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20 Mars

Xavier Dolan, petit génie ou tête à claques ?

 

Reçu de manière peu aimable lors du dernier Festival de Toronto, Ma vie avec John F. Donovan mérite d’être vu la tête froide. Retour sur notre rencontre avec Xavier Dolan, le réalisateur québécois qui divise.

Par David Manero, et Olivier Joyard

En 2016, Juste la fin du monde de Xavier Dolan était sans conteste l’un des événements de la rentrée cinématographique. Révélé en 2009, et à l’âge de 20 ans, avec J’ai tué ma mère, l’auteur-réalisateur canadien a transformé l’essai avec Les Amours imaginaires, avant de faire l’unanimité critique avec Laurence Anyways, puis Mommy qui remporta le prix du Jury du Festival de Cannes en 2014. Mais son long-métrage, auquel le jury cannois avait décerné son Grand Prix, était surtout attendu par les fans de ses interprètes : Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Nathalie Baye.

 

Adapté de la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde raconte l’histoire d’un jeune homme malade du sida – joué par Gaspard Ulliel – qui retourne dans son village natal pour annoncer sa mort prochaine à sa famille. La presse n’a pas été tendre à Cannes et, à de rares exceptions, a démoli le film. Le quotidien Libération, sous la plume de Julien Gester et Didier Péron, a notamment déclaré qu’il s’agissait d’une œuvre “entre mauvais théâtre et clip outrancier”, avant de stigmatiser la “vanité” de sa “démonstration de force permanente”. Certes, la frontière est ténue entre le lyrisme et le pompiérisme, et n’est pas le Minnelli de Comme un torrent ou le Cassavetes de Love Streams qui veut. “Le fait est que j’ai toujours, depuis le premier film, lu les critiques, cinglantes, violentes, dures pour l’ego. J’ai toujours cherché à trouver dans ces écrits un apprentissage, un message”, confie le réalisateur qui répond à nos questions entre deux prises de Ma vie avec John F. Donovan. “Certaines critiques sont pertinentes, dit-il, et malgré leur crudité, comportent des idées très claires, des analyses très inspirantes de ce que les gens voient. La critique, le public, quand ils s’expriment, disent ce qu’ils ont vu de ce que nous avons, en premier lieu, vu pour eux. Un film incompris de tous est très rare, je crois. Donc, quand les gens disent noir, et que je dis blanc, quand ils disent long, et que je pensais lent, je sais qu’il y a place à amélioration, à réflexion. Moi, ce qui m’importe, c’est de sentir que je deviens, de film en film, un meilleur réalisateur, et un meilleur humain.” 

 

Son nouveau film, Ma vie avec John F. Donovan est actuellement en salle. Et l’éternel golden boy du cinéma mondial finira bien par ne plus être le jeune premier dont tout le monde guette le faux pas. Xavier Dolan a 30 ans le 20 mars et cela lui va bien. Son nouveau film avait commencé par défrayer la chronique après le choix – incroyablement libre – de la part du réalisateur de couper au montage le personnage incarné par Jessica Chastain. Le film suit la relation épistolaire – réelle, imaginaire ? – entre un comédien et un jeune fan auquel il a répondu. L’occasion pour Dolan de retrouver ses thèmes familiers (l’affection perturbée, la famille, les mensonges) dans la première tentative de sa carrière de tourner intégralement en anglais. Au casting on retrouve Kit Harington (Game of Thrones), Natalie Portman et le jeune Jacob Tremblay. Reçu de manière peu aimable lors du dernier Festival de Toronto, Ma vie avec John F. Donovan mérite d’être vu la tête froide.

 

 

“Ma Vie Avec John F. Donovan” de Xavier Dolan - Bande-annonce

Bien qu’il n’ait jamais semblé en manquer, Xavier Dolan a gagné en confiance et en humour. Il confie, par exemple, qu’il ne revêt aucun sous-vêtement sous son short de jogging gris. Son dernier long-métrage parle “de la crise de genre, de diversité et d’identité qui sévit à Hollywood depuis toujours, et encore aujourd’hui. On parle des minorités LGBT et ethniques, et les mots ‘Blanc’, ‘hétéronormatif’ sont tout à fait en vogue, mais vraiment, les studios changeront-ils leurs standards et leurs infrastructures pour célébrer la diversité alors que leur public le plus fidèle n’en veut pas sur ses écrans ? John F. Donovan aborde la complexité d’être une célébrité ou, plus précisément, un acteur célèbre, et de pouvoir à la fois, avec intégrité, vivre sa vie et son rêve. Les deux sont-ils possibles simultanément ?

 

Le jeune homme à fleur de peau, qui revendique des racines égyptiennes, a autant besoin d’être aimé que de tout contrôler. Il écrit lui-même les dossiers de presse de ses films et se mêle aussi bien de musique, de décors et de costumes, en authentique auteur. Ce qui n’étonne pas vraiment. Fils de comédien, Xavier Dolan tourne dans des publicités et des téléfilms depuis l’âge de 4 ans, et a doublé de nombreux longs-métrages dont la série des Harry Potter, avant d’écrire le cathartique J’ai tué ma mère, produit et réalisé avec ses propres économies. S’il continue à doubler des films, c’est parce que “c’est une formation d’acteur, un laboratoire extraordinaire. Les coulisses, l’envers du décor, voir et revoir un acteur jouer une scène, remarquer ses tics, ses trouvailles, son talent, ses erreurs. Observer, étudier, pour au final rendre une interprétation humble au service d’un film dont nous ne sommes ni l’auteur, ni l’acteur, mais où nous passons comme un artiste, dans un studio sombre, avec l’humble mission de raconter une histoire à un public unilingue, le mieux possible, sans initiative indue, sans prétention et dans l’anonymat. C’est technique, mais c’est une gymnastique exigeante et passionnante. Pour moi, le doublage est une des seules façons de jouer qu’il me reste, et au fil du temps c’est devenu un repère, un lieu où je me ressource et m’exerce en paix, loin du bruit du reste du monde.” 

 

 

Ma vie avec John F. Donovan, de Xavier Dolan, actuellement au cinéma.

NuméroNews


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