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Pourquoi faut-il absolument voir “Carol” de Todd Haynes avec Cate Blanchett et Rooney Mara ?

 

En salle aujourd’hui, le magnifique film de Todd Haynes, présenté à Cannes en mai 2015, met en scène une Cate Blanchett magistrale et une Rooney Mara douce et subtile. À voir absolument.

Dans l’Amérique corsetée des années 50, deux femmes tentent de vivre une romance que la société entrave. Carol, le magnifique film de Todd Haynes, a fait forte impression au Festival de Cannes. Un film lyrique, dans la lignée des plus beaux mélos du cinéma.

Mettre en présence deux corps qui s’attirent irrésistiblement, créer pour eux un cocon d’images, les maintenir dans cet éden le plus longtemps possible : le cinéma est parfois d’une radicale et déchirante simplicité. Tel est le pari de Carol, sixième film de Todd Haynes – auteur notamment de Velvet Goldmine (1998) et de Loin du paradis (2002) –, qui a secoué le Festival de Cannes avec la plus belle romance vue sur grand écran depuis des années. Une histoire d’amour et de contraintes sociales qui balaye l’Amérique des années 50, adaptée d’un roman de Patricia Highsmith publié en 1952 sous le nom d’emprunt Claire Morgan. Une ode au lyrisme, dans la vie et sur l’écran, qui se démarque quand le cinéma d’aujourd’hui n’aime rien tant que les effets de réalisme et de “vérité”. Ici, le discours est cru mais la mise en scène s’étire, vaporeuse comme un songe.

 

Au centre du récit, deux femmes : Carol, une bourgeoise un peu lasse (Cate Blanchett, oscarisable) et Therese, jeune vendeuse de grand magasin, pas encore totalement en phase avec son désir quand le film commence (Rooney Mara, plus douce que d’habitude). Elles se rencontrent et tentent de s’aimer malgré leur différence d’âge, de statut, malgré tout le reste… Autour d’elles gravitent un mari jaloux (grandiose Kyle Chandler, héros de Friday Night Lights) et un ordre social qui refuse de voir les lesbiennes. Alors, comme dans les vrais mélodrames, l’enjeu se situe entre leur monde à elles et celui des autres. Comment adoucir le clash irrémédiable entre l’intérieur et l’extérieur ? Tout ce que Todd Haynes filme, de la rencontre entre Carol et Therese à leur première étreinte, de leurs dîners secrets à leurs regards fiévreux, tente de répondre délicatement à ces questions. De manière presque imparable, chaque plan se pare du voile de la mélancolie. Comme si tout était déjà terminé à peine commencé. Comme si la catastrophe rongeait le plaisir au moment même où il naît. Comme si le présent devenait, instantanément, un souvenir inaccessible. Cet élan proustien, le cinéma l’a déjà connu au début des années 2000 avec In the Mood for Love. Si Carol n’atteint pas la profondeur mythique du chef-d’œuvre de Wong Kar-wai – son récit est plus linéaire, notamment – il s’en approche voluptueusement et marque les esprits.

 

 

La caméra d’Ed Lachman (génial chef opérateur vu également chez Larry Clark) glisse sur les peaux, les étoffes, les décors scintillants, mais ne succombe pas pour autant à la tentation décorative. Même s’il est aisé de confondre les deux, Todd Haynes est un esthète mais certainement pas un simple enlumineur. Ses visions se chargent de sens, coulées dans l’or d’une mise en scène précise et sensible, vouée à l’intimité. Qui d’autre que lui sait aujourd’hui capter le moment où un corps se tend de douleur au moment d’une rupture ? Qui d’autre est capable de saisir le détail qui tue pendant une étreinte, la main qui se crispe ou au contraire se libère ? Avec les moyens immersifs du cinéma, Carol propose une odyssée sensuelle et chuchotée, bien loin du lesbian chic. Le précédent mélo vintage du cinéaste, Loin du paradis, évoquait déjà un amour impossible (entre un jardinier noir et une femme blanche bourgeoise) dans une Amérique figée en Technicolor. On pourrait reprocher à Haynes de se réfugier dans la critique du passé, de ne pas regarder son époque. Pourtant, malgré les apparences, il la regarde. On peut même dire qu’il fixe ses intolérances dans les yeux. En guise de résistance, il s’acharne à créer de la beauté.

 

 

 

Carol de Todd Haynes. En salle actuellement.

 

Par Olivier Joyard.

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