Lancée en 2015 sous la direction artistique du danseur et chorégraphe Dimitri Chamblas, la 3e Scène de l'Opéra de Paris a depuis dévoilé des projets plus audacieux les uns que les autres. D'abord, un premier film : Etoiles, I see you, de Wendy Morgan, qui mettait en scène le danseur de hip-hop américain Lil Buck, dans un dialogue avec les figures historiques représentées dans les fresques et les sculptures du palais Garnier, puis un festival organisé à la Gaîté Lyrique en 2017, où étaient montrées des œuvres de grandes figures de l'art et du cinéma – telles que l'artiste Xavier Veilhan, le chorégraphe William Forsythe, ou encore la cinéaste Rebecca Zlotowski. Enfin, plus tôt cette année, on avait pu voir l'artiste japonais Hiroshi Sugimoto investir la 3e Scène avec le film Breathing, où Aurélie Dupont (directrice du ballet de l'Opéra de Paris) interprétait un solo de Martha Graham.

 

Cette fois-ci, c'est Pierre Bergé, l'homme d'affaires, mécène et compagnon d'Yves Saint Laurent (jusqu'à sa mort en 2008) qui se trouve au coeur du nouveau projet dévoilé par la 3e Scène de l'Opéra de Paris. “Cela ne me fait rien de rentrer dans l'Opéra Bastille. Rien. Rien Rien. Mais ici ça m'a fait quelque chose aujourd'hui… D'entrer dans un Opéra vide comme autrefois… C'est bizarre” : c'est avec ces mots de Pierre Bergé que s'ouvre Le Crépuscule des dieux, le documentaire de Gordon et Béziat qui lui est consacré. Dans une juxtaposition d'images de Paris filmées la nuit en voiture, de plans de Pierre Bergé qui se confie face caméra sur son action à la tête de l'Opéra Bastille et, en fond, d'une musique de Wagner, Le Crépuscule des dieux (le dernier des quatre drames musicaux qui constituent le cylcle d'opéras L'Anneau du Nibelung), le court métrage de la 3e Scène résonne comme le testament de celui qui a présidé l'Opéra de Paris pendant 6 ans.

 

Dans un ton légèrement outrancier, parfois provocateur et parsemé d'humour, Pierre Bergé se livre aux réalisateurs : il leur raconte son amour pour la musique (“une langue que je ne parle pas mais que je comprends”), parle de sa volonté de démocratiser l'opéra et confie même n'avoir jamais fait de sport, faute de temps. En effet, il était déjà bien trop occupé à gérer les “polémiques”.

 

Le Crépuscule des dieux, de Gordon et Philippe Béziat, en ligne depuis le 20 novembre.