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Numéro
03 The Batman

Que vaut le nouveau The Batman avec Robert Pattinson ?

Cinéma

Plus sombre que toutes les autres versions du film de super-héros, The Batman est un polar très noir, grunge et politique illuminé par le charisme de Robert Pattinson. Mais cela justifie-t-il que l’on passe presque trois heures dans l’obscurité ?

La vidéo de "The Batman" (2022) de Matt Reeves

Un film de super-héros doit-il constituer une échappatoire aux affres du monde ou refléter ce que l’on vit ? Les nouvelles aventures de Bruce Wayne au cœur des ténèbres de Gotham City ont choisi la deuxième option. Le réalisateur Matt Reeves (Cloverfield, La Planète des Singes : Suprématie) a en effet décidé de plonger le spectateur dans un contexte très politisé, sur fond d’élections. On retrouve le justicier solitaire épris de vengeance, Batman (Robert Pattinson) semant la peur chez les criminels et s’alliant à un lieutenant pour retrouver un terrifiant serial killer. Ce dernier, interprété par un Paul Dano au sommet de son art, s’est donné pour mission d’assassiner les puissants de la ville. Il veut en effet purger la société de la corruption émanant de fonctionnaires et de personnalités appâtées par l’argent et le vice. Un combat contre les élites qui donne à The Batman des relents sociaux de film "pamphlet" où les abus de pouvoir et les mensonges sont punis par des actes d’une violence inouïe.

 

Parmi les figures sinistres de la pègre dépeintes par ce blockbuster monumental, on croise Carmine Falcone (John Turturro) et Oswald Cobblepot alias le Pingouin (Colin Farrell). Mais ce Pingouin pourrait très bien être un tout autre personnage qu'un méchant issu de la saga de l'homme-chauve-souris. Car si on retrouve la Batmobile et le costume de chevalier noir, The Batman ressemble plus à un polar métaphysique très noir ou à un film de serial killer façon Zodiac (2007) qu’à un blokbuster de super-héros. Il est certes question de sauver un monde qui tombe en ruine, mais des thèmes - philosophiques - chers aux œuvres d’auteur sont sans cesse mis en lumière. Matt Reeves nous donne à réfléchir au pouvoir du masque (qui permet d’être en fait soi-même), à la justice (et aux justices), au sens de la vengeance, aux rapports de domination, au désespoir, à la corruption, au suicide, à l’amour (qui implique des choix difficiles) ou encore au deuil. 

Zoë Kravitz dans The Batman Zoë Kravitz dans The Batman
Zoë Kravitz dans The Batman

Dans ce marasme psychologique de près de trois heures, Robert Pattinson crève l’écran. Magnétique, romantique et profond, l’acteur fait de la chauve-souris un justicier qui tient plus de la rock star grunge, dans l’introspection, intranquille, criblée de doutes et déprimée que du super-héros. Inspiré par Kurt Cobain (on entend plusieurs fois les notes de Nirvana dans le film-fleuve), le garçon maquillé comme Robert Smith de The Cure fait aussi beaucoup penser au personnage central de The Crow, autre oiseau de malheur(s). Batman devient ainsi une sorte de vampire ou de fantôme qui questionne sur le bien ou le mal à la manière du Joker interprété avec une folie géniale par Joaquin Phoenix. Malgré ses bonnes intentions, il porte en lui une bonne dose d’idées noires et de pulsions autodestructrices qui le rendent bien plus attachant que les précédentes versions de Batman (jouées par Michael Keaton, Val Kilmer ou encore George Clooney). Se questionnant sur son système de valeurs ainsi que sur la moralité de sa famille, il donne un visage sublime à tous les révoltés du monde. Tout comme celle que le héros aime, Selina Kyle alias Catwoman (formidable Zoë Kravitz), vengeresse punk et féline qui donne aux concepts d’indépendance et de rébellion une beauté qui nous hante longtemps après le visionnage de la fresque crépusculaire envoûtante. 

 

The Batman (2022) de Matt Reeves, actuellement en salle.