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La 3e Scène de l’Opéra de Paris s’installe à Landerneau

 

Le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture accueille, au sein de l’ancien couvent des Capucins de Landerneau, les vidéos réalisées pour la plate-forme numérique de l’Opéra de Paris. Des films présentés dans une scénographie magistrale.

© Opéra national de Paris © FHEL2016

Inauguré en septembre 2015, la 3e Scène de l’Opéra de Paris introduisait une petite révolution au sein de la vénérable institution. Pour la première fois, un espace atypique et numérique (operadeparis.fr), allait accueillir la création contemporaine indépendamment des espaces palpables que sont l’Opéra Bastille et le Palais Garnier. Cette plate-forme entièrement gratuite accueillait dès son ouverture une quinzaine de vidéos originales, réalisées par Mathieu Amalric, Benjamin Millepied, Xavier Veilhan…

 

Depuis le 10 avril, ces créations digitales s’incarnent désormais physiquement dans l’ancien couvent des Capucins de Landernau, fief du Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture depuis 2012, dont les précédentes expositions (Joan Miró, Jean Dubuffet, Alberto Giacometti) avaient déjà impressionné. Michel-Édouard Leclerc, avec la complicité de Dimitri Chamblas et d’Amélie Couillaud, commissaire et commissaire associée, propose une projection de 12 des 25 vidéos existantes, transformant la 3e Scène en une expérience tangible et captivante.

Cocon enveloppant extérieur au monde, la 3e Scène à Landerneau est non seulement un théâtre, une salle de cinéma, un Opéra, mais également un salon, un espace mental, un rêve. Vaste étendue recouverte de moquette, à l’image d’une immense prairie où l’herbe est douce et moelleuse sous le pied, la scénographie imaginée par Éric Morin se déploie comme un plateau de création. Lorsqu’il s’y engouffre, le spectateur devient figurant, entité qui vacille et vibre au gré des œuvres visuelles, elles-mêmes envahissant chaque recoin de l’aire. Il y oublie tout, jusqu’à ses besoins physiques. La danse, la musique, le spectacle demeurent.

Les douze courtes histoires projetées sur les écrans qui seuls meublent le lieu, se succèdent, transportent et transmettent cette magie impénétrable qu’est l’art de la représentation. Chaque jour deux danseurs se relaient et se fondent dans cet univers à la Holy Motors et Under the Skin, surgissant de l’ombre, mirages ondulant à la manière du serpent envoûté par le son de la flûte, pour enfin disparaître, et reparaître encore. Le temps s’arrête, les sens restent tendus, de projection en projection, tout est englouti, avalé, tandis que la lumière se meut, personnage à part entière de cette immersion sensorielle. “Nous avons imaginé un endroit qui serait à la fois une place de village, un paysage, un cinéma en plein air – mais sous un toit ! –, un cinéma sans sièges, un plateau de spectacle vivant, explique Dimitri Chamblas. Comme le corps des danseurs ou des musiciens font le spectacle vivant, le corps des visiteurs sera ici en jeu pour appréhender l’exposition : assis, debout ou couché, chacun peut choisir la ou les positions qu’il souhaite pour regarder les films.

Parmi les nombreux chefs-d’œuvre présentés, Étoiles, I see you, de Wendy Morgan, qui a collaboré avec Lil Buck, danseur américain de street dance, dont la simplicité enchantée provoque l’émerveillement ; Giselle : The Walking Landscape, de David Luraschi, belle révérence à toutes les fourmis qui s’agitent silencieusement derrière les rideaux de l’Opéra ; La Grande Sortie, de la réalisatrice Alex Prager, qui imagine l’évolution de la danse d’un couple formé par les danseurs étoiles, Émilie Cozette et Karl Paquette, entre la grâce léchée et l’étrange rappelant Black Swan ; Je vous emmène, du romancier Éric Reinhardt, voyage frémissant en compagnie de Marie-Agnès Gillot ; O comme Opéra, de Loren Denis et Anthony Vibert, épopée contée par la voix ensorceleuse d’Axel Kiener ; et, enfin, C’est presque au bout du monde, de Mathieu Amalric, avec Barbara Hannigan en déesse caressante dont le murmure voluptueux électrise. “Nous lui avons présenté cette immense chanteuse soprano, explique Dimitri Chamblas, et ils sont partis en tournée ensemble à travers l’Europe. Rien n’a été tourné à Paris ! Mathieu Amalric montre ce qu’est la voix, cette chose tellement incroyable qui est au cœur de ce qui fait l’Opéra.

 

La 3e Scène de l’Opéra national de Paris,

du 10 avril au 16 mai,

Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture,

au couvent des Capucins, 29800 Landerneau.

 

Par Clara Blanca

 

© Opéra national de Paris © FHEL2016

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