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30 Juin

Les 5 vies de Roschdy Zem

 

En ce moment à l’affiche de “La Fille au bracelet” de Stéphane Demoustier, Roschdy Zem s’est imposé au fil des années comme l’un des visages les plus bruts du cinéma français. D’André Téchiné à Philippe Garrel, Arnaud Desplechin ou encore Rachid Bouchareb, l’acteur navigue entre les rôles d’hommes calmement imposants, avec un jeu subtil aussi bien adapté aux films d’auteur qu’au cinéma grand public. Retour sur 5 rôles qui ont façonné sa carrière.

Par Margaux Coratte

“Les Hommes du feu”, de Pierre Jolivet (2017).

Roschdy Zem fait ses débuts d’acteur dans le cinéma d’auteur avec André Téchiné. Une arrivée par la grande porte. Ensemble, les deux hommes feront trois films : J’embrasse pas en 1991, Ma saison préférée en 1993 et Alice et Martin en 1998. En même temps qu’elle pose les bases de la carrière de l’acteur, cette collaboration fructueuse en révèle les caractéristiques : qu’il soit au premier plan ou non, Roschdy Zem fascine par sa présence tranquille, souvent impénétrable. Chez lui, le corps est le meilleur vecteur d’émotions.

 

Son jeu subtil lui vaudra d’incarner de nombreux personnages mutiques, écorchés par la vie Le Cœur fantôme (1996) de Philippe Garrel –, silencieux et minimalistes – Ceux qui m’aiment prendront le train (1998) de Patrice Chéreau –. Souvent flic ou canaille, Roschdy Zem navigue aussi bien dans les polars – Mains armées (2012) de Pierre Jolivet – que dans les comédies romantiques – On a failli être amies (2014) d'Anne Ly –. Également comédien de théâtre, l’acteur revêt aussi la casquette (moins rodée il faut l’avouer) de réalisateur, avec notamment Omar m’a tuer, sorti en 2011. Retour sur 5 de ses rôles mémorables.

Roschdy Zem et Xavier Beauvois dans “N'oublie pas que tu vas mourir” (1995).

1. N’oublie pas que tu vas mourir, de Xavier Beauvois (1995)

 

Sixième film de Xavier Beauvois, N’oublie pas que tu vas mourir est le long-métrage qui propulse Roschdy Zem sur le devant de la scène. Aux côtés de Chiara Mastroianni, Bulle Ogier, Jean Douchet et Emmanuel Saliger, l’acteur y incarne Omar, un toxicomane à la dérive qui entraîne avec lui Benoît, jeune militaire réformé et séropositif. Ici plus que tout ailleurs, Roschdy Zem montre l’étendue de sa palette de jeu avec une force rare. Il faut le voir expliquer, au bord de l’évanouissement, la meilleure manière de se faire un shoot d’héroïne. Une performance incroyable qui prouve que l’acteur sait parfaitement incarner des rôles antinomiques au cinéma.  

Fadila Belkebla et Roschdy Zem dans “Vivre au Paradis”, de Bourlem Guerdou (1998).

2. Vivre au Paradis, de Bourlem Guerdou (1998)

 

Alors qu’il a souvent incarné des personnages d'immigrés, du fait de ses origines marocaines, l’acteur réfute souvent le rôle d’étranger que l’on cherche trop souvent à lui accoler. Pour ce film, l’acteur a d’ailleurs dû réapprendre à parler une langue maternelle lointaine, devenue étrangère pour lui, enfant de la deuxième génération d'immigrés. Mais Vivre au Paradis renoue quelque peu avec l’histoire familiale de l’acteur, puisqu’il met en scène l’arrivée d’un homme algérien en France. Pour incarner Lakhdar, Roschdy Zem a confié dans un entretien pour Libération à l’occasion de la sortie du film s’être inspiré de son père. Naviguant subtilement entre manipulation et rêves déchus, l’acteur porte ce drame essentiel à bout de bras, en faisant la lumière sur le passé encore tabou de la France.  

Les Petits Souliers

3. Les petits souliers, d’Olivier Nakache et Eric Toledano (1999)

 

Après avoir fait ses preuves chez André Téchiné, Leatitia Masson et Patrice Chéreau, Roschdy Zem s’illustre dans le genre de la comédie dramatique avec ce court-métrage, deuxième film du célèbre duo à l’origine d’Intouchables (2011). Disponible sur Youtube, Les Petits Souliers s’inscrit dans la veine de l’équipe du Splendid et rappelle inévitablement Le Père Noël est une ordure (1982), de Jean-Marie Poiré. Ici, Roschdy Zem, Jamel Debbouze, Gad Elmaleh et Atmen Kelif revêtent les barbes blanches de pères noëls de fortune pour aller surprendre les enfants de riches familles le soir du réveillon. Sur fond de lutte des classes et de dénonciation du racisme, le film montre l’acteur dans toute son humilité. Dans ce petit rôle, il parvient non seulement à hypnotiser le regard, mais aussi à valoriser ses partenaires de jeu, en n’en faisant jamais trop.

Roschdy Zem et Marina Foïs dans “Happy Few”, d'Antony Cordier (2010).

4. Happy Few, d’Antony Cordier (2010)

 

Flic, malfrat, délinquant… Tous ces personnages que Roschdy Zem a régulièrement joué au cours de sa carrière ne pourraient pas être plus à l’opposé du film d’Antony Cordier. Ici, l’acteur incarne Franck, un homme marié à Rachel (Marine Foïs). Ensemble, le couple fait la connaissance de Terry (Elodie Bouchez) et Vincent (Nicolas Duvauchelle), avec qui ils vont avoir une histoire amoureuse. Assez novateur pour l’époque, le film s’attelle avec douceur à une relation échangiste inhabituelle, remplie de tendresse et d'un naturel fulgurant. L’occasion de voir Roschdy Zem en masseur sublime se rouler dans la farine, jouer au squash ou faire la cuisine. A travers la simplicité et l’évidence des relations montrées à l’écran, Antony Cordier fait ici l’éloge d’un amour peu conventionnel, incarné à merveille par un quatuor très charismatique.

Léa Seydoux et Roschdy Zem dans “Roubaix, une lumière”, d'Arnaud Desplechin (2019).

5. Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin (2019)

 

Dans le dernier film d’Arnaud Desplechin, Roschdy Zem est au sommet de sa gloire. Son rôle de commissaire intransigeant à la tête d’une enquête sur l’assassinat d’une vieille dame – histoire vraie qui avait fait les gros titres à Roubaix à l’époque –, aura valu au comédien de remporter le César du meilleur acteur cette année. Élevé au statut d’être moral suprême, Roschdy Zem est la véritable lumière du film, sensée éclairer tous les autres personnages minés par la misère sociale. Le jeu irréprochable de l’acteur réhabilite le rôle du policier qui lui a si longtemps collé à la peau, dépassant ici toutes les autres interprétations qu’il a pu faire. Aux côtés de Léa Seydoux, Sara Forestier et Antoine Reinartz, Roschdy Zem brille tout particulièrement, agissant comme l’agent médiateur détenteur du bien.

 

 

La Fille au bracelet (2020) de Stéphane Demoustier, actuellement en salle.

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