24 Septembre

Accusé de plagiat, que risque Jeff Koons ?

 

Exposée pour la première fois il y a plus de 30 ans, la sculpture “Fait d'hiver” de Jeff Koons ne cesse de faire polémique. Accusé d'avoir plagié une campagne publicitaire de Naf Naf, le plasticien américain est convoqué au tribunal de Paris ce lundi 24 septembre.

Par Antoine Ruiz

Superstar de l'art contemporain, Jeff Koons semble trouver un malin plaisir à s'attirer les foudres des critiques, avec ses sculptures au style kitsch néo-pop, pour la plupart provocatrices. Le plasticien américain est aujourd'hui accusé d'avoir plagié une campagne publicitaire de Naf Naf avec sa sculpture Fait d'hiver – qui représente une femme et un cochon – délibérément identique au visuel d'une publicité du label de prêt-à-porter réalisée dans les années 80. Assigné en justice au tribunal de grande instance de Paris ce lundi 24 septembre, l'artiste risque de voir son œuvre confisquée et pourrait verser près de 300 000 euros de dommages et intérêts à Franck Davidovici, le directeur de la création publicitaire de Naf Naf.

 

Certains s'en souviennent encore. Une jeune femme brune, aux cheveux courts, allongée dans la neige aux côtés d'un petit cochon penché au-dessus d'elle, un tonnelet de saint-bernard autour du cou. Telle était la mise en scène de la campagne publicitaire de Naf Naf, intitulée Fait d'hiver, parue dans la presse à l'automne-hiver 1985. Trois ans plus tard, l'œuvre en porcelaine portant le même nom (issue de sa série Banality), de Jeff Koons, transpose cette imagerie en trois dimensions. Mêmes personnages, postures similaires mais quelques différences : la jeune femme n'est plus vêtue d'une doudoune, mais d'un haut en résille qui laisse apparaître ses seins, le porcelet porte un collier de fleurs, et deux pingouins rejoignent le casting. De son côté, l’artiste se justifie en insistant sur le fait qu’il s'inspire depuis longtemps déjà d'objets achetés dans le commerce ou d'images provenant de la publicité.

Présentée une première fois en 1988 dans une galerie new-yorkaise, la sculpture de Jeff Koons circule ensuite à travers le globe avant d'être exposée, fin 2014, au Centre Pompidou, dans le cadre d'une rétrospective consacrée à l'artiste américain. Lorsqu'il la découvre àcette période dans un ouvrage édité aux éditions Flammarion, Franck Davidovici mène aussitôt une première action en justice pour demander le retrait immédiat de l’œuvre exposée. Vendue environ trois millions d'euros en 2007 chez Christie's à New York, celle-ci appartient à la collection Prada. L'assignation vise ainsi, en plus de l'artiste, la société Jeff Koons LLC, le Centre Pompidou, la Fondation Prada et les éditions Flammarion, qui ont commercialisé le fameux livre où était reproduite la sculpture. L'œuvre est finalement retirée de l'exposition à la demande du prêteur.

 

Toujours dans sa série Banality, Naked, une autre sculpture de Jeff Koons, a elle aussi fait polémique l'an passé. Cette sculpture en porcelaine représentant deux enfants nus a suscité la colère du photographe français Jean-François Bauret, qui l'accusait d'être une scandaleuse contrefaçon de l'un des ses clichés. La société Jeff Koons LLC et le Centre Pompidou – où était exposée l'œuvre – avaient de nouveau été assignés en justice, et sommés de verser des dommages et intérêts aux ayants droit du photographe.

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