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Interview vérité : dans la chambre de Sofia Coppola

Cinéma

La fille de Francis Ford Coppola a depuis longtemps creusé un sillon qui n’appartient qu’à elle. Depuis Virgin Suicides en 2000, ses films, empreints de mélancolie, marqués par des personnages indécis et flottants, comptent parmi les plus élégants et intrigants du cinéma mondial. À l'occasion de son nouveau thriller  “Les Proies’ présenté au Festival de Cannes 2017 avec Nicole Kidman et Colin Farrell, Numéro revient sur sa rencontre avec la réalisatrice établie. 

Numéro : À quoi ressemble votre univers culturel aujourd’hui ?

Sofia Coppola : Le cinéma reste très important pour moi, mais je ne vois pas tous les films que je voudrais voir. Je suis un peu paresseuse. Vivant à New York, j’aime aller voir des expositions. Disons que je flotte entre le monde de l’art, la mode et le cinéma. Je ne voudrais pas appartenir à un groupe, je préfère conserver mon indépendance. Je suis souvent attirée par ce que je ne connais pas. C’est pourquoi l’art m’intrigue. Je n’ai jamais tourné de vidéo pour une galerie, mais j’aimerais bien le faire.

 

Quels sont vos réalisateurs préférés ?

La Nouvelle Vague française des années 60 reste le meilleur cinéma. Ces films ont eu un impact important sur la formation de mon style. Aujourd’hui, j’admire Jane Campion, dont j’ai très envie de voir la nouvelle série, Top of the Lake. J’aime aussi les films de Gus Van Sant, leur atmosphère.

 

À part quelques exceptions, il est pourtant difficile de s’enthousiasmer pour le cinéma contemporain.

[Rires.] Je vois ce qui peut vous pousser à dire ce genre de choses. Le business du cinéma me paraît très conservateur. Il est devenu plus compliqué de faire aboutir des projets atypiques, et la qualité des films en pâtit forcément. Personnellement, je ne m’adresse pas aux grands studios. Mais je suis parfois confrontée à certaines difficultés. Les risques pris sont beaucoup plus calculés aujourd’hui. À cause de cette situation, beaucoup cultivent une certaine nostalgie des années 70, la dernière période d’intense créativité dans le cinéma américain. J'essaie simplement de tracer ma route. En maintenant mes budgets à des hauteurs raisonnables, j’y parviens. Mais je ne veux surtout pas me plaindre du commerce cinématographique. Vous, vous avez le droit !

 

“Je flotte entre le monde de l’art, la mode et le cinéma. Je ne voudrais pas appartenir à un groupe, je préfère conserver mon indépendance.”

Quelle est votre méthode pour préparer un nouveau film ?

En général, je prends de bonnes vacances. Et puis je commence à travailler sur plusieurs projets, jusqu’à ce que l’un d’eux s’impose à moi. J’écris seule. Avant je bossais surtout la nuit, mais maintenant que j’ai des enfants, je dois m’imposer un autre rythme. Je me force à aller au bureau. L’écriture me prend environ un an et c’est toujours le moment le plus difficile. Je remplis des tableaux avec des références visuelles, des idées de plans. Mes collaborateurs ont alors une idée plus précise de ce que je veux.

 

 

“La Nouvelle Vague française des années 60 reste le meilleur cinéma. Ces films ont eu un impact important sur la formation de mon style.”

 

 

La musique semble importante dans votre processus créatif.

Très importante. Non seulement il y a beaucoup de musique dans mes films, mais j’en écoute en écrivant, pour stimuler mon imagination. Les acteurs apprécient que l’atmosphère du tournage se rapproche de la réalité des scènes qu’ils ont à jouer.

 

Hollywood fait-il partie de votre vie ? 

Pas vraiment, en réalité. Je n’habite pas à Los Angeles, je n’apparais dans aucune émission de téléréalité. Je fréquente certaines personnes du cinéma, mais, finalement, c’est un monde très différent.

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