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Numéro
03 Sophie Marceau La Boum Une femme de notre temps Cinémathèque

Sophie Marceau en 5 rôles marquants, de "La Boum" à "Tout s'est bien passé"

Cinéma

Dans le captivant Une femme de notre temps de Jean-Paul Civeyrac, en salle le 5 octobre, Sophie Marceau incarne une commissaire et romancière vengeresse magnétique. En même temps, l'actrice âgée de 55 ans fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque, à Paris. Jusqu’au 13 octobre, de nombreux films cultes de celle qui fut l'ado fétiche de l’Hexagone grâce à La Boum (1980) seront projetés. L’occasion de revenir sur les meilleurs rôles d’une artiste familière et attachante, qui a su prendre des risques pour mieux durer dans une industrie pas toujours tendre avec les femmes de plus de 40 ans.

La bande-annonce de "La Boum" (1980) de Claude Pinoteau

1. Une adolescente rebelle dans "La Boum" (1980) de Claude Pinoteau

 

Pour de nombreux Français, Sophie Marceau restera pour l’éternité Vic (le diminutif de Victoire), cette jeune fille de 13 ans romantique, mutine et rebelle inscrite à l’établissement Henri IV, situé dans le Quartier Latin (à Paris), qui veut absolument se rendre à une boum, tombe amoureuse et affronte de plein fouet les tourments de l’adolescence ainsi que le divorce de ses parents. Dans La Boum (1980), film culte dans lequel toute une génération s’est reconnue, l’actrice en herbe, qui a alors 14 ans, dégage une fraîcheur insolente, une spontanéité désarmante et un charisme impressionnant. Face à sa justesse, on comprend aisément pourquoi le réalisateur Claude Pinoteau et sa directrice de casting Françoise Menidrey, ont choisi cette jeune fille parmi les milliers auditionnées (dont Emmanuelle Béart et Sandrine Bonnaire), malgré son manque total d'expérience.

 

Sophie Marceau ne vient pas d'une famille ayant des liens avec le cinéma. C'est la fille d'un routier et d'une vendeuse dans un grand magasin. Et elle n'a pris aucun cours de comédie. Pourtant, dans La Boum, elle ne joue pas Vic. Elle est Vic. Et le public ne s'y trompe pas. Le long-métrage aux allures de doudou pour la génération pré-internet érigera du jour au lendemain l'actrice en star, harcelée jusqu'en bas de chez elle, ce qui obligera ses parents à déménager de leur HLM de Gentilly (Val-de-Marne). Le côté à la fois sauvage et innocent de l'icône du cinéma français en une héroïne de teen movies parfaite, qu'elle incarne la fille, comme dans La Boum 2 (1982) - qui lui vaut un César - et L'Étudiante (1988) ou la mère (dans LOL en 2009).

La bande-annonce de "Police" (1985) de Maurice Pialat

2. Une délinquante paumée dans "Police" (1985) de Maurice Pialat

 

À bien des égards, le film Police (1985) de Maurice Pialat, dont le scénario a été écrit par Catherine Breillat après une enquête dans les milieux du trafic de drogue à Belleville, à Paris, est très dérangeant. Le tournage du polar se déroula sous haute tension, entre une extrême pression exercée sur les épaules de la jeune Sophie Marceau par le réalisateur, la déstabilisant constamment et la poussant aux larmes, et les véritables gifles qui auraient été prodiguée à l’actrice par Gérard Depardieu, selon la star.

 

Au-delà de ce traitement détestable, il y a le talent l’actrice, bouleversante dans le rôle d'une jeune délinquante désaxée. Sophie Marceau incarne avec beaucoup d'émotions Noria, l’ex-petite amie d'un trafiquant de drogue qui entame une relation amoureuse complexe avec un flic brutal et misogyne (Gérard Depardieu). Dans ce film de truands très noir, qui a remporté un grand succès en salle à sa sortie, elle est la lueur qui empêche le spectateur de sombrer dans le pessimisme.

Sophie Marceau dans "Le Monde ne suffit pas" (1999) de Michael Apted. Photo par Keith Hamshere/Getty Images Sophie Marceau dans "Le Monde ne suffit pas" (1999) de Michael Apted. Photo par Keith Hamshere/Getty Images
Sophie Marceau dans "Le Monde ne suffit pas" (1999) de Michael Apted. Photo par Keith Hamshere/Getty Images

3. Une James Bond girl machiavélique dans "Le monde ne suffit pas" (1999) de Michael Apted 

 

Sophie Marceau fait partie du club prestigieux des James Bond girls françaises aux côtés de Carole Bouquet, Eva Green ou encore Léa Seydoux. Dans Le Monde ne suffit pas (1999), elle est Elektra King, fille d’un grand magnat du pétrole assassiné et fausse victime magnétique, qui séduit l’agent secret (incarné par Pierce Brosnan) avant de révéler son vrai visage, bien plus cruel et manipulateur que l’image tendre renvoyée par l’enfant chérie du cinéma français.

 

Avec cette prestation glamour, machiavélique et convaincante, Sophie Marceau fait grimper sa côte de popularité aux États-Unis, un pays qu’elle a déjà séduit avec le long-métrage Braveheart en 1995 aux côtés de Mel Gibson. Elle montre également qu'elle excelle dans le rôle de la femme fatale à l'aura sombre et pas seulement dans les prestations pétillantes et solaires dans des comédies populaires (Tu veux ou tu veux pas) ou des incarnations d'héroïnes en costume (Marquise, Chouans!, Anna Karénine).

Sophie Marceau dans "La Fidélité" d'Andrzej Żuławski (2000) Sophie Marceau dans "La Fidélité" d'Andrzej Żuławski (2000)
Sophie Marceau dans "La Fidélité" d'Andrzej Żuławski (2000)

4. Une photographe soumise aux tentations dans "La Fidélité" d'Andrzej Żuławski (2000)

 

En 1985, Sophie Marceau cassait son image de jeune fille sage et familière en jouant le rôle d’une prostituée dans L’Amour braque - une adaptation libre de L’Idiot de Dostoïevski - réalisée par son compagnon, le Polonais Andrzej Żuławski (avec lequel l'héroïne de La Boum aura un fils). C’est le début d’une longue prise de risques pour l’actrice, qui tournera dans plusieurs films d’auteur, notamment Par-delà les nuages (1996) de Michelangelo Antonioni et Wim Wenders.

 

En 2000, Sophie Marceau est de nouveau dirigée par son mari, Andrzej Żuławski, dans l'excessif, osé et souvent prétentieux La Fidélité, adaptation moderne et très personnelle de La Princesse de Clèves. Elle y incarne avec intensité la troublante Clélia, une photographe qui navigue dans le milieu des journaux à scandale et se voit confrontée aux tentations sexuelles adultères. Aux côtés du charismatique Pascal Greggory et du jeune Guillaume Canet, l'artiste - sensuelle, romantique et passionnée - livre là l'une des meilleures performances de sa carrière. Même si le long-métrage a mal vieilli.

Sophie Marceau dans "Tout s'est bien passé" (2021) de François Ozon
Sophie Marceau dans "Tout s'est bien passé" (2021) de François Ozon
Sophie Marceau dans "Tout s'est bien passé" (2021) de François Ozon

5. Une femme aidant son père à quitter ce monde dans "Tout s'est bien passé" (2021) de François Ozon

 

Le sujet est des plus tabous, puisqu’il s’agit du droit de mourir dans la dignité exigé par un grand nombre de malades, qui fait l’objet d’un véritable débat en France tout en étant possible en Suisse. Mais grâce à un trio d’acteurs exceptionnels (Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas), Tout s'est bien passé de François Ozon échappe au pathos pur et aux leçons de morale. 

 

Sophie Marceau, qui tient là le meilleur rôle de sa carrière, est d’une sensibilité et d’une justesse folles en romancière qui doit aider son père (magnifique et fantasque André Dussollier) à mourir, après un AVC. Courageuse, elle lutte tout au long du film entre l'acceptation douloureuse du choix paternel et l'envie de lui faire changer d'avis. Un dilemne subtilement raconté dans lequel beaucoup d'aidants se sont reconnus.

 

Une femme de notre temps (2022) de Jean-Paul Civeyrac, en salle le 5 octobre. Rétrospective Sophie Marceau à la Cinémathèque (Paris), jusqu’au 13 octobre.