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18 Françoise Hardy, une musicienne timide disséquée sur Arte

Françoise Hardy, une musicienne timide disséquée sur Arte

Musique

Atteinte d’un cancer du pharynx depuis plusieures années, Françoise Hardy, désormais sourde d'une oreille, ne pourra plus jamais chanter. Musicienne à la renommée internationale adoubée par Michel Bergé et Serge Gainsbourg, icône de mode et figure culturelle incontournable des années 1960, Françoise Hardy est aussi emprunte d'une grande timidité méconnue, qui lui a valu le surnom de “la discrète”, donné affectueusement par Jean Gabin. À travers un documentaire de 54 minutes, Arte revient sur le parcours brillant d’une artiste solitaire, mais résolument en avance sur son temps.

Françoise Hardy et Jean-Marie Périer en avril 1965 à l'aéroport de Paris. © AFP Françoise Hardy et Jean-Marie Périer en avril 1965 à l'aéroport de Paris. © AFP
Françoise Hardy et Jean-Marie Périer en avril 1965 à l'aéroport de Paris. © AFP

Françoise Hardy rêvait déjà, à l’aube de sa carrière, de vendre suffisamment de disques pour ne plus avoir à se produire devant un public. Solitaire et réservée, ne sachant pas “quoi faire de son corps”, la chanteuse est si mal à l'aise sur scène qu'elle souffre parfois de trous de mémoire en pleine représentation. “Ah là, elle sourit, c’est parce qu’elle vient de sortir de scène, là je peux vous dire qu’elle est super contente” se remémore Jean-Marie Périer, photographe et premier amour de Françoise Hardy, en contemplant un cliché de la chanteuse hilare. Pendant que le photographe mondain s’enivre de la fièvre du samedi soir, sa belle préfère s’isoler dans la salle de bain, assise sur le rebord de la baignoire, avec sa guitare pour seule compagnie. Pourtant, cette mélancolie qui l’empêche de goûter au plaisir de la scène, c’est celle-la même qui l’a propulsée au sommet de sa notoriété. Car lorsque Françoise Hardy reste “plantée gauchement derrière un micro”, presque immobile et pétrifiée par le trac, “il est impossible de détacher son regard de cette silhouette magnétique et charmante” souligne avec tendresse le photographe.

 

Son corps androgyne, à l’époque où les formes généreuses sont encore un canon de beauté universel, contraste avec les icônes américaines rondes et peroxydées comme Marilyn Monroe. “Des grands machins tout maigres, à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup”, plaisante Françoise Hardy, interrogée face caméra. “En fait, ça a commencé à apparaître en même temps que moi”. Son humilité, qu'elle conserve après une carrière internationale marquée par des collaborations légendaires – avec Michel Bergé et Serge Gainsbourg en passant par Jacques Dutronc, son ex-mari, – l’empêche sans doute de dire “à cause de moi”, et pourtant, sa stature de mannequin et son style élégant et sobre, trahissant toujours un besoin de ne pas se faire remarquer, en fait rapidement une icône de mode. Résolument moderne, elle pose les jalons d’un style qui perdure encore aujourd’hui ; se servant d’abord de la mode comme un moyen de s’affirmer, elle finit par se prêter au jeu, comme la fois où Paco Rabanne l’habille d’une robe en maille d’acier étincelant de 38kg, qu’elle porta sur scène comme une armure, en 1968. Dans des images d’archives, le créateur se souvient : “Elle n’a pas réussi à bouger, bloquée par le poids de la robe”.

 

Articulé autour de la volonté d’éclairer la vie de Françoise Hardy, star internationale de la musique, à la lumière d’une timidité qui a conditionné toute sa vie et sa carrière, Arte livre un reportage sensible, entre images d'archives et interviews de la chanteuse elle-même, de ses proches et collaborateurs. Une rétrospective attendrissante sur une icône française intemporelle, à (re)découvrir sur sa plateforme de streaming et sur sa chaîne Youtube, jusqu’au 6 mai.

"Françoise Hardy - la discrète" (2016)

“Françoise Hardy, la discrète”, réalisé par Matthieu Jaubert et Emilie Valentin, disponible jusqu’au 6 mai 2021.