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Delphine Arnaud célèbre le Monogram

 

Rencontre avec la directrice générale adjointe de Louis Vuitton. Portrait Jean-Baptiste Mondino.

Directrice générale adjointe de Louis Vuitton, Delphine Arnault exerce ses fonctions avec une véritable passion pour la création. À l’initiative du prix LVMH, qui récompense et encourage de jeunes designers, la ravissante femme d’affaires a également lancé, aux côtés du directeur artistique Nicolas Ghesquière, la collection. Une Célébration du Monogram : six personnalités impertinentes revisitant l’iconique toile de la maison. Rencontre au sommet.

Lorsqu’on la rencontre, elle se tient là, assise bien droite, son élégance naturelle et son sourire irrigués par son éducation impeccable. Directrice générale adjointe de Louis Vuitton, la ravissante Delphine Arnault est aussi la fille d’un des hommes les plus puissants de France, fondateur du groupe LVMH. Mais loin de se contenter de jouer l’éternelle héritière, la jeune femme d’affaires s’est rapidement fait un prénom, s’illustrant par sa perspicacité et par son engagement personnel. Auparavant au même poste, dans la maison Dior, elle favorise le recrutement de Raf Simons, le créateur belge qui impulsera des coupes épurées, des matières techniques et sportives, ainsi que des blocs de couleurs vives inspirés du minimalisme des années 90. Chez Louis Vuitton, cette femme au flair aiguisé appuie l’arrivée de Nicolas Ghesquière, souvent considéré par les critiques comme le designer le plus talentueux de sa génération. Ses créations architecturales, parfois proprement avant-gardistes, auraient pourtant pu laisser planer l’ombre d’un doute : si Ghesquière a fait les beaux jours de la maison Balenciaga, auparavant endormie, saura-t-il s’adapter à l’envergure de Louis Vuitton ? Ce pari sur le pur talent signe un instinct infaillible : Delphine Arnault est de la race des creative leaders, comme l’on aime dire aujourd’hui, ces managers dont la capacité à innover, à prendre des risques, à inventer des solutions inédites construites sur mesure, relève d’une forme authentique de créativité.

 

C’est pourtant avec une humilité absolue que la jeune directrice générale adjointe évolue aux côtés des créateurs, pour veiller à l’éclosion des talents d’aujourd’hui et de demain. Elle officie ainsi en coulisses, avec un goût du travail bien fait qu’elle dit avoir hérité de son père, ingénieur du nord de la France qui, poussé par sa conscience professionnelle, se rendait à son bureau même le week-end. “Je ne me mêle pas de la création, dit-elle en riant lorsqu’on l’interroge sur son rôle singulier. Le designer doit rester absolument libre, nous sommes là simplement pour le nourrir avec les réalités du marché. Je travaille sur la partie stratégique : le plan de collection, les prix, les marges, la façon dont le produit doit être présenté en boutique.” Ce beau souci du créateur a inspiré à la jeune femme la conception du prix LVMH, qui départageait au mois de mai dernier 12 finalistes retenus parmi 1 200 candidats issus du monde entier. Son lauréat, le jeune Canadien Thomas Tait, s’est ainsi vu doté d’une bourse de 300 000 euros et d’un suivi personnalisé par les équipes de LVMH pour une durée de douze mois. “Certains de ces jeunes, comme Thomas Tait ou Simone Rocha, sont déjà confirmés, défilent dans les calendriers officiels, et ont simplement besoin qu’on les aide à franchir un cap, poursuit-elle. D’autres sont totalement nouveaux dans le paysage de la mode. Il est bénéfique pour tous d’être confrontés à un jury constitué des directeurs artistiques du Groupe. Cette idée était venue lors d’une conversation avec Raf Simons.”

Je ne me mêle pas de la création, le designer doit rester absolument libre. Nous sommes là simplement pour le nourrir avec les réalités du marché. Je travaille sur la partie stratégique.

De gauche à droite : “Shopping Trolley” et “Shopping Bag”, Christian Louboutin et Louis Vuitton. “Fleece Pack”, Marc Newson et Louis Vuitton. “Studio in a Trunk”, Cindy Sherman et Louis Vuitton. “Twisted Box”, Frank Gehry et Louis Vuitton. “Bag with Holes”, Rei Kawakubo et Louis Vuitton. “Punching Trunk”, “Punching Ball”, “Punching Bags”, “Punching Suitcase” et “Punching Gloves”, Karl Lagerfeld et Louis Vuitton. Réalisation : Rebecca Bleynie.

Chez Louis Vuitton, quoi qu’il en soit, toute création contemporaine s’ancre dans la riche histoire de l’institution née en 1854, et chaque collection fait figure de dernier enfant prodige d’une illustre lignée. Afin de célébrer le Monogram, Delphine Arnault imagine un projet capable de démontrer que ce produit intemporel n’a rien perdu de son actualité. La collection Une Célébration du Monogram reprend ainsi le principe d’une invitation lancée en 1996 à Azzedine Alaïa, Helmut Lang et Vivienne Westwood (entre autres) à créer leur propre sac monogrammé en fonction de leur univers personnel. Pour la collection capsule de 2014, Nicolas Ghesquière et Delphine Arnault, au commencement de leur réflexion, s’attellent à dresser une liste de personnalités contemporaines issues d’horizons divers, capables de bousculer la toile Monogram. “Nous recherchions une forme d’impertinence, poursuit Delphine Arnault. Une liste d’iconoclastes bourrés d’humour.” Seront finalement retenus Rei Kawakubo (fondatrice irrévérencieuse de la marque Comme des Garçons), le grand Karl Lagerfeld et le célèbre créateur de chaussures Christian Louboutin, du côté de la mode. Auxquels s’ajoutent cette fois l’artiste Cindy Sherman, le designer Marc Newson et l’architecte Frank Gehry, affirmant un décloisonnement des univers. En 2014, Une Célébration du Monogram offre ainsi une photographie des mutations culturelles actuelles, témoignant de la convergence des arts et de la mode.

 

Cette nouvelle version devient aussi plus audacieuse, posant aux ateliers experts de la maison Louis Vuitton de véritables défis techniques. “Durant tout le processus d’élaboration des modèles, il était passionnant d’observer la façon dont chaque participant s’appropriait la toile Monogram pour l’ancrer de façon naturelle dans son univers, explique encore Delphine Arnault. Frank Gehry, par exemple, a imaginé un petit sac rigide dont la forme rappelle le style de ses constructions iconiques : un parallélépipède totalement déformé, sans aucune ligne droite, figé dans ce qui ressemble au mouvement d’une vague déferlante.” Christian Louboutin élabore quant à lui une combinaison de son ADN avec celui de Louis Vuitton, en hérissant son sac de ses emblématiques studs, et en y apposant un liseré rouge. Plus étonnant, le grand chausseur donne à sa création la forme d’un Caddie, ce fourre-tout à roulettes utilisé pour faire ses courses sur un marché. Cet objet emblématique des bobos se transfigure en un nouveau symbole de sophistication et de décontraction mêlées. Cindy Sherman fait réaliser sur mesure une malle dont les multiples tiroirs peuvent abriter les déguisements nécessaires à ses prises de vue : faux nez, faux cils, perruques… ainsi qu’un sac besace de type “camera bag”, orné de patchs représentant certaines de ses photos iconiques. Marc Newson, quant à lui, propose un sac à dos aux bretelles rétractables, garni de peau lainée déclinée dans sa teinte naturelle ou dans des couleurs vives. D’aspect ludique, l’objet revient également aux sources de la toile Monogram : sa solidité et son étanchéité, qualités qui ont fait le succès des malles dans les premières années de la maison. Plus drastique, fidèle au geste radical qui l’a introduite sur la scène internationale de la mode dans les années 80, Rei Kawakubo se fend d’un cabas troué : en digne iconoclaste, c’est le symbole d’un luxe français traditionnel et élitiste, qui la faisait rêver dans sa jeunesse, que la créatrice met ainsi en exergue. “Louis Vuitton est pour moi la maison qui transforme, avec un savoir-faire unique, la tradition en quelque chose de parfaitement contemporain, commente-t-elle. Moi aussi, je cherche en permanence à créer de la nouveauté.”

 

Prolifique et facétieux, Karl Lagerfeld ne peut évidemment s’empêcher de dépasser le cadre de la simple commande. “J’avais plusieurs idées, et Louis Vuitton a souhaité toutes les réaliser”, précise-t-il. C’est ainsi que le créateur conçoit une sorte de salle portative dédiée à un entraînement de boxe : une malle abritant un “Punching Ball” s’y adjoint, un sac permettant de transporter une paire de gants, ainsi que plusieurs modèles déclinant la forme du sac de frappe dans différents formats. Pour éviter un côté “trop flashy, trop agressif”, Karl fait également brosser les parties métalliques de ses pièces… À la fois ludique et luxueux, pop et classique, le kit de Karl démontre toute l’amplitude expressive du Monogram aujourd’hui, devenu un symbole si fort qu’il se prête sans vaciller à toutes les interprétations. “Notre époque n’est pas univoque, poursuit le couturier. Elle est peuplée d’extrêmes, et dans le luxe extrême, il faut donner un côté ludique, léger et pop sans tomber dans l’ostentatoire nouveau riche bling-bling.” Symbole de luxe, de tradition, d’excellence dans le monde entier, le Monogram peut-il alors rivaliser avec la tour Eiffel ou La Joconde ? “Le mettre en comparaison avec La Joconde est peut-être un rien exagéré… Ce n’est ni son but ni son niveau. Il n’a pas la prétention d’être en compétition avec La Joconde, mais sa gloire a permis de construire à Paris le musée le plus étonnant de notre temps [la Fondation Louis Vuitton réalisée par Frank Gehry], c’est un monument et un hommage à son image, grâce à Bernard Arnault. Aux yeux du monde entier, il fait partie du paysage de la France… Ça n’est déjà pas mal”, conclut Karl.

 

Présents dans les boutiques Louis Vuitton du monde entier depuis le 15 octobre, les modèles de la collection Une Célébration du Monogram promettent déjà de devenir collector. Humble et malicieuse, Delphine Arnault l’admet du bout des lèvres : “Le Monogram est une icône qui a traversé le temps pour rester toujours actuelle aujourd’hui. Alors, oui, en effet, les sacs de la collection deviendront probablement des collectors, j’imagine.” 

 

Par Delphine Roche, portrait Jean-Baptiste Mondino, nature morte Tania et Vincent.

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