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Rencontre avec James Ellroy, l’auteur culte de “L.A. Confidential”

 

L’écrivain James Ellroy, roman après roman, continue de détricoter l’histoire des États-Unis et d’y faire évoluer ses propres fantômes. Obsédé par les années 50 et marqué à vie par l’histoire de sa famille…

L’écrivain James Ellroy, roman après roman, mot après mot, continue de détricoter l’histoire des États-Unis et d’y faire évoluer ses propres fantômes. Obsédé par les années 50 et marqué à vie par l’histoire de sa famille – le meurtre de sa mère lorsqu’il avait 10 ans, un crime toujours non élucidé –, Ellroy s’ingénie à mêler tous les éléments du roman noir à l’histoire de Los Angeles, sa ville. Du Quatuor de Los Angeles, série qui s’ouvrait avec Le Dahlia Noir, à la trilogie Underworld USA, l’auteur nous a baladés dans toutes les arrière-cours de la mégalopole, entre 1948, l’année de sa naissance, et 1972. 
Nous le rencontrons chez Victor’s Square, non loin de Sunset Boulevard, un vieux restaurant sans prétention où l’écrivain a ses habitudes. Au mur, des photos de la ville en noir et blanc, et une vue imprenable sur le parking. Ellroy glisse sa grande silhouette sur une banquette en Skaï et nous parle de ce qu’il aime le plus : écrire.

 

 

 

Numéro : On croise fréquemment des stars dans vos livres, Liz Taylor, Burt Lancaster…

James Ellroy : J’en ai rencontré certaines. Elles font partie de mon vécu parce que j’ai grandi ici. Mon père gagnait sa vie grâce à l’industrie du cinéma [il fut notamment conseiller financier de Rita Hayworth selon Ellroy] et, gamin, je lisais le magazine Confidential. Confidential était une feuille de chou de la presse à scandale, qui a connu sa période de gloire entre 1953 et 1957. Ce magazine s’était fait une spécialité de publier des ragots sur les stars de Hollywood, les politiques et les mondains, en relatant notamment leurs aventures sexuelles. Pour obtenir ses infos, le journaliste avait évidemment pour habitude de graisser la patte de tout le monde : les porteurs d’hôtel, les serveurs, les prostituées, les livreurs de journaux, les flics… et ils lui fournissaient la matière de ses articles. J’avais 12 ans en 1960. J’adorais tout ça. C’est resté en moi.
 Je veux réécrire l’histoire américaine et celle de Los Angeles à ma manière. Je veux créer une œuvre géniale à partir de ce que j’ai vécu et divertir les gens, les exciter, les connecter à une autre époque… Je suis quelqu’un du passé. Je l’étais déjà quand j’avais 8 ans et j’ai l’intention de vivre les trente prochaines années en puisant toute ma créativité dans le passé.

 

 

Pourquoi la ville de Los Angeles vous inspire-t-elle ?

Eh bien, je suis d’ici. Si j’étais né en France, à Lyon, c’est sur cette ville que j’écrirais. Mais, par chance, mes parents m’ont mis au monde dans un endroit extraordinaire. Je n’ai pas de déclaration grandiose à faire sur Los Angeles. Plus légèrement, je dirais que LA est la ville où je reviens toujours et où mes femmes demandent le divorce. Je n’ai aucun autre endroit où aller.

 

Est-elle pour vous un personnage à part entière ?

Absolument. D’ailleurs mes personnages portent souvent un regard unique sur Los Angeles. On reconnaît la ville grâce à leurs actions et à leurs comportements.

 

Y a-t-il des endroits qui vous inspirent dans cette ville ?

Il y a de nombreux lieux que j’aime, comme cet endroit-ci [le restaurant Victor’s Square], et quelques autres restaurants. Les concessionnaires Porsche, aussi, certains hôtels, des bouts d’autoroute. J’aime le musée de la Police de Los Angeles, j’aime la mairie. LA a servi de décor pour beaucoup de films noirs : ce Los Angeles-là a largement disparu. Quand j’écris, je n’utilise pas de plan, tout est dans ma tête. J’ai vécu ici presque toute ma vie.

 

Réalisez-vous des recherches historiques ?

Le Dahlia noir se passait entre 1947 et 1949. J’ai cette époque dans le sang. Pour Perfidia, j’avais embauché une documentaliste. L’art d’écrire des romans historiques relève d’une règle simple : connaître l’essentiel et laisser courir votre imagination.

 

Votre style a-t-il changé ?

Oui, sous l’influence de la langue de Los Angeles, du parler de la rue. J’adore le langage de la diffamation, de la calomnie, que je laisse déferler dans des livres comme Extorsion. J’aime la fiction populaire, les histoires, et je m’en raconte énormément. J’ai été marié deux fois, mais j’ai passé beaucoup de temps seul. Je marche souvent de pièce en pièce en me parlant à moi-même. C’est ainsi que j’ai créé mon propre style.

 

Comment le définissez-vous ?

Comme étant génial ! Dieu m’a donné l’amour de la langue et une volonté de fer : j’en suis vraiment heureux et reconnaissant. Je suis un solitaire et un travailleur acharné. Et ça marche.

 

Est-ce que vous lisez à voix haute ?

Je l’ai toujours fait. Au fur et à mesure que j’écris, je lis mes livres à voix haute. J’écris à la main, j’utilise de l’encre et du papier. C’est un processus lent. Je ne connais aucun raccourci du monde numérique. Je lis minutieusement, c’est une des raisons pour lesquelles mes livres sont aussi musicaux et aussi parfaits, j’ose le dire.

 

En France, vous avez un large public, comment expliquez-vous ça ?

J’ai deux fois plus de lecteurs en France qu’en Amérique ! C’est grâce à l’amour des Français pour le roman noir et pour la critique littéraire. Pour écrire L’Étranger, Albert Camus a dit s’être inspiré du Facteur sonne toujours deux fois, de James M. Cain. En France, le polar a une longue histoire derrière lui.

 

 

Propos recueillis par Coralie Garandeau, photos Olivier Mirguet

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