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“Je suis le même avec un costume différent,” Reda Kateb se confie sur son passage derrière la caméra

 

Depuis son rôle dans “Un Prophète”, Reda Kateb n'a cessé de surprendre le public avec son jeu percutant. C’est en tant que réalisateur qu’il foule cette année le tapis rouge de Cannes avec “Pitchoune” un court-métrage juste et plein de candeur. Rencontre.

Reda Kateb et Philippe Rebot dans Pitchoune

Dans Un Prophète (2009), de Jacques Audiard, Reda Kateb tenait un second rôle qui valait un premier. Un an plus tôt, dans la série Engrenages, il crevait l’écran en quelques scènes, imposant sa marque de fabrique faite d’intensité et de profondeur. Il peut jouer un criminel ou un amoureux sans être faux une seconde. En France, peu d’acteurs ont réussi une apparition aussi fulgurante depuis dix ans. Sa recette ? Aucune, sinon de ne pas en rajouter. Aucune affèterie dans son jeu, aucune allure de people dans son regard. Quand on lui demande quelles ont pu être ses influences pour parvenir à ce jeu délié et fluide, il évoque son coup de foudre pour l’ancêtre Jean Gabin. « Il y a cinq ou six ans, j’ai commencé par Renoir, La Bête humaine et La Grande Illusion, puis j’ai décidé de voir tous les films de Gabin, même les moins réputés. Sa vérité, sa modernité de jeu restent très étonnantes. Souvent, il jouait avec des gens qui théâtralisaient mais lui, il restait vrai. »

Bande annonce Pitchoune réalisé par Reda Kateb

Nous sommes au Festival de Cannes quand il répond à nos questions. Après deux années folles où on l’a vu partout, dans le cinéma d’auteur made in France chez Claire Simon (Gare du Nord) et Brigitte Sy (L’Astragale) ou aux Etats-Unis dans Zéro Dark Thirty de Katherine Bigelow, le trentenaire a pris le temps de réaliser un court-métrage présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs. Pitchoune raconte l’histoire tendre de deux frères qui gardent les enfants bordéliques des visiteurs pendant un salon du camping-car. L’un d’eux veut arrêter les frais. Une touche de burlesque s’arrime à un sujet plus sérieux : le lien et comment il se défait doucement. « Je voulais parler des petites gens, des gens sans importance. Tout en se moquant de personnages, on est attendris par eux et on se moque un peu de nous-mêmes. C’est autre chose que le rire de la vanne ou de situation, ça m’emmène plus loin en tant que spectateur. Ce n’est pas forcément dans l’air du temps. »

L'Astragale, de Brigitte Sy avec Leila Bekti et Reda Kateb

Comment Reda Kateb pourrait-il suivre l’air du temps ? Sans effort, il fait partie de ceux qui façonnent une époque simplement par leur façon d’être et leurs choix. Dans son court-métrage, il revient avec candeur sur une période de sa vie d’avant le succès. « Il y a une douzaine d’années, quand j’avais des périodes de creux, je faisais des animations jeunesse pour arrondir mes fins de mois. Il y a un côté flashback dans le film. J’ai tourné dans la cité où j’ai habité, que j’ai quittée il y a quatre ans. Mais il n’y a aucune nostalgie car je suis le même avec un costume différent. »

 

Si l’expérience a été bien accueillie, Kateb ne se voit pas pour autant délaisser le costume du comédien pour celui de cinéaste. « Je n’ai pas de velléités de changement de statut. De toute façon, les univers communiquent. Je privilégie les expériences où le réalisateur considère le comédien comme un partenaire créatif et pas seulement une marionnette. Que ce soit Frédéric Videau, Ryan Gosling ou les autres, j’ai souvent eu cette chance. Cet été je tourne avec Wim Wenders et l’idée reste exactement la même. Pour moi, un acteur est bon quand il créée la scène en la jouant. Je suis de plus en plus touché par les moments où il ne se passe rien. Le jeu est un mélange de creux et de vide, d’accélérations et de ralentissements, c’est très musical. Tel est mon credo. » On ne doute pas qu’il le mène encore loin, en France et ailleurs. « J’ai cette chance de vivre dans un monde ouvert et je la saisis. J’envisage ce métier comme un passeport pour la découverte des autres. C’est déjà tellement incroyable d’avoir des regards et une caméra posés sur soi… »

 

Par Olivier Joyard 

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