerveau d’un autre (Le festin nu, 1959). Ce long-métrage inspirant, dingue, amusant et d’une intelligence rare signe les débuts prometteurs de Spike Jonze au cinéma, lui qui a débuté sa carrière en tant que réalisateur de clips et, in fine, a été une illustre vedette de la chaîne américaine MTV dans les années 90. 

 

Barbara (2017) de Mathieu Almaric : le chant

 

Blier-Depardieu, Honoré-Mastroianni, Godard-Karina, Truffaut-Léaud, Amalric-Balibar : le cinéma français compte nombre de tandems envoûtants, volcaniques et inoubliables. En plus d’être un acteur au talent incontestable, quand Mathieu Amalric passe derrière la caméra, il la transforme en or. Sur Barbara (2017), il dirige Jeanne Balibar qu’il a connue en 1996 sur le tournage de Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle d’Arnaud Desplechin. Et puis, les années passent, les récompenses pleuvent et l’acteur a deux enfants avec Jeanne Balibar, dont il se sépare ensuite. À nouveau réunis pour Barbara, le cinéaste et l’actrice font revivre l’iconique chanteuse de L'Aigle noir. On pourrait croire au biopic parfait, mais non. Amalric en profite pour se jouer de ce genre cinématographique et préfère dépeindre un portrait multiforme de Barbara. Jeanne Balibar (césarisée pour le film) y joue le rôle d’une comédienne qui se prépare à incarner la chanteuse : elle étudie son caractère, ses gestes, ses mimiques afin de préparer son personnage. Une œuvre d’une beauté fulgurante, un film d’auteur avec un grand A, qui conquiert le spectateur par une mise en abyme parfaitement maîtrisée. 

 

Bande annonce de Barbara (2017)

La série Dix pour cent (depuis 2015) : l’underground

 

Qui prend 10% de ce que touchent ses clients ? Qui négocie les contrats des acteurs ? Qui soigne leurs ego ? Qui les présente aux réalisateurs ? Qui entretient leurs carrières ? L’agent de stars. Imaginée par Dominique Besnehard (ancien agent artistique des plus grands acteurs français), la série Dix pour cent conte les tribulations de ces “nounous” de célébrités au sein d’une agence au bord de la faillite.

Cette comédie jubilatoire nous dévoile les dessous de l’industrie du cinéma sans jamais céder au voyeurisme. 

Fanny et Alexandre (1982) d’Ingmar Bergman : le quatrième mur

 

Impossible de parler de mise en abyme et de cinéma sans citer Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman. D’abord parce que Bergman est un immense réalisateur – si ce n’est le plus grand – ensuite, parce qu’il est un metteur en scène incontournable, feu directeur du théâtre dramatique royal de Stockholm de 1963 à 1975. “Lanterne magique” en main, il réalise en 1982 un film pour la télévision suédoise : Fanny et Alexandre. D’abord divisé en quatre parties, le long-métrage sort finalement au cinéma dans une version d’un peu plus de trois heures. L’année suivante, le génie de Farö (son île en Suède) rafle quatre oscars pour cette histoire qui sert d’écrin à la famille Ekdahl– travaillant dans le monde du théâtre. Autorité, rupture, amour, famille ; dans Fanny et Alexandre, Bergman sublime les thèmes qui lui sont chers et caractérisent son œuvre. Mise en scène typiquement bergmanienne, le film fait du théâtre une affaire de famille et témoigne de l’amour inconditionnel que le cinéaste porte à cet art, lui qui a oscillé toute sa vie entre les planches et les studios. “Le théâtre est un cocon, il protège, et on ne s’occupe plus du monde extérieur”, Fanny et Alexandre est un testament, une véritable ode au spectacle vivant. Le film sera sans cesse adapté dans le théâtre contemporain, en témoigne la récente mise en scène de Julie Deliquet cette année à la Comédie Française.

 

 

Advertising
Advertising

NuméroNews


Advertising