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Pourquoi “Steve Jobs” de Danny Boyle est-il le grand film sur le fondateur d’Apple que l’on attendait?

 

Un scénario magistral d’Aaron Sorkin (À la Maison Blanche, “The Social Network”), des interprétations brillantes de Michael Fassbender, Seth Rogen et Kate Winslet, un réalisateur multi-récompensé (“Slumdog Millionaire”)... “Steve Jobs” dévoile ses atouts.

Dans Steve Jobs, les guerres d’ego éclatent en affrontements rhétoriques mettant aux prises l’iconique fondateur d’Apple, interprété par Michael Fassbender, et ses proches collaborateurs.

Écrit par le brillant scénariste hollywoodien Aaron Sorkin, le film Steve Jobs, de Danny Boyle, dresse un puissant portrait de l’iconique fondateur d’Apple en le saisissant à travers trois moments clés, juste avant les grands meetings de lancement de produit qui ont marqué son épopée.

Il y a quelque chose de vertigineux à imaginer l’emprise de Steve Jobs, le cofondateur d’Apple, sur nos vies. Mort en 2011, l’homme qui a révolutionné l’ordinateur personnel a réussi à infiltrer le quotidien de centaines de millions d’êtres humains consentants. Personne ou presque ne lui en veut. Le portrait d’un tel phénomène méritait mieux qu’un biopic respectant les lois éculées du genre. En effet, qui se souvient encore de Jobs, de Joshua Michael Stern, sorti en 2013 ? Et c’est ce qu’a absolument voulu éviter l’étonnant Steve Jobs de Danny Boyle, réalisé à partir d’une biographie reconnue signée du journaliste Walter Isaacson. Ce film évite soigneusement le récit classique d’un rise and fall où l’ascension précède immanquablement la chute, et préfère une narration circulaire. Son parti pris consiste à ne saisir l’histoire de Steve Jobs qu’à travers trois moments isolés dans le temps, d’une intensité absolue. Chacun se situe durant l’heure précédant une conférence de lancement de produit. La première, en 1984, pour présenter l’appareil Macintosh. La deuxième, en 1988, quand l’iconique fondateur a quitté Apple et imaginé de manière indépendante l’ordinateur NeXT. La dernière, enfin, en 1998, lors du lancement du très coloré iMac.

Cette structure théâtrale pourrait peser. Elle se révèle au contraire euphorisante grâce au scénariste du film, Aaron Sorkin. Auteur de l’extraordinaire série politique À la Maison Blanche, il a aussi écrit les aventures de Mark Zuckerberg dans The Social Network, le film de David Fincher. Son style est reconnaissable entre mille. Sorkin sature l’espace de mots, pour faire jaillir l’intelligence de ses personnages. Dans Steve Jobs, les guerres d’ego éclatent ainsi en affrontements rhétoriques mettant aux prises l’iconique fondateur d’Apple (interprété par Michael Fassbender) et ses proches collaborateurs comme Steve Wozniak (Seth Rogen) cofondateur d’Apple, sa directrice du marketing et confidente Joanna Hoffman (Kate Winslet) ou encore John Sculley (Jeff Daniels), patron de l’entreprise à l’époque. À cela s’ajoute la relation complexe de Jobs avec sa fille, née au début des années 80 et
qu’il ne veut pas reconnaître. La figure d’un homme de pouvoir hargneux et manquant d’empathie se dessine, au gré des exigences folles de Jobs, de ses jugements hâtifs, de ses ambitions mégalos. Quand l’homme au col roulé s’entend dire qu’être génial ne justifie pas le fait de se comporter comme un sale type, le film touche à son véritable sujet, qui structure l’ensemble de l’œuvre d’Aaron Sorkin : comment une masculinité dominante, évoluant dans les sphères du pouvoir, doit être à la fois admirée et remise à sa place.

Le scénariste façonne ici son autoportrait. Car cet auteur hollywoodien majeur était autrefois connu pour ses frasques (drogue notamment). Control freak extrême, il refusait toute aide extérieure, même lorsqu’il croulait sous le travail et s’était engagé à écrire une vingtaine d’épisodes de série par an. Mais, malgré cet enjeu intime en filigrane, jamais le sujet Jobs n’est écarté du viseur, et le spectacle des mots passionne. Réalisateur sans véritable style, Danny Boyle convient parfaitement à cet exercice qui consiste à suivre le rythme des phrases, à leur donner une enveloppe charnelle. Devant sa caméra se dresse finalement un homme que l’on ne connaissait pas, dont l’incapacité à ne pas dire aux autres la vérité, sa vérité, finit par devenir touchante. “J’ai voulu faire un film d’action avec des paroles”, a expliqué Danny Boyle. C’est réussi.

 

 

Steve Jobs de Danny Boyle. Sortie le 3 février.

 

Par Olivier Joyard.

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