Portant le nom d'une forêt près de Centralia aux États-Unis, où Merce Cunningham a grandi, RainForest – créée en 1968 au Buffalo State College, l'Université d'État de New York – est une pièce imprégnée par les artistes du pop art. Interprétée par les danseurs souples, graciles et athlétiques de la compagnie Cunningham, il s'agit de l'unique spectacle du chorégraphe contemporain où chaque protagoniste ne revient pas sur le plateau après l'avoir quitté. Chacun danse comme s'il s'agissait de son dernier instant sur scène, emporté par une fièvre où couleurs, sons, costumes et corps sont en parfaite osmose.

 

Alors que la carrière de celui que l'on surnomme l'“Einstein de la danse” est à son apogée, il fait appel à Andy Warhol pour utiliser ses Silver Clouds : une installation faite de quinze ballons d'hélium argentés en forme d'oreillers. Faisant référence à la Factory, club mythique ouvert par le père du pop art à New York en 1964 dont les murs étaient recouverts de peinture argentée, cet œuvre entre en résonnance avec la danse de Merce Cunningham, majoritairement construite sur le hasard.

 

Cette fois-ci, toutefois, chaque parcelle de spectacle est extrêmement calibrée. Plus qu'une pièce, RainForest est un ensemble harmonieux : tandis que les coussins confèrent au ballet une dimension aérienne et une part de rêverie, les costumes sont faits de justaucorps et de collants couleur chair coupés au rasoir – réalisés par le peintre néo-dadaïste Jasper Johns – et invoquent davantage la bestialité des danseurs. Composée par le pianiste David Tudor, la musique est quant à elle un ensemble sonore extrait de la nature où se confondent chants d'oiseaux et bruits d'animaux.

 

RainForest / Cela nous concerne tous (2019) - CCN Ballet de Lorraine, jusqu'au 15 décembre dans le cadre du Festival d'Automne.