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La danse de Jérôme Bel, entre générosité et pertinence

 

Avec générosité et pertinence, la danse de Jérôme Bel questionne les conventions de sa discipline. Rencontre avec le chorégraphe qui vient de présenter dans le cadre du Festival d’automne un nouveau spectacle, “Gala”.

Numéro : Pourquoi avoir choisi de faire danser dans votre récent spectacle des amateurs, des handicapés mentaux, des personnes au corps atypique et qui sont généralement exclus des plateaux de théâtre ou de danse ?

Jérôme Bel : Justement parce ce qu’ils en sont exclus ! Je ne vois pas pourquoi le corps représenté dans la danse contemporaine comme dans le ballet classique est si standardisé. C’est scandaleux. Il y a quantité de corps différents qui dansent chacun différemment. Cela me semble une richesse.

 

La notion de virtuosité généralement associée à la danse est-elle une limite créative ? Y a-t-il une beauté dans la maladresse ?

Pour moi, la beauté n’est pas un concept opérant. La beauté est relative, elle dépend de votre culture, de votre éducation, etc. Ce qui m’intéresse, c’est le sens. Qu’est-ce que tel corps révèle ? Avec la danse, il me semble qu’il peut exprimer des choses qu’il ne peut pas exprimer ailleurs. La maladresse est signifiante, la maladresse est éloquente, elle réinterroge la danse et ses angles morts : les clichés, les habitudes, l’académisme, l’idéal de perfection… La virtuosité est un poids pour la danse, la virtuosité produit l’académisme, fossilise les mouvements et restreint les possibilités discursives de la danse.

 

Quelle est l’idée directrice de Gala, la pièce que vous avez présentée au Festival d’automne ?

Gala avait pour but de faire danser de manière égalitaire les personnes les plus diverses possible.

 

À travers des spectacles tels que Véronique Doisneau ou Cédric Andrieux, vous avez revisité le solo de danseur en le mêlant presque à un stand-up. Écrire de nouvelles formes, inventer des formats inclassables est-il un moteur pour vous ?

Je réfléchis à la danse, je réfléchis à ses limites, et j’essaie de trouver des choses qui n’ont pas été dites ou montrées. Je suis un chercheur, j’essaie de voir comment cette pratique me permet de comprendre le monde, la société. La danse est une sorte de laboratoire, de modèle qui me permet de spéculer sur certains mécanismes à plus grande échelle.

 

Le comique est un élément récurrent de votre théâtre dansé. Est-ce une façon de briser la solennité du théâtre ? D’établir un contact avec le public et de le faire réfléchir sur lui-même ?

L’humour qui surgit dans les spectacles provient de la subversion des actions produites sur scène. Je crois que ce qui fait rire vient de la surprise, du fait que les gens qui agissent sur scène sont libres d’être eux-mêmes, ce qui n’est pas le cas au sein de la vie sociale habituelle : cela est “choquant”, donc risible, et c’est tant mieux. J’ai toujours pensé que le théâtre était l’endroit le plus libre de la société, c’est pour cela que j’ai choisi d’y travailler.

 

 

Propos recueillis par Delphine Roche

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