19 Octobre

Michel Houellebecq, photographe, poète et chanteur à la galerie Air de Paris

 

Après avoir été l’objet d’une grande rétrospective au Palais de Tokyo l’an passé, Michel Houellebecq – considéré comme l’un des plus grands auteurs français contemporains –, fait son retour dans une exposition à la Galerie Air de Paris jusqu’au 3 novembre. 

Par Marthe Rousseau

Inscriptions #028, tirage pigmentaire (2018) sur papier Baryta contrecollé sur Dibond, 49,5 x 70,5 cm, Edition de 4

Poète et romancier, on découvre Michel Houellebecq à nouveau photographe. Mais les cimaises blanches de la galerie Air de Paris accueillent également des poèmes et des chansons de l’auteur. “Nous avons existé, telle est notre légende” peut on lire sur une première photographie de traces de pas dans le sable gris prise à Wissant, dans le département du Pas-de-Calais. À côté de cette œuvre, un casque permet d’écouter le morceau Présence Humaine de l’album éponyme sorti en 2000. Tout s’entrelace. Les quatrains extraits des poèmes initiaux (La Poursuite du bonheur (1991), Le Sens du combat (1996) et Non Réconcilié (2014)) dialoguent avec les morceaux de musique (écrits à partir des poèmes) à la fois romantiques et punk avec des riffs de guitare énervés.

Inscriptions #036, tirage pigmentaire sur papier Baryta contrecollé sur Dibond, 49,5 x 70,5 cm, Edition de 4

Les gros plans fixent le fleuve rouge de Río Tinto en Espagne ou le macadam d’une rue pavée. Alors que le travail de Houellebecq est connu pour ses réflexions (sur le rapport à la nature, le temps qui passe, la mort, et le sens de l’existence), aucune de ses photos ne comporte une quelconque présence humaine. Tandis que les pensées de Houellebecq persistent, la civilisation, elle, semble avoir disparue. Seul l’Amour offre une perspective joyeuse, celle d’un chemin que rien n’arrête. Une forêt traversée par une route infinie, qui se perd dans l’horizon. Pour la contempler, le visiteur peut écouter la chanson Crépuscule et s’émerveiller devant la poésie de l’auteur :  “Nous avions des moments d’amour injustifié”. La cohérence des formes – quatrains, photos, musique – trouble, tant elle paraît limpide.

Inscriptions #038, tirage pigmentaire sur papier Baryta contrecollé sur Dibond, 49,5 x 70,5 cm, Edition de 4

Ce n’est pourtant pas la première fois que Michel Houellebecq est au cœur d’une exposition. La première, Before Landing, organisée en 2014 au Pavillon Carré de Baudoin, expose ses photographies de la France, en proie à un phénomène de désindustrialisation. Au même moment à la Galerie Binôme, l’auteur des Particules Elémentaires se fait pour la première fois critique d’art en écrivant le texte d’exposition des 500 portraits pris par Marc Lathuillière à travers la France. Comme une prophétie auto-réalisatrice, Michel Houellebecq qui s’était lui-même imaginé critique d’art dans La Carte et le Territoire (Prix Goncourt 2010) pour le compte du personnage Jed Martin, dépasse alors la fiction.

Inscriptions #032, tirage pigmentaire (2018) sur papier Baryta contrecollé sur Dibond, 49,5 x 70,5 cm, Edition de 4

En 2016, Michel Houellebecq livre son propre bulletin de santé à la Biennale d’art contemporain Manifesta. Tout est révélé : radiographies, analyses de sang et factures de l’auteur sont affichées suite à un examen complet réalisé à Zurich. Enfin, le Palais de Tokyo lui consacre la plus grande exposition en 2016 avec textes, photographies, sons et films de l’auteur dans Rester Vivant. L’auteur de Soumission – qui avait créé la polémique – ne cesse de surprendre. Mis en scène par Guillaume Nicloux dans le film L’enlèvement de Michel Houellebecq (2014), aux côtés de Jean-Louis Aubert dans le clip Isolement dont le texte est tiré de Configuration du dernier rivage (2013) ou dernièrement dans un documentaire (Rester Vivant -  Méthode, 2018) avec Iggy Pop, l’auteur – plutôt discret – fait preuve à la fois d’autodérision et révèle sans fard les maux de notre temps. Et c’est peut être là son plus grand mystère. Michel Houellebecq est l’un des auteurs français vivants le plus traduit à l’étranger parce qu’il intrigue toujours autant par sa vision en marge (ou en avance) de notre société qu’il nous livre contre vents et marées, avec ou sans mots. 

 

Quatrains de Michel Houellebecq, jusqu’au 3 novembre, à la Galerie Air de Paris, 32, rue Louise Weiss, Paris XIII. 

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